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SURDI-MUTITÉ.— Y‘ PARTIE

8® Avec des règles aussi positives , il est facile de déterminer quand le sourd-muet et le sourd commenceront à entendre la voix et la parole; quand pourra commencer pour le premier comme pour le dernier les exercices de gymnastique vocale et auditive et d’audition mutuelle de la parole, exercices que nous croyons avoir proposés le premier en ce genre, et si cette perception s’étendra à la voix de la femme ou de l’enfant , ou si elle se limitera à celle de l’homme qui est composée d’un moins grand nombre de vibrations.

9“ Les instruments dont nous faisons usage pour cette appréciation permettent d’arriver sûrement à cette connaissance ; ils servent à établir un diagnostic plus positif de l’affection et à suivre les effets des moyens thérapeutiques employés, avec la même facilité qu’on observe l’influence de la pesanteur sur l’échelle du baromètre, et de la chaleur sur celle du thermomètre.

Toutes ces données expliquent pourquoi on entend mieux telle voix que telle autre, pourquoi le sourd n’entend pas lorsqu’on parle trop haut à son oreille et pourquoi il perçoit mieux les sons qui se rapprochent du médium lors même qu’ils ont une intensité moindre.

Elles servent encore à rendre compte de certains faits simples en eux-même et qui, cependant, causent de l’étonnement à beaucoup de personnes. On est surpris de voir un jeune sourd-muet entendra quelques sms sans parler, ce qui donne à penser que lemutisme tient à un défaut de la langue, du larynx, etc., car puisqu’il entend, pense-t-on , il devrait articuler et reproduire les sons qu’il perçoit, et puis on en tire cette fausse conclusion : donc le mutisme tient à toute autre cause qu’à la perte de l’ouïe.

Cette objection est le résultat d’une observation su-

perficielle. On comprendra facilement, d’après les expériences de Savart , et les nôtres , pourquoi les choses se passent ainsi. La voix la plus grave chez l’homme est de 192 vibrations, la plus élevée de 633 vibrations; chez la femme la voix la plus grave se compose de 576 et ne dépasse pas 1620. Le Jeune enfant a la voix plus aigùe encore, et les sons que peut produire son larynx offrent des vibrations plus nombreuses qui s’élèvent quelquefois juqu’à 2000 et au-delà.

10“ Ces règles sont la loi qui doit guider sûrement dans l’éducation auditive et vocale du .sourd-muet ainsi que dans l’application des moyens curatifs de son infirmité.

11° De plus, nous avons observé que la perception tactile du son et de la parole par les nerfs de sensation générale est d’autant plus marquée , que la perception auditive est plus faible, et vice versa.

En tenant compte de ces principes que nous avonsétablis, le premier, d’après des milliers de faits observés à notre clinique ou à l’institution des sourds-muets , on peut classer les sourds-muets et les sourds, selon le nombre de vibrations qu’ils entendent et le degré d’intensité de cette perception; on peut suivre de même les progrès que fait l’audition du sourd-muet et du sourd à l’aide de tel ou tel moyen et juger quand le sourd-muet et le sourd pourront être en état d’entendre la voix, la parole d’autrui et la leur propre. Désormais, le diagnostic et la thérapeutique de cette affection ne seront plus plongés dans les ténèbres.

La deuxième classe peut se diviser en deux grandes catégories (1) : 1“ Les sourds-muets qui ne perçoivent que des sons d’un nombre de vibrations inférieur à celui que peut donner leur appareil vocal. — Ceux qui en-

(1) Mémoire déposé à l’Académie des sciences en 1842.

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tendent des ondes sonores en rapport avec celles que leur organe phonateur peut produire.

La première catégorie, qui, en général, est la plus nombreuse, se compose de sourds-muets dont la perception auditive, pour le plus grand nombre, est inférieure à l’ut médium de la voix humaine (512 vibrations). Leur audition s’étend rarement aux sons graves au-dessous de 120, 100, 80, et ne s’élève pas au delà de ceux de 350, 400, -450, etc.

Les sons qui dépassent ces chiffres ne sont pas ordinairement entendus par la plupart, à moins qu’on ne leur donne une intensité excessive, alors ils le sont comme commotion, comme bruit, ou le plus souvent, ils sont perçus par les nerfs de sensation générale.

Quelquefois, cependant, mais exceptionnellement nous avons observé des sourds-muets à l’institution de Paris et à notre clinique qui entendaient des sons graves de 70, 66 ,et dont l’audition s’arrêtait aux sons de 264 ou de 300 vibrations.

La plupart des sujets de cette catégorie ne peuvent recevoir qu’une éducation auditive, isoiément,ou concurremment avec le traitement des lésions organiques jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à entendre des sons en rapport avec ceux que leur larynx peut donner.

]Nos expériences et l’exposé qui précède, expliquent pourquoi le jeune sourd-muet qui ne perçoit que des ondes sonores de500 vibrations, et dont l’appareil vocal ne peut former que des sons au-dessus de 700, 800, 900, 1000, n’essaie pas de les reproduire

Tous les efforts du traitement physiologique et médical doivent donc tendre à mettre le sourd-muet en état de percevoir dos sons en rapport avec ceux que son or-

gane vocal peut former, afin de pouvoir lui faire exécuter simultanément des exercices degymnaslique vocale et auditive qui le conduisent à une bonne articulation, et à une audition supérieure.

La deuxième catégorie se subdivise en plusieurs sections. La première section comprend tous les individus qui perçoivent des sons de 1024 et au-dessus, mais dont l’audition ne s’élève pas à 2048.

Plus ils sont susceptibles de percevoir des sons aigus plus aussi leur oreille pourra entendre des sons d’un moins grand nombre de vibrations et d’une intensité moindre. Plus leur audition sera délicate, plus aussi leur perception sensitive des ondes sonores sera moins grande. L’audition de la voix et de la parole, chez les individus de cette catégorie, est toujours à peu près dans un rapport constant avec l’intensité des sons et le nombre des vibrations perçues.

Les sujets de la première section sont susceptibles de recevoir en môme temps que le traitement de l’altération organique, une éducation auditive et vocale ; ils peuvent commencer à solfier, à chanter et par des exercices méthodiques variés et surtout l’habitude, mettre leur voix à l’unisson avec les sons qu’ils entendent, et passer des sons simples à la parole et à la conversation, se livrer à la lecture à haute voix et à l’audition mutuelle de la parole par l’oreille ( exercices que nous mettons en pratique depuis plus de dix ans. )

La deuxième section embrasse tous ceux dont l’audition s’élève au moins à 2048 ; les autres sections comprennent des individus qui entendent des sons composes de vibrations (1), de plus en plus nombreuses, de 3, -1,5,

(1) Voir à la partie médicale les autres sections et subdivisions.

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G, 7, 8, 9, 10 mille etc., jusqu’aux limites de l’audition normale.

Les sujets de la seconde section comme ceux des sections qui suivent , entendent des sons d’autant plus graves que leur audition entend des sons plus aigus, et d’une intensité moindre. La perception de la parole, de la voix estcomme pour celle qui précèdeen rapport avec le nombre de vibrations des sons perçus etleur intensité. Ils peuvent avec plus de facilité que les individus de la section précédente , être exercés à la gymnastique vocale et auditive, à l’articulation. Ces divers exercices peuvent avoir lieu isolément ou concurremment avec le traitement des altérations organiques. Bien gradués et bien compris, ils conduisent les sujets qu’on y soumet à percevoir la voix d’hommes, de femmes, d’enfants etleur permettent d’acquérir une parole claire et facile.

En appliquant aux élèves des diverses sections des cornets acoustiques semblables à ceux que nous avons fait fabriquer, à cette intention, on augmentera l’intensité des sons, la perception en sera plus sensible et on facilitera de la même manière l’enseignement de l’articulation.

Une chose remarquable chez le sourd-muet qui perçoit des sons de 1 000 vibrations et au-dessus, c’est la grande difficulté qu’il éprouve au début à se mettre à l’unisson avec un son. Ilressembleà un enfant qui veut reproduire sur un instrument, violon ou autre, etc., un son qu’on lui fait entendre, il le donne tantôt trop haut, tantôt trop bas, et tout en sentant bien que le son n’est pas juste, il ne sait souvent apprécier s’il est plutôt l’un que l’autre. C’est par des exercices nombreux et méthodiques qu’on parvient à développer le larynx, qui dans le commencement par son état d’inaction prolongé, ne donne que des sons bizarres.

La parole est formée du même nombre de vibrations que le chant; nous parlons toujours sur une des notes de notre gamme diatonique, et nous produisons des modulations très fines, auxquelles l’habitude nous empêche seule de faire attention. Comme il est raisonnable en toutes choses de procéder du simple au composé, lecl.ant et la gymnastique vocale et auditive sont le meilleur moyen d’arriver à une audition et à unearticulation meilleures. Après avoir déterminé quelle est la série de sons peiçus par le sourd-muet, nous l’habituons à les distinguer les uns des autres ; ensuite nous le formons à reconnaître les sons de diverses natures et d’intensités variées. Et aussitôt que son appareil vocal se trouve en rapport avec le nombre des vibrations perçue, nous lui faisons commencer les exercices de gymnastique vocale et auditive. Le traitement fonctionnel dont nous venons de parler, est souvent employé en même temps que la thérapeutique locale .ou générale des altérations organiques. Quelquefois, cependant, nous l’employons isolément. Depuis dix ans que nous avons proclamé les avantages de la gymnastique vocale et auditive contre la surdi-mutité, le bégaiement et les autres vices de l’appareil phonateur, nous la voyons tous les jours s’étendre, et aujourd’hui même servir à faire l’éducation vocale de rorateur,de l’artiste, et généralement de tous ceux qui désirent avoir une belle voix, ou une bonne prononciation.

Les membres de la commission appréciaient à chaque visite le progrès de nos élèves avec des instruments qui leur permettaient de mesurer l’intensité des sons et le nombre des vibrations.

Nos acoumètres n° 3 (512), n” 4 (1024), n” 5 (2018), et des diapasons ut 3, ut4, et ut 5, étaient employés pour apprécier le nombre et l’intensité des vibrations. Enfin,

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