‹ La surdi-mutitéChapitre 49 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI

tence même de ce malheureux? Les articles 332 et 333 du Code d'instruction criminelle méconnaissent complètement ce devoir obligatoire de la plus simple humanité. Pourquoi ne pas apporter plus de soin, plus de conscience dans le choix de cet interprète? Pourquoi, au lieu de laisser ce choix à l’accusé, comme la loi en fait une obligation , ou de lui demander s’il accepte un tel pour son interprète, c’est-à-dire trop souvent pour son sauveur, ou pour son bourreau, lui imposer, contre son gré, un homme qu’il ne connaît pas, ou qui peut-être lui répugne ?

Faute de notions positives dans cette spécialité, il s’est trouvé, de tout temps, des esprits orgueilleux qui, se mêlant de réformer la grande famille du sourd-muet, à laquelle aucun lien ne les rattache, et se posant ambitieusement en créateurs d’un art qu’ils ne soupçonnent pas , ont mis tout en œuvre pour lui ravir cette langue universelle dont la portée immense leur échappe, erreur funeste, malheureusement partagée par un grand nombre d’instituteurs en renom.

Le sourd-muet, alors même que le flambeau de l’instruction ne l’a pas encore éclairé , est en état de comprendre, plus ou moins, toutes les questions possibles, pourvu que la langue qu’on emploie avec lui réunisse toutes les conditions prescrites, c’est-à-dire la clarté, la concision et la flexibilité. C’est un fait évident, palpable, journalier, qui échappe pourtant aux yeux prévenus.

Nous ne saurions trop le répéter, en général on s’opiniâtre à croire, nous ne savons sur la foi de quelles doctrines erronées, injurieuses pour le sourd-muet, que la parole est le seul lien qui rapproche les âmes; que l’é-

ducation pourra bien changer et corriger ce malheureux, mais qu’elle n’en fera jamais un homme placé sur l’échelle intellectuelle à un degré aussi élevé que son frère parlant, parce que, dit-on, l’intelligence ne se développe que dans la mesure de la perfectibilité du langage articulé. Puis, on ne craint pas d’en appeler aux témoignages des médecins légistes, de Marc, deFodéré, d’Itard surtout, ce célèbre médecin de l’Institution nationale de Paris, à laquelle il sacrifia, dans son dévouement sans bornes, trente années de son existence, et, cependant, nous l’avons dit , sans se préoccuper, le moins du monde, de l’étude du langage mimique, au point qu’une clause de son testament qui crée une classe d’instruction complémentaire dans l’école n’a pu y être mise à exécution qu’en enfreignant, à dessein, une de ses dispositions principales.

Itard veut que, dans la classe qu’il fonde, la parole articulée devienne d’un usage exclusif, et que la mimique en soit écartée ; mais cette prescription du généreux testateur est inapplicable à l’Institution nationale de Paris, tant qu’on respectera religieusement les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui. Il est facile, en eflét , de comprendre que des enfants, fort incomplètement exercés à la parole et à la lecture sur les lèvres, soient peu aptes à participer à un système d’enseignement qui n’admet que ce double moyen de communication. Pour établir logiquement le système d’Itard, que faudrait-il? Cultiver chez tous les élèves qui en sont susceptibles, aussitôt leur entrée dans l’Institution , et chaque jour, fendant un laps de temps convenable, comme nous ne cessons de le demander, le langage articulé et la lecture sur

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