CHAPITRE III
DNE SOURDE-MÜETTE INFANTICIDE , AFFAIRE PLAIDÉE DEVANT LA COUR d’aSSISES DES ARDENNES. — UN BOT SUR LES INTERPRÈTES. — UN SOURD-MUET ET DNE SOURDE- MUETTE CONDAMNÉS PAR LA COUR d’ ASSISES DE LA SEINE POUR FAUX ET VOL. — UN SOURD-MUET CONDAMNÉ EN POLICE CORRECTIONNELLE, A PARIS,' POUR VAGA¬ BONDAGE , APRÈS AVOIR SUBI UNE PRÉCÉDENTE CONDAMNATION POUR VOL. — CONS¬ CIENCE DD PAS ET DD NEFAS. — PRÉSOMPTION d’iNNOCENCE SOULEVÉE EN FAVEUR
d’un sourd muet a la COUR d’assises DD PDT-DE-DÔME. - RÉFLEXIONS DE
M. E. MOREL A CE SUJET. — UN SOURD-MUET TÉMOIN DANS CNE AFFAIRE DS VOL AVEC EFFRACTION, JUGÉE PAR LA COUR d’ ASSISES DE LA SEINE.
Une soarde-moette Infanticide, affaire plaidte devant la Cour d’assises es Ardennes. — Un mot sur les interprètes.
En 1833, une sourde-muette , âgée de trente-trois ans , Marie Jurion, comparaît devant la Cour d’assises des Ardennes , sous la prévention d’infanticide. La malheureuse a été privée de cette éducation bienfaisante qui répare l’oubli de la nature et rattache à la vie collective de l’humanité ces intelligences qu’une organisation imparfaite en tient éloignées. Elle jouissait dans la commune de Singly d’une réputation sans tache, lorsque, au mois d’avril, la découverte du cadavre d’un enfant nouveau-né éveilla la sollicitude inquiète de tout le village sur la conduite de chacune des filles qui l’habitaient- Vers qui les soupçons vont-ils se diriger? Certes , ce ne sera pas sur la pauvre Marie; elle est si sage! elle a toujours fui si obstinément la société des pervers! elle a si énergiquement repoussé toutes leurs tentatives de séduction !
Cependant , c’est elle que vous apercevez aujourd’hui pleurant sur le banc des accusés; c’est à elle qu’on de-
mande : Qu’as-tu fait de ton enfant ? Et elle ne répond pas... Répondre? elle ne sait peut-être pas ce dont on l’accuse. Se défendre? elle ne peut parler, c’est une statue dont la vie est dans les yeux ; mais scs yeux sont obscurcis par les larmes. Tout-à-coup elle s’anime, elle relève la tête, elle veut parler, la malheureuse ne pousse que des sons inarticulés, des cris sauvages; puis, retroussant un pan de sa robe et se renversant avec douleur sur son banc, elle avoue, dit une femme qui lui sert d’interprète, qu’elle est accouchée sur le bord d’un chemin, près d’un fossé; qu’elle a perdu connaissance et que, revenue de sa faiblesse, elle n’a plus retrouvé son enfant. On lui demande à quelle époque elle est accouchée ; elle répond que c’est un jour où l’on ne louche pas au lard, ( un jour maigre), cinq jours après celui où, dans les campagnes, on mange des œufs rouges ( le jour de Pâques).
L’époque de l’accouchement étant bien constaté , et par la visite des médecins et par les aveux de Marie, qui avait d’abord tout nié, il s’agissait de savoir si l’enfant était né viable, s’il avait vécu, et s’il avait été frappé de mort violente. C’est à des expériences anatomiques, tentées sur le cadavre de cette frêle créature, inhumée depuis six semaines, qu’on a demandé la solution de ce terrible problème. Selon l’expression d’un des médecins, il a fallu, pour accomplir cette redoutable mission, disputer leur proie aux vers de la terre. Alors, enfin, on a découvert au crâne de l’enfant des lésions, des ecchymoses et une fracture en forme d’étoile, pouvant être mises au nombre des causes qui auraient déterminé la mort, tout aussi bien que l’épanchement sanguin et l’hémorrhagie ombilicale, occasionés par l’omission de la ligature du