TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
a de différence à établir qu’entre ceux qui ont reçu de l’éducation et ceux qui n’en ont point reçu ; et tout dépend de la somme d’éducation elle-méme. Un sourd-muet peut donc avoir la conscience de ses actes ; c’est le cas où il possède une somme d’éducation capable de lui faire juger le bien et le mal, et de savoir ce que la société permet et ce qu’elle défend. » {Devergie, Méd. légal.)
Entre M. Adelon et M. Devergie il y a cette seule différence que le premier se sert du mot altération mentale à la place d’aliénation mentale.
M. Marc {t. I, page -442), s’exprime ainsi au sujet du sourd-muet qu’il place comme les auteurs précités dans la' classe des aliénés : L’imbécillité est la nuit de l’intelligence; la surdi-mutité en est le sommeil.
Inflaence des opln’ons de ces médecins snr l’avenir des sourds-mnets. —
Cause de l’inertie dn gonvernement. — Fausse position du sourd-muet
Berthler. — Bébian méconnu.
Nous n’avons voulu interrompre cet exposé par aucune réflexion, afin de mieux laisser voir combien ces opinions, toutes puisées à la source d’Itard et de Hoflfbauer, ont pesé sur l’avenir des pauvres sourds-muets, et peuvent , si elles ne sont pas combattues , empêcher le progrès de s’introduire dans leur enseignement, et les réformes législatives d’améliorer le sort de ces parias de notre civilisation.
On s’est plaint , ensuite, de ce que le gouvernement ne faisait rien pour eux ; mais comment, en présence d’aussi fausses appréciations de leur état moral, aurait-il osé faire quelque chose? La considération immense dont jouissent encore, de nos jours, les médecins qui ont traité ce sujet, ne suffisait-elle pas surabondamment pour convaincre la haute administration des faits exposés par eux ? Que pouvait, dans la presse et à l’académie de médecine, la voix
8 m) LÉGISLATION,
éloquente de notre ami Berthier contre de pareilles accusations tombées de la plume d’hommes jouissant d’une considération générale, et dont la parole était une autorité ? D’ailleurs , sa position particulière de sourd-muet le faisait regarder, d’une part, comme intéressé à défendre, à outrance , les droits de ses frères; de l’autre, comme inhabile à juger si le tableau qu’on traçait de leur intelligence était plus ou moins fidèle. Delà il est résulté que souvent ses réclamations sont restées sans réponse, et, presque toujours, sans réfutation.
Du reste , la conduite du conseil d’administration de l’école de Paris, à l’égard de Bébian (i), encourageait mal les autres professeurs qui, par leurs talents et leurs connaissances spéciales, se trouvaient le plus en mesure de signaler l’erreur et de faire éclater la vérité. Si les membres de ce conseil avaient mieux connu l’état moral des sourds-muets, auraient-ils infligé la persécution et l’exil à celui auquel on ne pouvait contester le mérite d’avoir posé pour ces pauvres enfants des principes d’éducation si savants et si sages? à celui dont le nom vit dans le cœur de tous ces malheureux, vénéré et béni à l’égal de celui de l’abbé de l’Epée ?
Que conclure de ce qui précède, si ce n’est que les idées d’Itard et de Hoffbauer, textuellement reproduites par les divers auteurs qui ont traité cette matière, et acceptées, dans leurs ouvrages, comme texte de loi et sans contrôle , tant la source en paraissait pure, ont été la cause de toutes les erreurs commises par la plupart des médecins légistes et par les législateurs eux-mêmes qui ont cherché à s’éclairer dans leurs livres ?
(1) Voir tome I", p. 73.