‹ La surdi-mutitéChapitre 37 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. CO · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. CO

muel aussi, déclare par l’entremise de M. de Monglavc, , que le plaignant a appelé le prévenu faux frère. Il désigne le plaignant par l’épithète de poète, laquelle s’exprime dans le langage mimique en traçant sur la main des lignes inégales. L’interprète explique que, parmi les sourds-muets, M. Pélissier n’est connu que sous cette dénomination, parce qu’en effet il fait des vers très beaux, dont un volume verra prochainement le jour (1). Il comprend la rime, le rythme, la césure, l’élision, ce que l’on concevrait difficilement, si l’on ne savait ({u’il a reçu des leçons de parole artificielle à l’école de Toulouse; et que, bien qu’aujourd’hui il ait complètement perdu la faculté de la parole , il a conservé la mémoire de ces excellentes leçons, au point que, sous le rapport du nombre, il compose des vers irréprochables, comme ils sont irréprochables aussi sous le rapport de l’inspiration ec de la vérité. M. de Lamartine, lui-même, ébloui par l’apparition subite de ce phénomène , a adressé à Pélissier une pièce de vers digne de son admirable talent et de sou excellent cœur.

Les autres témoins à décharge, tous sourds-muets, soutiennent, avec le prévenu, qu’il n’y a pas eu guet-àpens, et que celui-ci n’a repoussé M. Pélissier qu’après avoir été provoqué par un geste, qui a été pour lui l’expression du reproche injurieux d’être un faux frère.

Après quelques paroles touchantes de M. Meynard de Franc, organe du ministère public, qui a vivement re-

(!) Ce volume , avec une introduction fort curieuse de M. Laurent de Jussieu , a effecti vement paru depuis, et il a obtenu un fort beau succès.

gretté. de voir naître un débat si aflligeani entre des hommes distingués, des frères, léunis dans une infirmité commune, et, après avoir rendu homniage au sentiment de convenance qui portait Pélissier à refuser des dommages-intérêts et à s’en rapporter à la sagesse du tribunal pour une légère punition exemplaire, le tribunal, conformément à ses conclusions , a condamné le prévenu Contremoulin à une amende de 25 francs seulement, et a invité l’interprète à lui faire comprendre que, s’il se montrait indulgent envers lui , c'était dans l’espérance que cette leçon lui profiterait, et que de pareilles scènes ne se renouvelleraient plus.

Contremoulin remercie le tribunal, et, portant la main au gousset, il demande par gestes au greffier s’il doit pajer à l’instant même. Celui-ci, lui ayant répondu par écrit qu’on lui annoncerait quand il faudrait verser l’amende, il s’avance jusqu’au pied des magistrats, les salue gracieusement, et se retire environné de ses amis. Les discussions les plus animées, mais, cette fois, les plus fraternelles, se continuent longtemps entre les sourdsmuets aux abords du tribunal, et jusque dans la salle des Pas- Perdus.

Bêclamalion de Ferdioand Berthfer snr les incidents de cette cause.

.Au sortir de l’audience, M. Ferdinand Berthier écrivait à la Gazette des Tribunaux : « Permettez -moi, comme président de la Société centrale des sourds-muets, de vous prier d’accueillir dans les colonnes de votre journal l’expression unanime de cœurs profondément affectés par le grave incident qui vi< nt de s’élever dans une affaire jugée

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