TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE IV
vant vous par la main,... N’est-ce point là cette voix du cœur si bien définie par Portalis? Ainsi Marguerite a manifesté sou consentement ; ainsi elle est capable de contracter une union ; ainsi vous enjoindrez au maire d’avoir à célébrer son mariage.
Messieurs ^ réplique le ministère public , qui ne se rappelle point la lettre du garde des sceaux, M. de Peyronnet, et qui n’a probablement point lu celle de Ferdinand P>crtliier, la question a été mal posée par l’avocat que vous venez d’entendre. 11 ne s’agit point do constater que Marguerite s’occupe des soins du ménage , qu’elle fait bien ou mal la cuisine, ces faits ne sont point niés. Tout ce que nous voulons savoir, c’est si elle coniprcnd les charges et les devoirs du mariage ; si elle peut donner un consentement dont elle calcule les résultats. Eh bien ! franchement nous ne le croyons pas. Il ne suffit pas, pour prouver qu’elle sent l’importance de cet acte solennel, qu’elle repousse ou paraisse repou.sser un de nos huissiers , et qu’elle ramène devant nous son prétendu. II faut qu’elle mesure surtout la portée de l’union conjugale, ce lien moral et civil destiné à former les familles, qui sont la pépinière de l’Etat. Est ce la position véritable de la sourde muette Cj[ue vous avez sous les yeux? Vous ne le penserez pas. Vous rejeterez donc sa demande, et vous la condamnerez aux dépens.
Marguerite, hélas! n’a que trop bien compris les conclusions barbares du ministère public. Elle est toute abattue, le maire, ébahi, s’en rapporte à Injustice; le tribunal délibère . On cherche de toutes parts un nou¬
vel interprète , qui se mette en correspondance avec la sourde-muette, et fasse son rapport à l’audience du 29.
Le choix du tribunal tombe sur le curé d’une paroisse \oisine.
Au jour dit, le bon ecclésiastique confesse humblement qu’il n’a pu, dans un aussi court délai, s’entendre avec Marguerite; il demande trois mois, au moins, pour y réussir. Le tribunal , considérant dans sa haute sagesse qu’un consentement doit être intelligent, compréhensible, et non purement machinal et tout problématique, déclare qu’il n’y a pas lieu, pour le moment, d’autoriser le maire à procéder à la célébration du mariage , et condamne la pauvre sourde-muette aux dépens.
Béelamatlon à ce sujet d’an anonyme deTroyes,— Vonvelle réclamation de Ferdinand Bertbler.
Le 13 septembre suivant , on lisait la lettre ci-après, signée C....,., dans le Propagateur de l'Aube, journal qui paraît à Troyes :
« Je commence par vous dire que je ne suis ni légiste , ni législateur, ni mêmejurisconsulte, etque je ne possède aucune science; mais j’observe quelquefois, et, en voyant certains faits , signalés dans nos grands journaux de Paris, je m’afflige d’apprendre, par ces mêmes faits, que nos législateurs s’occupent trop de choses inutiles, en ce sens que beaucoup de leurs spirituelles discussions ne sont relatives qu’à des personnages politiques, et qu’ils en négligent d’autres bien plus essentielles pour la morale publique.
En effet, j’apprends, par un jugement du tribunal civil de Castel - Sarrasin , qui a refusé d’autoriser le mariage d’une demoiselle sourde-muette , parce qu’il était impossible de reconnaître si elle comprenait les obligations qui naissent de l’acte de mariage, et par quelques recherches