QUATRIÈME PARTIE. —CHAPITRE V
rieure, sommeille dans un repos auquel une coupable indifférence la condamne. Q’en résulte-t-il ? C’est que trop souvent les pauvres sourds-muets se livrent au vol ou au crime, pour n’avoir pas appris nos lois, nos règles sociales, par défaut d’éducation , enfin, et la justice les frappe pour n’avoir pas observé des lois qu’ils n’ont pu lire, dont leurs oreilles n’ont pas entendu la publication et qu’ils transgressent avec d’autant plus de facilité, qu’ils ne les connaissent pas.
Un pareil système, vous ne pouvez le sanctionner, vous ne pouvez le laisser vivre, monsieur le préfet; l’enfant trouvé, l’orphelin rencontrent protection et asile; le sourdmuet est privé de tous ces avantages; vieux, infirme, il erre, sans feu, ni lieu, ne pouvant se faire ouvrir la porte d’un hospice; il ne saurait mendier, non plus; faut-il donc qu’il vole pour vivre, en attendant que ses 70 ans aient sonné, ou qu’il se livre à la mendicité, pour être jeté en prison et delà au dépôt de Saint-Denis?
Tous ces faits sont fondés sur l’observation : notre société d’assistance donne journellement des secours à des malheureux qui se trouvent dans une position pareille.
A côté de l’éducation, ne refusez pas du travail au pauvre sourd-muet de votre cité, qui, privé de la parole, se voit repoussé de tous les ateliers ; la ville de Paris ne pourrait-elle pas transformer en droit ce qui n’est pas toléré aujourd’hui, ce qui est même, avec raison, défendu?
Le pavage et d’autres travaux delà ville, etc., etc., pourraient admettre un grand nombre de sourds-muets dans leur service, et ces infortunés rempliraient exactement, laborieusement , la tâche qu’on leur confierait. Des ingénieurs des ponts-et-chausséesont eu l’humanité, sur notre
demande, d’en accepter plusieurs comme ouvriers, et nous ont témoigné combien ils en avaient été salifaits.
Nous osons espérer, monsieur le préfet, que ces réflexions sur les besoins intellectuels et physiques des malheureux sourds-muets suffiront pour attirer votre attention sur leur grande infortune, si digne d’intérêt; et que vous vous empresserez d’y apporter remède. Vous la signaler c’est être certain d’avance que bientôtl’enseignement sera réparti entre tous , dès le plus jeune âge, que les bras intelligents trouveront des travaux à exécuter, que le vagabondage, la mendicité seront remplacés par une éducation, rendue, grâce à votre bienveillance, accessible et obligatoire, et par des occupations mises à la disposition de tous ceux qui voudront s’y livrer.
Ainsi sera résolu dans le département de la Seine, le problème de l' Éducation et de l’Assistance des sourds-muets.