‹ La surdi-mutitéChapitre 6 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE

Jetez un individu , quelqu’illettré qu’il soit, au milieu d’hommes parlant une langue qui lui est inconnue, et vous le verrez parvenir bientôt à la comprendre. Comment sera-t-il arrivé à ce résultat cet homme qui ne se doute même pas des différentes espèces de mots dont se compose cette langue? En observant les circonstances qui les accompagnent et en déduisant de celles-ci la signification des autres. Cette opération intellectuelle n’appartient pas seulement à l’homme qui a reçu de l’éducation, elle est également le partage de l’enfant illettré, du sourd-muet inculte. A la place de cet individu sans instruction, mettez un idiot, et vous verrez l’opération intellectuelle dont vous aurez été témoin dans le premier cas vous faire complètement défaut dans le second ; telle est la position du sourd-muet dépourvu d’éducation en présence de l’idiot , en présence de l’individu privé de psychie.

Pour nous, nous le proclamons avec bonheur, avec conviction , parce que notre observation assidue nous en a fourni des preuves surabondantes : l’homme que nous appelons sourd-muet', et que nous éludions comme tel en ce moment, possède, sauf les exceptions qui seront discutées ailleurs , un organe d’entendement analogue à celui de l’aveugle. Eh bien ! parce que celui-ci est privé du sens de la vue , qui osera lui infliger la qualification d’idiot ou d’imbécille? Le sourd-muet a une intelligence semblable à celle de l’aveugle, une intelligence servie, seulement , comme la sienne, par un organe de moins que la nôtre. Cet organe c’est l’oreille pour le sourd-muet , c’est l’œil pour l’aveugle. A la rigueur, on ne saurait considérer le sourd-muet, lettré ou illettré, comme un homme privé de la parole; la mimique dont il se sert pour échanger

ses pensées, est un moyen de communication tout aussi expressif, tout aussi rapide , et qui parle peut-être mieux à l’âme que les sons fugitifs et tout conventionnels qui s’échappent de notre bouche. Souvent même la principale valeur de ces derniers résulte du plus ou moins d’éloquence des gestes qui les accompagnent.

Possibilité de donner la parole à la plus grande partie des sonrds-mnets. — Le Bintlsme n’est pas le partage exclusif dn sonrd-mnet.

D’ailleurs, par des efforts soutenus, par une bonne méthode , ainsi que nous l’avons constaté nous-mêmes récemment dans la mission dont le gouvernement vient de nous charger à l’étranger , et ainsi que nous l’avons démontré fréquemment à Paris, il est possible de donner la parole à la plus grande partie des sourds-muets, car c’est le plus petit nombre, c’est l’exception qui présente des vices primordiaux ou acquis de l’appareil vocal. Le sourdmuet emploie naturellement le langage des signes ; il l’acquiert, sans efforts, par les yeux, comme l’entendantparlant acquiert la parole par l’oreille. La parole est pour le sourd-muet un moyen artificiel comme elle est un acte naturel pour celui qui est doué de la faculté d’entendre.

Il existe une autre source d’erreur que nous allons essayer de détruire : le mutisme n’est pas le partage exclusif du sourd-muet ou de l’être intelligent que nous avons mission d’étudier sous ce nom ; on le rencontre très fréquemment aussi chez l’idiot, et il devient d’autant plus rare qu’il s’éloigne des derniers degrés de l’idiotisme. Dans le relevé que nous avons fait des élèves- garçons entrés en 1848 à l’institution nationale des sourds-muets de Paris, il s’est trouvé, sur les seize nouveaux sujets admis, deux enfants atteints d’idiotisme au second et au

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