PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE VIII
Saint-Étienne, laquelle, environnée d’une auréole de gloire, fut, quelque temps après, transférée à Lyon, sur les pressantes invitations du préfet et des autorités de cette ville.
De la fraternité citez les sonrds-mnets.
Lorsque nous traiterons la partie morale, nous aurons l’occasion de signaler une foule de qualités bonnes et belles, qui distinguent les sourds-muets.
Qu’on nous permette, en anticipant sur cette partie de notre travail, de consigner ici une observation qui a été faite longtemps avant nous, c’est que chez eux la fraternité n’est pas un mot vide de sens comme sur beaucoup d’édifices publics, où il se déroule aussi froid que la pierre, mais une vérité sérieuse, et que la solidarité est, sans cesse, traduite en action dans la vie entière de cette silencieuse famille, touchante et mystérieuse vertu qui, sans être ni prêchée ni commandée, éclot toute seule comme une fleur solitaire, et répand un charme inexprimable sur les liens qu’établit entre eux cette indissoluble communauté d’infortune. Nous en fournirons plus tard la preuve.
Succès rapides de rinstitmion dirigée par le sourd-muet Comberry. — Nullité de sou enseignement, sous tous les rapports. — Cn sourd-muet de mérite élève de l’Ecole nationale de Paris, Ciaudius Forestier, épouse sa fllle par¬
lante et devient directeur de son établissement. — Progrès scolaires entravés par le défaut d’assistance et de secours matériels.—Résignation et dévoûment. —Décroissance du nombre des élèves.
Honorée de l’active protection du préfet et du maire de Lyon, l’école de Comberry ne tarda pas à prospérer. Elle eut bientôt soixante-cinq élèves : quarante-cinq garçons et vingt filles ; mais l’enseignement, confié à un homme qui n’avait jamais eu pour cette carrière la moindre voca-
tion, resta constamment nul, sous tous les rapports, comme il était facile de le prévoir. Un sourd-muet, instruit parmi les plus instruits, un jeune élève de Bébian, au cœur chaud et sympathique, Claudius Forestier, a voulu, par suite de cette solidarité dont j’ai parlé plus haut, réparer l’insuccès du fondateur et rétablir dans un juste équilibre l’opinion favorable qu’on ne peut manquer de se faire aujourd’hui, sans injustice, de la capacité des sourds-muets qui se sont abreuvés aux véritables sources de la science.
Pour se mettre 'a même de recueillir, sans obstacle, l’héritage de Comberry, pour pouvoir lui succéder immédiatement, sans contestation, dans la direction de son école, il a uni son sort à celui de sa fille parlante, jeune personne pleine de savoir et de vertu ; et les soins dévoués et intelligents des deux époux n’ont pas manqué d’imprimer aux études de l’institution un mouvement ascensionnel auquel tous les visiteurs se plaisent à rendre hommage. Malheureusement la prospérité matérielle de l’établissement n’est point en rapport avec ses succès scolaires. En ce temps d’incertitude et de vacillation , l’assistance de la préfecture et celle de l’autorité municipale, ces deux piliers naturels de toute institution charitable de province, ont, chaque jour, tant de misères à soulager dans ces grands centres de populations, que c’est avec beaucoup de peine qu’elles réussissent à détourner quelques minces filets de leurs insuffisantes économies pour donner de bien maigres encouragements au jeune directeur. On l’abandonne à ses propres ressources, à ses efforts multipliés et infatigables; et Forestier puise dans sa pieuse résignation un dévoûment et un dèsinté-