TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV
d’un grand concours de ficfèles édifiés. Le fait que je signale à votre attention , ne doit-il pas vous convaincre, de plus en plus , de l’urgente nécessité de mettre la législation des sourds-muets en harmonie avec celle des parlants ? Tous mes frères d’infortune vous béniront si vous consentez à nous aider , dans cette circonstance à maintenir notre dignité d’hommes et de citoyens envers et contre tous. »
Affaire plaidée devant le trlbnnal civil de Gastel - Sarrasin. — Une sonrdemneue, fort intelligente, mais sans instruction , déclarée impropre à contracter mariage. — Scène intéressante.
Si de pareils faits se passent à Paris , combien ne doivent-ils pas être plus fréquents dans les provinces, où l’instruction a tant de peine à se répandre , et où celle des sourds-muets, surtout, gémit dans un abandon si général! En septembre 1842, le tribunal civil de Castel- Sarrasin était appelé à juger une affaire de ce genre, qui avait attiré une foule de curieux.
Marguerite L . est une belle fille de vingt-cinq ans,
sourde-muette de naissance, ne sachant point écrire, n’ayant été mise à même de profiter d’aucun des moyens d’instruction dus aux abbés de l’Épée et Sicard; elle mène une vie simple et monotone au village de Gensac, auprès de ses parents; et pourtant, malgré son infirmité naturelle si triste , la jeune sourde-muette n’en est pas moins robuste, bien constituée , et, de plus, douée d’un cœur sensible. Marguerite est riche pour une paysanne.
Un jeune homme du même village la demande en mariage. La jeune fille consent; ses parents l’attestent, ainsi que le jeu de sa physionomie et ses signes aussi expressifs que tendres ; mais le maire, qui reconnaît à la jeune
fille les plus louables qualités, avouant qu’elle garde ses vaches avec soin, qu’elle est bonne femme de ménage, qu’elle remplit admirablement ses devoirs de fille soumise et dévouée , allègue qu’il ne lui trouve pas l’intelligence des articles 212 et suivants du Code civil; il se refuse obstinément à voir un consentement au mariage dans ses signes.
Le magistrat municipal est sommé, sous les peines de droit, d’avoir à procéder aux formalités de l’union conjugale. Refus opiniâtre de sa part. Comment sortir de cette péripétie? La loi ne déclare point incapables, il est vrai, les sourds-muets , mais elle exige qu’ils puissent manifester leur consentement d’une manière claire et positive. Or la muette, nous l’ayons dit, n’a reçu aucune instruction.
On assigne le maire devant le tribunal civil de Castel-Sarrasin, pour qu’il ait à procéder , dans le plus bref délai, à la célébration du mariage, sous peine de forts dommages.
C’est ainsi que se présente cette affaire à l’audience du 19 août 1842. L’avocat de la sourde-muette a à peine exposé les faits, que le tribunal, sans rien préjuger , ordonne la comparution des parties.
Le 26, la sourde-muette, son prétendu, les parents et le magistrat municipal comparaissent ensemble. La jeune fille a de grands yeux noirs qui expriment bien toute l’intelligence qu’on lui suppose. Elle paraît plus surprise qu’elfrayée des robes noires et du public qui encombrent la salle; elle lance des regards courroucés au maire; le président ordonne de faire éloigner la famille , puis il interroge la sourde-muette.
Le président, à haute voix : Comment vous appelez-
vous?