TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE III. Wt
et une sourde-muette. Voici dans quelle circonstance : Agathe Montalant , sourde-muette , vivait , depuis trois mois environ , avec Choquet , sourd-muet comme elle , compositeur à l’imprimerie Didot, quand elle tombe toutà-coup malade, et se voit forcée d’aller demander un asile à l’hôpital. A cette même époque, si ce n’est auparavant, Agathe, dont l’humeur semble assez légère, avait formé une autre liaison, de même nature, avec Adolphe Emeux, sourd-muet, cordonnier, demeurant à Neuilly. A sa sortie de l’hôpital , elle se présente , avec Emeux , chez Choquet, sous prétexte d’y reprendre ses effets. Le portier ayant refusé de les laisser monter sans une autorisation écrite de son locataire , Emeux revient avec un billet sur lequel on a contrefait l’écriture , la signature même de Choquet, et les effets sont enlevés. A son retour, le compositeur s’aperçoit de la disparition de divers objets qui lui appartiennent, entre autres, d’une somme de sept mille francs. Ses soupçons se portent tout d’abord sur Agathe Montalant, qui s’est retirée chez une autre sourde-muette, Adélaïde Rouget. Là on retrouve une grande partie des objets volés , mais 3,000 francs manquent à la somme prise.
La cour offre un étrange aspect, quoiqu’il ne s’agisse au fond que d’une cause bien simple de vol, de faux, de complicité par recel ; mais tout le peuple sourd-muet de Paris , hommes et femmes , est là avec sa physionomie si ardente, si mobile. Tous les témoins sont sourds-muets, à l’exception d’un seul.
M.FerdinandBerthier, après avoir prêté serment comme interprète, explique aux accusés et aux témoins les questions et les observations qui leur sont faites, il reproduit
LÉGISUTION.
ensuite leurs réponses par écrit, et le greffier en donne lecture. Ses gestes si pleins d’âme , sa haute et rapide intelligence excitent l’étonnement et l’admiration du public, de la cour et du jury.
Le principal accusé Emeux, dont la figure est très expressive, se défend avec énergie et même avec un certain emportement. Les deux sourdes-muettes paraissent plus calmes.
Le jury, après une assez longue délibération , déclare Adélaïde Rouget non coupable, et Agathe Montalant coupable, mais avec des circonstances atténuantes. Il n’en admet aucune pour Emeux, dont la culpabilité est déclarée sur tous les chefs.
Agathe, instruite de son sort par M. Berthier, s’abandonne au désespoir et verse d’abondantes larmes. Emeux paraît, d’abord, plus résigné; mais son indignation ne connaît plus de bornes quand il apprend qu’il est condamné à cinq ans de réclusion. Agathe n’aura qu’une année de prison.
Le président , après avoir dirigé avec talent et humanité les débats de cette affaire difficile, charge M. Berthier de dire aux condamnés qu’ils peuvent recourir à la clémence royale, et tous deux accueillent celte espérance avec des signes de consolation et de conlentement.
Cnsoard-mnet condamné en police correctionnelle , à Paris, ponr vagabondage, après avoir subi une précédente condamnation pour vol. —
Conscience du FAS et du NEFAS.
Encore un sourd-muet devant la justice ! Mais cette fois, il ne s’agit que de police correctionnelle. Nous sommes en octobre 1838. Husson est une vieille connaissance des ha jitués de ce tribunal. Déjà il y a comparu , plusieurs