LXIX
Tous les sourds-muets , non indigents , qui voudront entrer (Inns ces établissements , seront reçus à l’âge indiqué pour les autres enfants , à la charge de payer la pension qui sera réglée tous les deux ans par l’administration du département ; et alors le traitement , ainsi que l’habillement , sera le même pour tous.
L'élablissement des sourds-muets , actuellement existant dans la maison des ci-devant Célestins , sera incessamment transféré dans le ci-devant séminaire de Saint-Magloire , rue Saint-Jacques. Le ministre de l’intérieur fera passer, dans le plus court délai, au comité des secours publics, l’état estimatif des dépenses nécessaires à ce changement , et la Convention mettra à sa disposition , d’après le rapport qui lui sera fait , les sommes qui seront jugées nécessaires.
Les corps administratifs des départements où seront placés les autres établissements , feront également parvenir au comité des secours leurs projets, pour le choix d’un local commode et salubre , afin que la Gonventiou puisse le leur as¬
surer.
Les inspecteurs principal et particulier de l’école centrale ne jouiront que du traitement annexé à ces places, pendant tout le temps qu’ils exerceront des fonctions dans l’établissement des sourds-muets.
La Convention nvtionale déclare , au nom du peuple français, que, voulant faire participer à ce genre de secours tous les sourds-muets , de quelque nation qu’ils soient , elle fonde six places destinées aux citoyens de toutes les nations , qui voudront se consacrer, dans leur pays, à l’éducation de leurs concitoyens sourds-muets.
Ces places seront données de manière que chacune d’elles soit occupée par des concitoyens d’une nation différente , et qu’il n’y ait jamais, en même temps, deux citoyens d’un même pays.
DOCUMEISTS OFFICIELS. - V- PARTIE. 307
Tableau des communes où il sera établi des écoles pour l’éducation des sourds-muets , avec celui des départements compris dans l’arrondissement.
! Paris.
Nord.
Ardennes.
Aisne.
Pas-de-Calais.
Somme.
Oise.
Marne.
Seine-et-Marne.
Anbe.
iSeine-et-Oise.
I Yonne.
I Loiret.
1 Eure-ct-Loire.
I Eure.
Seine- Inférieure.
\ Loire-et-Cher.
I Indre-et-Loire.
/'Calvados.
Orne.
Sarthe.
Maine-et-Loire.
Mayenne.
Rennes . . ) Manche.
' Loire-Inférieure.
Ile-et-Vilaine.
Morbihan.
Côtes-du-Nord.
1 Finistère.
'/Isère.
/ Ain.
Mont-Blanc, l Ardèche.
1 Drôme.
] Hautes- Alpes.
Grenoble. / Alpes-Maritimes.
^HeWt.
j Gard.
1 Basses- Alpes, f Yar.
1 Bouches-du-Rhône.
\ Corse.
/Bec-d’Ambès.
/ Pyrénées (Basses).
! Pyrénées (Hautes), l Ariége.
\ Pyrénées-Orientales.
lAude.
j Garonne (Haute).
Bordeaux.^ Gers.
I Landes.
I Lot-et-Garonne.
I Dordogne.
f Charente.
' Charente-Inférieure.
1 Vienne.
Deux-Sèvres.
/Vendée.
/ Puy-de-Dôme.
Indre.
1 Cher.
1 Nièvre.
1 Saône-et-Loire.
lAllier.
jRhône.
j Loire.
/Haute-Loire, f Cantal.
[ Lot.
1 Aveyron.
\ Lozère.
'Meurthe.
/ Meuse.
I Moselle.
I Bas-Rhin.
1 Haut-Rhin.
Nancv /Vosges.
‘ Haute-Saône.
1 Haute-Marne.
/Côte-d’Or, f Doubs, i Jura.
\Mont-Terrible,
S 11, CoNTEXTiON sATiosALE, Compte-rcndu à la Convenüon nationale de ce qui s’est passé à l’établissement des sourds-muets dans la séance tenue enpr;. sence des membres du comité des secours publics , présenté au nom de ce comité pour servir de suite au rapport de Maignet, sur les sourds-muets.
Le comité des secours publics , chargé de présenter à la Convention nationale l’organisation des établissements qu’elle se proposait de créer en faveur des sourds-muets, a voulu s’assurer par lui-même jusqu’à quel point cette nouvelle espèce de secours pourrait être utile à celui à qui on allait l’offrir, et quels avantages la République, qui allait en faire les fonds, pourrait en retirer.
Plus la renommée élevait tes procédés qui sont employés avec le sourd-muet , pour le porter dans le sein de la société, plus le comité crut devoir se tenir en garde contre elle, aOn de ne céder qu’au sentiment de la conviction. Il arrêta qu’il se transporterait dans l’établissement qui est sous la direction du citoyen Sicard ; son premier soin fut de laisser ignorer, et aux instituteurs et aux élèves, sa délibération, ainsi que le jour où elle serait exécutée.
En prenant ainsi à l’imprévu toute l’école, il fut assuré que ce qui allait se passer dans la séance, ne pourrait être que le résultat du bon ou mauvais enseignement, et non le fruit d’une bonne ou mauvaise mémoire ; mais il ne tarda pas à se convaincre que cette précaution était parfaitement inutile dans un établissement où, pour réussir, le nom même de charlatanisme doit être méconnu ; ou le grand art de l’instituteur doit être d’étudier la nature auprès de son élève, de bien saisir les procédés qu’elle emploie pour faire parvenir le genre d’instruction qu’elle lui destinait, et d’employer fidèlement ces mêmes procédés pour lui transmettre l’éducation qui doit le civiliser.
eu mettant son éleve à portée de rendre sensible et d’expliquer aux autres ce qu’il voit, ce qu’il sent. Il a bientôt réfléchi que là l’instruction n’est point le fruit de la mémoire , mais celui de la réflexion, du sentiment ; et que conséquemment l’élève doit être également prêt à répondre à quiconque l’interroge , pourvu qu’il parvienne à se faire entendre, puisque sa répouse doit être toujours l’explication de ce qui se passe en lui.
Aussi toutes les réponses que nous firent ces élèves, étaientelles le fruit de la méditation la plus réfléchie.
Que n’étiez-vous tous présents , citoyens , à cette séance pour partager la satisfaction que nous éprouvions à mesure que les développements acquéraient plus d’intérêt! Nulle demande n’arrêtait le citoyen Massieu, un des élèves du citoyen Sicard. Les réponses les plus ingénieuses et les plus justes étaient autant d’images qui peignaient au naturel la chose qu’il présentait ; certes les amis de la monarchie auraient eu à rougir eux-mêmes du rôle qu’ils jouent sous un roi , s’ils avireal lu la définition que Alassieu donne à cette question : Qu'élaü un roi?
Votre comité a cru , citoyens, qu’il devait vous faire partager sa satisfaction , et qu’au moment où vous alliez vous occuper de la formation de ces établissements , il était de son devoir de vous présenter tout ce qui pourrait vous faire sentir de plus en plus la nécessité de soutenir, d’encourager, de propager cette découverte , l’une des plus étonnantes et les plus utiles qui aient été faites; le comité a engagé le citoyen Massieu à transcrire lui-même et à vous présenter le tableau d’une partie de cette séance. Il suffira pour vous faire connaître combien , en vous acquittant envers le sourd-muet , vous aurez encore servi toutes les autres classes des citoyens.
Vous verrez, dans les quatre tableaux que le citoyen Mas-
sieu nous a remis et que nous faisons imprimer à la suite de ce compte , le langage simple de l’homme de la nature , qui saisit le premier outil qui tombe sous sa main, qui se sert du premier mot qui s’offre pour exprimer sa pensée , sans se mettre en peine s’il l’emploie dans l’acception que, l’usage lui a donnée ; vous y remarquerez des qualités actives à la place de ce que nous appelons verbes, parce que, dans le système de Sicard , qui est celui de l’bomme sauvage , il n’y a d’autre verbe que le verbe être , et qu’ainsi le sourd-muet doit dire , voyant , regardant , et non voir, regarder, qui sont de pures abstractions.
Ce tableau vous présentera les facultés de l’homme moral, de l’homme intellectuel, qui naissent tous deux de l’iiomme physique, base essentielle de toutes les facultés de l’intelligence et de la volonté; vous admirerez, sans doute, comme nous, l’heureux moyen de faire passer dans l’âme du sourd-muet les idées les plus abstraites et les plus métaphysiques, et vous désirerez , ainsi que nous , que tous ceux qui se desi inent à l’intéressante fonction de former des hommes, viennent apprendre de celui que la nature a condamné à ne jamais parler, l’art d’énoncer ses pensées avec la rigoureuse justesse de la saine logique et de la plus parfaite grammaire.
Ainsi , en fondant une école centrale pour l’instruction des maîtres qui se consacreront à l’éducation des sourds-muets , la Convention ne borne pas son bienfait à cette classe infortunée; elle offre à tous les instituteurs les seuls moyens d’acquérir de grandes lumières dans l’art si difficile de l’enseignement ; témoins des efforts qu’il faut poTir faire passer dans l’esprit des élèves les grands principes de raison universelle et la métaphysique du langage, ils se convaincront que l’art analytique.
qui exige tant de justesse dans l’esprit , est le seul moyen pour faire parvenir au perfectionnement de la raison et à la conquête de toutes les connaissances humaines ; ils y apprendront le grand danger d’exercer la mémoire autrement qu’en lui confiant ce que l’intelligence a cherché et compris, et que, par conséquent , la mémoire ne doit être qu’un satellite attaché auprès de la raison , qu’il ne doit jamais précéder. Les sourdsmuets ne savent rien par cœur et ils répondent sur tout ; c’est que leur instituteur n’est que leur égal et jamais leur maître, qu’ils ne pensent et ne parlent jamais d’après lui, mais bien d’après eux; c’est, enfin, qu’on ne leur apprend aucune science, mais qu’ils les refont toutes. Ce sera donc avoir bien mérité de l’humanité entière que d'avoir assuré à la postérité, qui déjà s’apprête à juger nos travaux , la conservation d’une méthode qui peut être étendue à toutes les parties , à tous les genres d’instruction ; ce sera avoir rempli le grand devoir d’un législateur qui , dans ses institutions , doit faire en sorte qu’elles se prêtent un mutuel appui , et qu’elles tendent à se perfectionner les unes par les autres.
S 12. CoNTEimox KATiONALE. Rapport au nom du comité d’instruction publique concluant au simple maintien des deux écoles de sourds-muets existant à Paris et à Bordeaux par Thibaudeau, député de la Vienne.
Le comité des secours publics a présenté à la Convention un rapport et un projet de décret en soixante-quatorze articles, sur l’établissement et l’organisation des écoles de sourds-muets. Ce projet a été renvoyé à la révision des comités réunis des secours, d’instruction publique et des finances.
Ils ont été diiisés sur une question principale : celle de savoir si on se bornerait, quant à présent , à maintenir les deux écoles existantes à Pai’is et à Bordeaux. Le comité des secours
a pensé qu’il fallait en créer quatre nouvelles ; votre comité d’instruction publique croit que les deux établissements actuels suffiront au moyen de quelques dispositions particulières.
n est vrai que la Convention avait décrété en principe, le 28 juin dernier, qu’il y aurait divers établissements pour les sourds-muets sur plusieurs points de la République; mais ce décret fut rendu sans discussion, à la fin de la loi sur l’oriranisationdes secours publics ; et il faut toujours examiner, avant de fonder de nouveaux établissements, s’ils sont nécessaires.
S’il ne s’agissait de traiter cet objet que sous le rapport des secours , il n’y aurait point de difficulté ; car la loi rendue pour tous les citoyens français serait commune aux sourds-muets.
Mais il s’agit d’instruction, d’écoles et d’enseignement à donner aux sourds-muets : il serait inutile de chercher à émouvoir la pitié ou Injustice de la Nation envers des individus qui sont membres de la même famille ; l’instruction est la dette de la société et le besoin de tous les hommes. Le bénéfice de ce principe est pour les sourds-muets comme pour les autres citoyens ; ils ont même un droit de plus à la bienveillance de la patrie, puisqu’ils sont mallieureux. Ainsi, je ne pense pas que, lorsqu’il existe dans une société des moyens de réparer les torts delà nature envers des êtres qu’elle a, pour ainsi dire, mutilés, il se trouve un seul homme qui s’oppose aux progrès d’une méthode qui aurait pour objet de rendre les sourds-muets utiles à eux-mêmes et à la société , de perfectionner leurs facultés morales et de les rendre citoyens.
Il faut donc examiner rapidement l’état de l’enseignement donné aux sourds-mueLs, les progrès qu’il a faits, les résultats qu’il a produits, et quels sont ceux qu’on peut en attendre.
L’abbé de l’Épée, inventeur de l'art d’instruire les sourds-
DOCUMENTS OFFICIELS. - V« PARTIE. 3i3
muets, a été précédé, sans doute, par quelques philosophes de divers pays, qui avaient essayé , mais sans de grands succès, de rendre à eux-mêmes et à la société, cette portion d’indindiis que la nature semblait en avoir séparés. Lui seul trouva l’art de donner une sorte de corps aux idées abstraites et de les peindre aux yeux par des signes manuels, pour en faire passer la valeur dans l’esprit. Tels furent ses premiers essais. Encouragé par l’admiration que devait exciter ce premier succès, il fit une seconde tentative moins heureuse , il essaya d’assujettir aussi à des signes physiques les règles de notre grammaire ; mais il oublia qu’il avait affaire à un peuple tout neuf, séparé de tous les autres ; il n’étudia pas assez la grammaire des signes qui leur étaient propres : et les sourds-muets, dre.ssés parfaitement à un simple mécanisme , écrivaient , sous sa dictée des signes, des pages entières au choix des spectateurs ; mais ils n’étaient que copistes ; ils lisaient des yeux ce qu’on écrivait, comme des écoliers de cinquième lisaient Cicéion et Tacite; ils connaissaient même la valeur des mots, comme ces écoliers entendraient les mots de Cicéron , si on les leur traduisait, mais ils ne connaissaient aucune règle du langage; ils ne comprenaient aucune phrase, ils n’en faisaient jamais d’euxmêmes.
Tel était à peu près l’état de cet enseignement à la mort de son inventeur.Ce résultat était plus curieux qu’utile ; mais il en était de cette précieuse découverte comme de toutes celles que fait l’esprit humain : il n’y avait que le temps et l’expérience qui pussent la perfectionner ; et quels que soient les progrès qu’aientfaits les successeurs de l’Épée, il eut le mérite d’inventer, de vaincre les premières difficultés , et il n’en doit pas
moins être placé parmi ce petit nombre d’iiommcs i;ui, sous
le despotisme, ont bien mérité de l’immanilé.
Aujourd’hui, à l’aide de la théorie de Sicard, réduite eu pratique , ses élèves comprennent non-seulement les mots de notre langue, mais ils rendent leurs idées dans cette langue; ils décomposent les périodes les plus compliquées , répondent à toutes les questions qu’on leur fait par écrit, comme nous répondons à toutes celles que l’on nous fait de vive voix. Il n’y a de différence entre eux et nous, que celle qu’il y a entre des absents réduits à se communiquer par écrit. Encore l’homme qui entend et qui parle , sans même connaître le langage des signes, peut s’entretenir avec les sourds-muets il suffit pour cela de former des lettres , de tes figurer en l’air comme on les tracerait sur le papier ; et le sourd-muet peut donc lire nos livres, s'instruire de nos usages, et connaître nos lois et nos mœurs : tous ceux qui ont vu les leçons données aux sourds ■ muets , et qui ont conversé avec le sourd-muet Massieu, conviendront de cette vérité.
Je sais bien, comme l’ont dit quelques membres, que le sourd-muet , qui n’a pas reçu l’instruction d’après la méthode de Sicard , n’est pas aussi sauvage qu’on voudrait le faire croire , qu’il est propre aux travaux de la campagne , à quelques métiers et surtout aux arts d’imitation ; mais le sourdmuet dans cet état ne peut guère communiquer qu’avec les hommes parmi lesquels il vit habilucllcment; il ne peut connaître les lois, il a beaucoup de peine à gérer ses affaires , n se dérober à l’astuce, à l’iniuslice, en un mot il n’est jamais qe’imitatcur.
Il ne s’agit pas de le rendre savant, mais de perfectionner sa raison et son intelligence, de lui apprendre à comparer les
DOCUMEXTS OFFICIELS. — V« PARTIE. 31S
objets, à en tirer des résultats, à connaître la nature des êtres et les lois de la Uépublique.
Et si , comparaison faite d’un sourd-muet qui a reçu l’instruction avec un sourd-muet dans l’état de nature, le premier ressemble, à la parole près, à l’homme civilisé, et que le second en soit encore à une grande distance, qui peut s’opposer à ce que le gouvernement ne propage cette instruction? Quelle raison de morale ou de justice pourrait motiver une telle opinion, tandis que, sil’Institutiondes sourds-muets n’était encore qu’un objet de pure curiosité, on pourrait même en dèmander sous quelques rapports la conservation?
L’utibté de l’Institution des Sourds et Muets étant démontrée, ilfaut examiner maintenant si les établissements actuellement existants sont suffisants , ou s’il faut en fonder d’autres.
Votre comité de secours publics en proposait six pour toute la République, c’est à-dire quatre nouveaux, puisqu’il en existe actuellement un à Paris et un à Bordeaux. Il proposait, en outre, l’établissement à Paris d’une école centrale pour y former des instituteurs.
L’organisation de l’École centrale présentait encore nne de ces idées académiques que vous avez tant de fois proscrites ; c’était une espèce de centre auquel devaient aboutir toutes les autres écoles de la République , et de laquelle des inspecteurs devaient sortir pour les parcourir. La simple publicité de ce projet avait déjà excité de la jalousie entre l’instituteur de Bordeaux et celui de Paris : ainsi votre comité n’a pas balancé à le rejeter.
Il est un moyen plus simple et plus efficace de remplir le même but. Sicard travaille à un ouvrage qui contiendra la théorie et la méthode de son enseignement ; il va initier la
société entière à un art qu’une sorte de charlatanisme avait aussi, dans le principe, entouré de mystères ; et il assure que sa théorie est d’une si grande évidence , qu’il ne faudra , pour la comprendre et la réduire en pratique, qu’une intelligence commune. Ainsi, les hommes tant soit peu instruits pourront élever eux-mêmes leurs enfants , ou bien il se trouvera des citoyens qui, sous les auspices de la liberté de l’enseignement, ouvriront des écoles ; et on n’aura plus à craindre, quand cette méthode sera pubbque , la disette des instituteurs, ou que l’inventeur emporte son secret dans la tombe. Les étrangers, diton, nous ont envié cette découverte. Eb bien ! avec l’ouvrage de Sicard, ils seront sur ce point aussi riches que nous: tout ce qui tend au perfectionnement des individus et à la prospérité des nations, appartient à l’humanité entière.
Quelles ont été les basés du comité des secours publics, lorsqu’il a proposé l’établissement de six écoles de sourds-muets dans la République?
C’est une assertion fondée sur la tradition ; il a supposé qu’il pouvait y avoir environ 4,000 sourds-muets dans la République.
Mais il l’a dit sur la foi de Sicard , Sicard sur la foi de l’Epée, et l’Épée sur je ne sais quelles données. La vérité , c’est qu’on n’a jamais eu que des notions très imparfaites sur le nombre de ces infortunés.Il semblerait, cependant, que, dans l’organisation actuelle du gouvernement , il n’y aurait rien de plus facile (I).
(t) On a des états envoyés par quelques districts et départements, et l’on en conclut qu’ils renferment tous le même nombre de sourds-muets. C’est une base absolument fausse, et il y a tout lieu de croire qu’il n’y en a point, ou peu dans la plupart des départements qui n’ont point produit d’états.
{Note du rapporteur.)
Mais jusqu’à ce que cette connaissance soit acquise, il est vraisemblable que les deux écoles actuellement subsistantes à Paris et à Bordeaux , sont suffisantes pour l’instruction des sourds-muets.
Il n’y a, dans ce moment, qu’environ quatre-vingts élèves dans ces deux écoles, et on peut y en recevoir un plus grand nombre.
Si l’expérience en démontrait l’insuffisance , alors le corps législatif serait toujours à temps pour en établir de nouvelles.
Mais il est inutile de créer des établissements , dont la nécessité n’est pas démontrée et lorsqu’il n’y aurait pas même assez d’instituteurs pour y enseigner, ni d’enfants pour les suivre. Le comité des secours publics ne propose même quatre nouveaux établissements que comme des pierres d’attente , jusqu’à ce qu’il y ait des maitres formés.
C’est un étrange moyen de former des hommes que de leur offrir à l’avance des places ; au moins est-il douteux qu’il convienne à une République. Au surplus , avant de multiplier ces écoles, il faut en connaître davantage les résultats ; et, quand il sera démontré par des exemples communs que cet enseignement est utile au perfectionnement de l’espèce , le gouvernement sera toujours en état de le propager davantage.
11 faut bien, en général, rapprocher du peuple les secours qui lui sont dus ; mais il y a un moyen d’empêcher que leloignement ne rende ce secours illusoire : c'est que la République fasse venir à ses frais dans les écoles, les sourds-muets de toutes les parties de son territoire.
L’Assemblée constituante avait ébauché la bienfaisance nationale envers ces malheureux ; elle n’avait établi , dans l’école de Paris , que 24 places gratuites; la Convention, par son dé-
cret du . . n’eu avait établi que le même
nombre dans l’école de Bordeaux.
Cette disposition est vraiment insuffisante : il faut que tous les sourds-muets de la République soient appelés à partager ce bienfait. Il suffit pour cela d’im logement assez étendu pour les recevoir.
Il ne faut pas craindre le trop grand rassemblement d’enfants, car l’instruction en est beaucoup meilleure.
Il faut établir la municipalité surveillante de l’administration économique de la maison ;
Et une agence , comme le propose le comité des secours.
Mais il faut diriger principalement l’enseignement vers la pratique des arts et métiers, et rendre ainsi les sourds-muets utiles à eux-mêmes et à la société ; car, si l’enseignement n’en faisait que des machines curieuses pour amuser le public, le gouvernement ne devrait pas les protéger d’une manière aussi spéciale.
Il y a une imprimerie dans l’école de Paris: il en est déjà sorti plusieurs sourds-muets. Deux sont actuellement à l’imprimerie nationale ou des assignats ; deux à celle de Paris, cloître Saint-Honoré; deux à celle de la veuve Hérissant ; et il en est qui travaillent à l’imprimerie de l’école.
On peut y établir d’autres ateliers, tels que la menuiserie, la tisseranderie, la fabrication d’étoffes, etc.
Votre comité pense qu’au moyen de ces nouvelles mesures, vous concilierez à la fois ce qu’exigent les principes d’économie que vous devez apporter dans tous les établissements publics , et ce que vous devez de secours et d’instruction aux sourds-muets.