‹ La surdi-mutitéChapitre 109 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE.— CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.— CHAPITRE VI

rcnls, des représentants du peuple, des professeurs aux facultés de droit et de médecine, des ecclésiastiques, des membres de l’Institut et d’autres académies, etc., etc.

Discours de M. Piorry, professeur à la Faculté de médecine , tice-président de la Société.

En l’absence de M. le curé de Saint-Roch, président perpétuel, le fauteuil fut occupé par un des vice-présidents, M. le docteur Piorry, professeur à la faculté de médecine, assisté de M. Gallet, membre de l’Assemblée nationale.

La séance fut ouverte par une improvisation chaleureuse de M. Piorry :

« Messieurs , dit l’honorable professeur, le véritable progrès dans les sociétés se rattache à la découverte et à l’application des moyens propres à améliorer le sort des hommes.

» La nature, malheureusement, ne nous a pas tous dotés d’une organisation parfaite. Appeler donc, autant que possible , ceux qu’elle n’a pas favorisés de ses dons à jouir du degré de bonheur accessible aux autres , c’est ouvrir une large voie, non pas aux utopies fantastiques , mais aux améliorations praticables.

» Parmi les êtres qu’un défaut primitif d’organisation prive de quelques-uns des plus beaux attributs de la race humaine, il n’en est point de plus dignes , je ne dirai pas de pitié , mais d’affection bienveillante, que ceux dont les jeux seuls nous parlent , dont l’oreille ne nous entend pas, dont la voix est condamnée à un éternel silence. Les considérer comme des idiots, serait méconnaître les grands

principes de l’idéogénie, de la psychologie et de l’organisation de notre espèce.

» L’intelligence du sourd-muet éclate dans ses regards, dans ses gestes, dans ses actes, dans son amour de l’instruction. Ses sentiments affectueux, doux rayonnement de Tâme, l’élèvent infiniment au-dessus de beaucoup d’hommes complets qui entendent parfaitement et qui ne parlent que trop. Les sourds-muets sont donc nos frères, nos égaux, nos amis. Songeons à eux, agissons pour eux, unissons-nous afin de les arracher à l’état d’infériorité sociale dans laquelle notre législation les a trop longtemps relégués! Que la médecine organique , positive dans ses recherches et dans ses résultats , appelant à elle toutes les conquêtes physiques et psychologiques , s’entourant de toutes les ressources de renseignement, les dote enfin, non plus seulement du langage des gestes, mais de la parole, expression vivante de la pensée! Ne nous décourageons pas, ne comptons point les heures ; que la lenteur de nos procédés d’éducation ait pour auxiliaire notre persévérance, et nous verrons bientôt un grand nombre de ces enfants, séquestrés jusqu’ici par le sort de la grande famille humaine, rentrer dans la vie commune, dont plusieurs pourront encore jouir.

» Ce n’est pas tout que d’élever des statues à l’abbé de l’Épée et à l’abbé Sicard, il faut savoir les imiter.

» Les grands bienfaiteurs de l’humanité ont plus de droits à la reconnaissance de la postérité que les dévastateurs d’empires. Lorsqu’ils remontent au ciel, ils retournent dans leur patrie; mais, en nous quittant, ils nous lèguent une obligation sacrée, celle de suivre leurs exemples féconds plutôt que de ne cesser de leur prodiguer de sté-

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