SURDI-MUTITÉ. - V‘ PARTIE
Nous commençâmes par exposer que la surdi-mutité ri est pas une unité morbide, mais un composé d’états organopathiques et de troubles fonctionnels variés, congéniaux ou acquis, qui nécessite un traitement en rapport avec chacune de ces altérations. Aussi , notre traitement est-il varié , simple ou multiple, local ou général, organique ou de la lésion, physiologique ou de la fonction, quelquefois l’un et l’autre à la fois. C’est pour avoir considéré jusque dans ces derniers temps la surdi-mutité comme une unité morbide que le diagnostic et la thérapeutique de cette affection ont fait si peu de progrès.
Les lésions organiques que l’on observe du côté de l’appareil auditif du sourd-muet, à part certains vices primordiaux de conformation d’arrêts de développement, ou d’absences d’organes, ne sont pas différentes de celles que l’on rencontre dans la surdité sans mutisme.
Nos observations et nos expériences ont fait connaître : ■l^que danspresque tous les cas les lésions organiques qui occasionnent la surdité sont la cause de la mutité, et que lors même que la surdité est incurable, il est toujours possible de doter le sourd-muet intelligent de la parole, lorsqu’il n’est pas aveugle et atteint en même temps d’une paralysie des nerfs sensitifs; 2° mais que tous les troubles fonctionnels ne disparaissent pas entièrement parla guérison des altérations organiques, pas plus que l’enfant nécataracté ne recouvre immédiatement l’intégrité du sens de la vue après l’opération de la cataracte. D’après ces considérations nous avons envisagé le traitement de la surdimutité sous un double point de vue :
Traitement des altérations organiques ,
Traitement des troubles fonctionnels.
Le traitement organique s’occupe de la thérapeutique
de toutes les altérations organiques qui peuvent occasionner la surdi-mutité.
Le traitement fonctionnel a pour objet de rétablir et de développer les fonctions de l’appareil auditif et vocal.
Avant nous, on avait confondu généralement chez le sourd-muet comme chez le sourd, deux espèces d’audition, essentiellement distinctes, /« perception du son par le nerf auditif et la perception des ondes sonores par les nerfs sensitifs (1).
Pour éviter de seqablables erreurs, il nous a paru utile de diviser les sourds-muets et les sourds sous le rapport de l’audition en deux grandes classes :
-1“ Ceux qui ne perçoivent le son que par les nerfs de sensation générale;
2° Ceux qui perçoivent le son et la parole par les nerfs auditifs.
Relativement aux sujets qui forment la première classe, dans tous les cas où leur appareil auditif ne pourrait être traité avec succès, toujours ou presque toujours, à moins de paralysie des nerfs sensitifs ou de cécité, ilest possible de faire entrer leur appareil vocal en fonction, au moyen de la perception par le tact des ondes sonores et sous l’influence de l’excitation visuelle et imitative.
L’enfant qui appartient à cette première classe étant privé du sens de l’ouïe, modérateur et excitateur delà voix et de la parole, passe ses premières années sans s’exercer à bégayer des sons qu’il ne peut percevoir; cependant il peut produire un son vocal, et ses cris ressemblent à ceux des autres enfants dans le commencement de son existence; mais ces cris inarticulés, expression de la joie et
(1) Mémoires déposés en 1840, 1842 et 1849 à l’Académie des sciences.
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de la douleur , restent dans leur état primitif alors que toutes les autres facultés se développent et se façonnent par l’éducation, et il ne peut en être autrement ; car si cet enfant produit des sons, c’est sans en avoir la conscience , et rien ne peut le porter à les modifier.
Quant aux individus qui composent la seconde classe, nos expériences nous ont permis d’établir comme règle générale :
4° Que les sourds-muets comme les sourds entendent d’autant mieux qu’ils perçoivent des sons composés d’un plus petit et d’un plus grand nombre de vibrations, et que leur intensité est moindre, {et vice versa).
2° Que ceux de celte classe qui ne sont pas sensibles à des sons composés de 500 vibrations avec une intensité de 5 à notre acoumètre n“ 3 , ne le sont pas davantage aux ondes sonores au-dess.ms de 80 ou de 100 ; ou, s’ils entendent ces sons, c’est avec le degré d’intensité 10 de notre acoumètre n° 3, et dans ce cas, ce sont les nerfs sensitifs qui ont reçu l’impression et qui l’ont transmise au cerveau. Voici la preuve du fait que nous avançons ; si l’on approche de l’instrument qui donne ce nombre de vibrations, la tête, puis sucessivement la face palmaire ou plantaire du sujet qui est soumis à ces expériences, on observera que la perception du son est bien plus forte par les pieds et par les mains que par le crâne (4). (Là tête, d’après nos observations, donnant 4, les mains et les pieds 9 et 10 pour la perception tactile).
3“ Que chez les sourds-muets qui n’entendent pas des sons graves au-dessous de 80, 400, 420, l’audition s’élève rarement aux sons qui dépassent 400 ou 300.
(1) Voir nus mémoires adres és à l’Académie des sciences et de médecîne en 1842 ei 1849.
<4° Que les sourds-muets comme les sourds atteints d’une surdité profonde ne perçoivent , à part quelques exceptions, que des ondes sonores composées au moins de 80, 100, 120, ou 150 vibrations, et quine s’élèvent pas au-delà de 400, 450, 500. Ce sont les ondes sonores intermédiaires entre ces deux limites qui sont ordinairement le mieux perçues. Quelquefois aussi nous avons observé des sujets dont l’audition descendait jusqu’à 66 et ne dépassait pas 264. Toutefois, il faut tenir compte des légères variations qui proviennent tantôt du timbre de l’instrument, de son intensité {i), tantôt de la constitution plus ou moins nerveuse et irritable de l’individu, de \2i perception délicate de ses nerfs sensitifs qui pourra être confondue avec la fonction du nerf auditif; enfin d’autres fois de l’état de l’atmosphère et de la température.
5" Que plus aussi un sourd-muet ou un sourd entendra des sons composés d’un plus petit ou d’un plus grand nombre de vibrations , plus aussi il percevra des sons d’une intensité moindre et vice versâ.
6“ Le sourd-muet et le sourd entendront d’autant mieux la voix et la parole qu’ils percevont des sons plus graves et plus aigus, et d’une moins grande intensité.
T Toutes les fois aussi que le sourd-muet ou le sourd recevra une amélioration auditive sous l’influence d’une médication quelconque, il percevra des ondes sonores composées d’un plus petit et d’un plus grand nombre de vibrations et plus l’intensité des sons perçues sera également moindre.
(1) Les sons doués d’une très grande intensité donnent à l’oreille la sensation de sons beaucoup plus graves qu’ils ne le sont en réalité, ex: le bourdon de Notre-Dame, etc.; de plus, l’amplitude des vibrations diminue dans le même rapport que leur nombre augmente, etc.