‹ La surdi-mutitéChapitre 62 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vfl. I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vfl. I

Seine), tout en vous proposant ce renvoi avec tant de bienveillance pour nous, a cru devoir vous faire observer que des difficultés allaient se rencontrer bien nombreuses dans l’adoption des dispositions législatives que sollicitait ma première pétition, et surtout dans leur application, difficultés devant lesquelles il lui semble que les auteurs du Code civil ont eux- mêmes reculé.

Touché, comme je dois l’être, des intentions si loyales de votre commission, permettez-moi d’essayer de dissiper toutes ces craintes en détruisant les malentendus qui ont pu les faire naître. Je n’abuserai point, Dieu m’en garde! de vos moments si précieux, que réclament impérieusement les graves intérêts nationaux confiés à votre haute sagesse. Je serai court.

Et, d’abord, quant au testament public, M. le rapporteur déplore avec moi le silence de la loi, l’unanimité sur ce point des commentateurs qui prétendent que le sourdmuet ne peut faire un acte analogue puisque cet acte doit être dicté par le testateur à peine de nullité, et leur peu d’accord, d’ailleurs, à défaut de texte précis, sur plusieurs des autres points en question. Il se demande, enfin, si, sans commettre un crime de lèse-humanité, on pourrait priver ainsi le sourd-muet de tous les moyens quelconques de disposer de sa fortune en faveur de sa femme, de ses parents, ou des objets de ses plus chères affections, par la raison qu’il ne sait ni lire ni écrire.

Or, quelle est la véritable signification du mot dicter?

A consulter le dictionnaire de l’Académie française, il veut dire prononcer mot à mot une phrase ou une suite de phrases pour qu'une ou plusieurs autres personnes l'écrivent.

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Je ne crains pas de le demander, celte définition estelle juste, exacte, incontestable? Je ne le pense pas. Comment se fait-il donc qu’on ne se soit pas occupé d’en étendre l’application à la mimique, ou même à la dactylologie, qui sont des langues, des idiomes dans toute l’acception du terme? Chez nous, en elfet, ne voit-on pas journellement un sourd-muet dicter une lettre à un sourd-muet ou à un parlant? Et cette expression n’a-telle pas été consacrée par l’usage depuis qu’il se rencontre de ces infortunés dans le monde? Et puisj le mot prononcer mot à mot doit-il s’entendre uniquement, en bonne logique, des paroles articulées par la langue? Quand il s’agit de sourds-muets, cette expression ne doit-elle pas s’appliquer aux paroles reproduites mot à mot par le sourd-muet au moyen de ses doigts, la seule et unique langue, aussi complète, aussi claire que l’autre, dont la nature prévoyante lui ait laissé la libre disposition pour manifester ses intentions et ses volontés?

Il me semble que, dans les questions d’honneur et d’avenir qui touchent directement les sourds-muets, on ne devrait pas courber humblement la tête sous le joug des langues, ce fruit éphémère des caprices de l’usage. Au reste, dans notre France, cette terre classique de l’égalité devant la loi, pourquoi supposerait-on au législateur l’intention d’excommunier, sans pitié, et d’exclure de la pleine jouissance des droits civils la mimique, cette langue à laquelle on reconnaît universellement, de nos jours, la même infaillibilité qu’à la parole orale?

M’objectera-t-on l’indispensable nécessité entendre? 31ais une pareille objection ne saurait résister davantage au plus simple examen de la logique vulgaire. N’est-ce

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