‹ La surdi-mutitéChapitre 104 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE V · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE V

de venir au secours des sourds-muets et de leurs familles, parfois plus à plaindre qu’eux.

La société générale d’assistance et de prévoyance que nous avons fondée, a été assez heureuse pourapporter quelque soulagement à ce douloureux état de choses, et les externats qu’elle a créés en leur faveur avec le concours d’âmes charitables, ont momentanément suffi, en partie du moins, aux besoins les plus pressants.

Mais ces institutions, qui ne relèvent que de la bienfaisance, ne sauraient s’adresser à toutes les classes de la société, et il existe à Paris, comme partout ailleurs, beaucoup de pauvres honteux, préférant renoncer au bonheur de faire entrer leurs enfants dans nos écoles, plutôt que d’en être redevables à la charité, qui les blesse et les humilie.

Nous vous demandons, monsieur le préfet, d’établir en droit ce qui ne relève que de la charité, et, comme l’éducation des sourds-muets est plus urgente encore que celle des parlants, puisqu’elle est le seul moyen de communication de ces infortunés avec la société, le seul qui leur permette d’arriver à leur développement moral et intellectuel, de décider qu’elle leur sera rendue obligatoire et accessible dès l’âge le plus tendre.

Pour arriver à ce résultat , il faudrait d’abord faire un recensement de tous les jeunes sourds-muets du département, et attacher ensuite dans chaque arrondissement à l’école primaire des parlants (1) un professeur adjoint

(t) Il serait facile d’introduire cette nouvelle branche d’enseignement dans les écoles primaires de la ville et dans celles des frères de la doctrine chrétienne et des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Déjà, dans le C' arrondisse-

capable de commencer leur insirucüon et de leur enseigner le langage articulé , ou la parole et la faculté de la lire sur les lèvres.

L’institution nationale des sourds-muets de Paris recevrait, en qualité d’externes, comme cela se pratique dans les collèges, les sourds-muets des circonscriptions environnantes. Les élèves qui auraient terminé leurs études dans les écoles d’arrondissement, pourraient aussi venir puiser l’enseignement supérieur dans cet établissement, soit comme externes, soit comme internes.

Un médecin spécial serait chargé de visiter ces enfants et d’examiner ceux qui se montreraient susceptibles de recouvrer l’ouïe et la parole. Il aurait mission de traiter à domicile, ou chez lui, les affections dont ils sont atteints.

Sans dépenses sensibles pour le budget du département, la ville de Paris pourrait mettre ainsi en pratique ce dont nous avons été témoin à Aix-la-Chapelle, à Cologne, à Weissénfels, où la mission que M.le ministre de l’intérieur nous a confiée, nous a permis d’observer l’enfant sourd-muet, instruit, dès l’âge de 3 à 5 ans, dans des externats spéciaux ou annexés à des écoles primaires. Là sont développés , avec succès, le moral et l’intelligence de ces malheureux parias, dont la France prend moins de soin que des aliénés ; car tous les aliénés, chez nous, ont droit à l’assistance, tandis que lès sourds-muets, ces êtres qui ne diffèrent de nous que par la privation de l’ouïe, sont délaissés, et cette* intelligence, souvent supé-

ment, cesreligieusesnous ontolfert leur concours empressé et ont commencé, sur notre demande, à faire instruire une d’entre elles qu’elles destinent à cette spécialité.

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