TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE VII
Voici la réponse de M. le garde des sceaux ! Devionsnous nous y attendre, après avoir vu prononcer trois fois, en plein parlement, le renvoi au ministre de la justice de mes pétitions réitérées sur cet important sujet, et après avoir sollicité de M. le garde des sceaux la création d’une commission spéciale, chargée de procéder, d’une part, à une enquête sur les points principaux de législation intéressant les sourds-muets, et de chercher, de l’autre, à mettre enfin en harmonie la jurisprudence qui les régit avec leurs progrès, chaque jour plus surprenants, dans les connaissances humaines et dans l’industrie? Perdrai-je mon temps à revenir à la charge, après avoir vu mes trop longues espérances frappées ainsi, tout à coup, sans pitié, au moment où je croyais toucher au but de mes efforts ? Le ton sec de là réponse du ministre semble devoir m’interdire toute démarche ultérieure. Demain, la voix sacrée du malheur ne serait pas plus favorablement écoutée qu'aujourd’hui ; il faut savoir se résigner en attendant des temps meilleurs : les ministres de la justice passent; la justice reste.
Dans ces graves circonstances, les journaux judiciaires deviennent notre seul , notre unique asile. Les sourdsmuets frappent, derechef, à leur porte. Il y a longtemps qu’ils savent, par expérience, qu’elle s’ouvre toujours au cri de l’équité et du malheur.
Vous n’aurez pas oublié, sans doute , les diverses mo- .dificaticmsÆoJ,Ucitées par moi dans l’intérêt de .ceux qu’on
veut bien appeler mes clients. . Si, par impossible, il
restait encore quelque incertitude dans votre esprit à l’égard de ce que je demande, vous me trouveriez prêt à la lever dans le seul intérêt , bien entendu , de la vérité. Je
liO LÉGISLATION,
suis, (lu reste, Dieu merci! a cent lieues de penser que vous puissiez partager, le moins du monde, les scrupules, d’ailleurs fort respectables , du dernier rapporteur de la Chambre des pairs, M. Anisson-Duperron, quand il a cru devoir faire observer que toute la difficulté siégeait dans le doute sur la suffisance ou l'insuffisance des moyens de communication en usage parmi nous. Sa conclusion ajoute toutefois sagement qu’une semblable question ne peut être résolue que par suite d’enquêtes et d’études auxquelles l’administration seule peut et doit utilement se livrer.
; Telle était précisément ma pensée en proposant à M.le garde des sceaux quatre ou cinq personnes , des plus compétentes en pareille matière, sans préjudice des choix que M. le ministre pourrait faire lui-même pour compléter le nombre de commissaires qu’il jugerait utile.
Déboutés par une fin de non-recevoir que je vous laisse à (jualifier, nous n’avons plus d’espoir, nous vous le répétons, que dans les feuilles judiciaires. Elles seront notre planche de salut dans notre naufrage imprévu. Ce secours inappréciable ne fera pas défaut , j’en ai l’intime convicviction , à l’organe beaucoup trop faible de la dignité intellectuelle des sourds - muets mécontents ; et Ton n’en compte pas moins de 22,000 en France qui, en dépit de la Charte constitutionnelle, ne sont pas vos égaux devant la loi.
n^volution de Février. — La Répabllqae. — Fétition à l’Assemblée nationale.
Neuf mois s’étaient à peine écoulés depuis la réponse de M. Hébert, qu’un nouveau gouvernement s’installait en France.