TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
fois, pour vol ou vagabondage. Il y est encore amené aujourd’hui sur cette dernière prévention.
Depuis sa dernière comparution devant les magistrats, le pauvre garçon n’a pas fait fortune ; mais on dirait qu’à la parole près, ses facultés intellectuelles ont pris quelque développement. Sa pantomime est vive, animée, et, sans beaucoup d’étude , on peut dire qu’on écrirait sous sa dictée.
Il déclare exercer habituellement l’état de tailleur ( il s’assied et fait le signe de coudre); mais , depuis trois mois ( il compte sur ses doigts) , il se trouve tout-à-fait sans ouvrage (il se croise les bras). Il a souvent bien faim (il ouvre une large bouche et fait voir que son ventre est des plus aplatis).
On lui demande où il loge. (Le vieil interprète Paulmier , élève de l’abbé Sicard, fait le signe d’une personne qui s’endort , appuyée sur le bras droit). Husson répond qu’il erre çà et là et qu’il se repose la nuit où il peut. (Pour rendre cette explication à l’aide des gestes mimiques, il agite ses bras et ses jambes, fait mine de dormir, tantôt dans une position , tantôt dans une autre, rapproche et éloigne, tour à tour, ses deux mains étendues, comme pour ouvrir et fermer le voile de la nuit , puis il montre le ciel, avec un gros soupir, en indiquant que, depuis des années, c’est son unique couverture).
On lui demande s’il se rappelle avoir été condamné précédemment pourvoi. (M. Paulmier fait signe de ramasser adroitement avec la main ce qui se trouve à sa portée.) Husson alors lève les yeux en l’air, dans l’attitude d’un homme qui cherche à recueillir ses souvenirs, puis il
fait un signe affirmatif, et rejetant, à deux reprises, sa main par dessus son épaule droite, il indique d’un air piteux qu’il y a bien longtemps de cela.
M. le président lui fait observer qu’il n’y a pas si longtemps qu’il le dit, puisque, d’après une note de police, sa dernière condamnation ne remonte qu’à 1837. A cette impulalion inattendue, Ilussoii entre dans une violente colère, il passe, à différentes reprises, l’index de la main droite sur ses lèvres, comme pour faire comprendre que c’est une parole détournée de la ligne droite, une accusation tout-à-fait fausse et calomnieuse; puis, dressant l’index elle médius de la main droite au-dessus de son front , il indique clairement qu’à son avis le commissaire de police qui a dit cela est un âne, et il représente le commissaire de police par le geste réitéré d'un homme qui porte une ceinture. Sa pantomime rapide et expressive emploie ici mille moyens pour formuler les dénégations les plus positives. Il indique que souvent il a eu bien faim, et que, pourtant, depuis qu’il a comparu devant les bonnets carrés, il n’a fouillé jamais dans la poche d’autrui; il aimerait mieux se faire a’oattre le cou (il fait le signe d’un homme quise coupe la gorge et tire la langue), que de prendre unecpingle à qui que «e soit.
On remarque qu’ici la colère que lui inspirel’accusation, se tourne peu à peu contre l’interprète, M. Paulmier, dont la traduction ne lui paraît pas répondre aux besoins de sa justification. 11 haussecinq ou six fois les épaules et, indiquant d’un geste de mépris la perruque rousse qui couronne le chef respectable de son drogman, il se permet effrontément de lui adresser la même qualification qu’à M. le commissaire de police, en portant, comme il l’a déjà