‹ La surdi-mutitéChapitre 59 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII

bre de notaires et de témoins requis pour ces sortes d’actes? Kon, certainement, la Chambre des Pairs ne voudra pas, dans sa haute sagesse, laisser subsister cette contradiction si notoire, si étrange, que rien ne peut la justifier; elle voudra que, dans tous les cas possibles, toutes les conséquences découlent rigoureusement d’un principe général, dont l’évidence a été une fois établie.

» L’opinion de quelques-uns de nos plus célèbres jurisconsultes, tels que Merlin, Grenier, Favard de Langlade, armée de la constitution justinienne, cette œuvre de l’erreur des anciens temps, pour ne rien dire de plus, n’arrêtera point la justice moderne qui profite des découvertes comme des erreurs de ses devanciers, et marche, d’un pas de plus en plus sûr, éclairée qu’elle est par le flambeau de la vérité. Le ciel soit loué ! De nos jours, on ne sera plus admis, comme autrefois, à opposer les prescriptions du vieux droit romain à la mimique, cette langue constamment universelle, cherchée, pendant une si longue suite de siècles, avec des peines incroyables, par les philosophes et les savants de tous les pays, découverte, enfin, il y a à peine un demi-siècle par un humble prêtre. La Cour de cassation ne vient-elle pas de proclamer l’infaillibilité du langage des gestes, avec M. l’avocat général de Langle, quand ce dernier a démontré, à l’aide d’une si puissante logique, cette vérité de fait que le sourd-muet à qui le langage des gestes est devenu assez familier pour qu’il puisse se mettre en communication intellectuelle avec les personnes qui l’entourent, est aussi capable jde contracter que^ celui qui s’engage par la parole? .

» La mimique, dit M. Ferdinand Berthier, est un lan-

gage tout (l’inspiration, de spontanéité, à l’usage de tout le monde , du parlant comme du sourd-muet ; c’est la compagne habituelle, imprévue, indispensable de tout discours, c’est l’art oratoire développé. 11 ne faut pas de longues études pour y réussir. En consultant son cœur, on y excelle toujours.

«Quant à la dactylologie, qui consiste, chacun lésait, à reproduire fidèlement l’expression de la pensée en représentant, une à une, ou à peu près, les lettres qui la composent, il suffira au magistrat d’avoir sous les yeux l’alphabet manuel, imprimé ou gravé, tel qu’en possèdent tous les sourds-muets, d’y puiser, une à une, les lettres dont il aura besoin pour ses mots, de les calquer, pour ainsi dire', à l’aide de ses doigts sur ce modèle, et de les reproduire, de la sorte, aussi fidèlement que possible.

» On me dira peut-être : nous comprenons fort bien que la mimique puisse remplacer la parole dans ce cas; mais comment voulez-vous que les témoins exigés par la loi puissent tous comprendre suffisamment cette langue muette'? Comment voulez-vous qu’ils puissent l’apprendre soudainement quand ils sont appelés à assister le sourdmuet illettré dans un acte analogue ? I! nous semble que l’impossibilité qu’on allègue, en cette circonstance, pour celui-ci, vient moins de lui, puisqu’il a la mimique à sa disposition, que des témoins dépaysés, incertains, et que du danger qu’au premier aspect ils peuvent courir de se voir dépouiller de leur droit au profit de la fraude.

Mais, quand même, parmi les témoins (ce qui ne peut manquer d’arriver, parfois, en pareille circonstance), il ne s’en rencontrerait pas un possédant la mimique , ou la

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