PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI. H
phrases-modèles, qui leur servent de premières lectures ; il s’efforce de les amener, le plus tôt possible, à comprendre les livres ordinaires. Dès la seconde année de leur cours d’instruction, il leur met entre les mains des livres à leur portée, qui puissent les initier insensiblement aux secrets de la lecture. En sortant de l’institution, les élèves sont à même de lire, avec fruit, les ouvrages les plus propres à perfectionner leur éducation et à les maintenir dans les connaissances qu’ils ont déjà acquises. »
Principes de la méthode de M. l’abbé Chazottes.
Les principes qui dirigent M. l’abbé Chazottes dans son enseignement, sont exposés par ce savant instituteur, dans des observations générales, avec tant de clarté et de concision, qu’en le laissant parler lui-même nous offrirons à nos lecteurs le plus parfait résumé de ses doctrines (1) :
« 1° On apprend les langues, dit-il, par l’usage et par l’imitation : tel est le principe fondamental sur lequel repose notre méthode.
» 2° Pour parler une langue, il faut, d’une part, connaître la valeur des mots qui composent son vocabulaire, et, de l’autre, savoir faire usage de ces mots selon les règles qui lui sont propres. Il ne faut donc pas séparer ces deux espèces de sciences lorsqu’on veut enseigner au sourd-muet la langue de son pays. Ce second principe nous a encore servi de guide dans la marche que nous nous sommes tracée.
» 3° il faut, pour apprendre plus vite une langue quel-
(1) 4' Circulaire, page 149.
iU EXPOSÉ HISTORIQUE:
conque, s’aider de celle que l’on possède déjà. Le sourdmuet , lorsqu’il arrive à l’école, en parle une; à la vérité, elle est peu développée; cette langue doit donc servir à l'acquisition de celle qui est en usage autour de lui.
» 4° La .conversation et la lecture sont les seuls moyens d’acquérir une langue par l’usage. Puisque le premier moyen n’est guère facile au sourd-muet, il faut le mettre en possession du second le plus promptement possible.
» 5° Attendu qu’il n’y a aucune analogie entre le langage mimique et la langue que l’on veut enseigner au sourd-muet, on ne doit pas, pour l’initier plus tôt à la lecture, l’obliger, dès son arrivée à l’école, à avoir un livre, quelque élémentaire qu’il soit; ce serait le jeter dans d’innombrables difficultés qui l’épouvanteraient et le feraient peut-être s’épuiser en vains efforts. Le grand art d’enseigner consiste surtout à diviser les difficultés.
Il faut donc commencer par montrer au sourd-muet des phrases simples, et les plus simples possibles.
» 6° La puissance qu’exerce sur notre esprit la faculté de l’analogie, nous met en possession d’une langue dans un très court espace de temps lorsque nous consentons à l’apprendre par l’usage. Il convient donc de favoriser cette faculté. A cet effet, il faut proposer à l’élève des groupes défaits syntaxiques et lexigraphiques qui soient les mêmes.
» 7° L’emploi des règles est opposé aux principes dont nous avons parlé dans les articles 1 et 2. D’ailleurs, quel sens pourraient avoir, pour le sourd-muet, des règles syntaxiques?... Aucun.
» 8° L’emploi des nomenclatures de mots isolés est op- j posé au principe n° 2. D’ailleurs, comment faire connaître ] la valeur de ces mots ainsi présentés sous la forme abs- 1