‹ La surdi-mutitéChapitre 7 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I

troisième degrés. Ces deux êtres infortunés, qui excitaient la pitié de leurs condisciples, présentaient des caractères distinctifs qui les en séparaient tout aussi complètement que s’ils eussent été au milieu d’élèves parlants.

IdiotUme, démence et snrdi-matité.— Différences entre ces trois infirmités.

Il ne serait pas plus raisonnable éncore de rattacher à la classe des sourds-muets, quel que soit le degré de surdité ou de surdi- mutité dont ils sont atteints, certains idiots endémiques, connus sous la dénomination àQ crétins ou cagols , et dont on trouve de nombreux exemples dans les vallées basses, profondes et étroites du Valais. Cette observation concerne également ceux qu’on rencontre en divers pays, tels que laNorwége, où, par suite d’influences analogues, l’idiotie semble être extrêmement fréquente. C’est encore à une cause pareille qu’il faut, sans doute, attribuer, dans cette contrée, le nombre considérable de fous qui, comparé à celui des habitants, est d’un sur cinquante-cinq. Les mêmes motifs sont applicables à tous les sujets atteints d’idiotisme sporadique ou endémique, congénial ou acquis.

Quelques auteurs ont joint à la classe des sourdsmuets, non-seulement les idiots, mais encore les individus atteints de démence avec mutisme. De même que nous avons établi les caractères différentiels qui existent entre le sourd-muet et l’idiot, nous allons examiner ceux qui séparent l’idiot du fou , afin de montrer que ce dernier se rapproche moins encore du sourd - muet que le premier. Entre l’idiotie et la démence il existe un rapport commun, puisque les deux formes d’aliénation consistent dans l’absence plus ou moins complète des

facultés cérébrales. Toutefois, voici les différences nombreuses quinécessitentleur séparation (Fabre): L’idiotieest antérieure à la puberté; la démence n’apparaît qn’a[irès cette époque. L’une est presque toujours primitive, l’autre est fréquemment consécutive à la manie. L’idiotie doit son origine à un état cérébral , tantôt anormal , tantôt morbide. Dans la démence , au contraire , les désordres cérébraux sont constamment pathologiques. Dans la première, arrêt brusque du développement des facultés de l’entendement; dans la seconde, affaiblissement de ces dernières , mais après leur complète évolution.

Les caractères propres et différentiels de l’idiotisme et de la démence que nous avons esquissés ici , nous paraissent suffisants pour permettre d’établir la différence qui existe entre le fou , l’idiot et le sourd-muet. Nous renvoyons , pour de plus amples détails , à la partie de notre ouvrage qui traite de l’éducation , de l’état moral et du diagnostic.

En travaillant à détruire de fausses idées et à faire rayer du cadre de l’aliénation mentale le sourd-muet intelligent, en apprenant surtout à ne pas le confondre avec le sourdmuet idiot, nous n’avons pas eu l’intenlion d’attirer la sévérité des lois sur ses actes. Nous avons voulu seulement assigner à nos frères atteints de mutisme, à ces êtres malheureux , encore méconnus au xix® siècle , la place qu’ils doivent occuper au banquet de la vie , et signaler à la sollicitude maternelle de la France l’instruclion générale qui doit les amener tous , dans un prochain avenir, à jouir des bienfaits de la civilisation et du progrès toujours croissant des lumières.

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