‹ La surdi-mutitéChapitre 66 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE Vil

Dès que l’Assemblée nationale fut réunie , un représentant du Loiret, M. Victor Considérant, vint, le 6 juin 4848, déposer sur le bureau une nouvelle pétition de Ferdinand Berthier, ainsi conçue :

« Citoyens représentants, l’Assemblée nationale dont vous faites partie, a sanctionné tout récemment le dogme de l’égalité proclamé par le Gouvernement provisoire.

» Cette déclaration solennelle rendra certainement plus facile une nouvelle tâche que j’ai maintenant à remplir en faveur de 22,000 sourds-muets français, mes frères et mes clients depuis vingt-huit années.

» Dans la foule des vieux préjugés qui environnent le berceau de cette jeune République, et à l’extirpation desquels une de ses principales missions doit être de travailler sans relâche , il s’en rencontre un que beaucoup de personnes partagent , et qui consiste , en dépit de la lumière, à contester au sourd-muet, quelque capable qu’on le suppose, le droit de marcher l’égal du parlant. N’est- ce pas un devoir pour le nouveau régime sous lequel nous avons le bonheur de vivre d’imposer silence aux voix injurieuses qui traitent encore aujourd’hui les sourds-muets de parias et d’ilotes!

» Ne serait il pas temps, par e.xemple, de rejeter enfin dans le néant je ne sais quelles étranges interprétations qu’en s’obstine à donner çà et là à la loi toutes les fois qu’un de nous se présente à l’effet d’accomplir les formalités légales, même les plus simples?

«Afin d’atteindre le but que je me propose, je me suis adressé, à diverses reprises , aux Chambres de l’ancien gouvernement. Et toutes les fois , moins une , avec une

bonne volonté qui les honore, elles ont renvoyé mes pétitions au ministère de la justice.

«Auprès de vous je crois pouvoir me dispenser de nouveaux arguments à l’appui des modifications que je demande aux dispositions de la jurisprudence civile et criminelle qui régit les sourds-muets .

» En rappelant à l’ancien garde des sceaux les intentions de la législation française à l’égard de mes frères d’infortune, j’avais sollicité de lui la formation immédiate d’une commission spéciale , chargée d’y faire droit , c’est-àdire d’harmoniser enfin les articles de loi qui les concernent avec l’esprit de notre époque et avec le degré d’instruction dont ils sont redevables , tant à la méthode de l’immortel abbé de l’Épée qu’aux succès de ses propagateurs.

» A quoi ont abouti mes efforts renouvelés pendant six ou sept ans?

• A une réponse peu encourageante de plus de l’exministre de la justice, M. Hébert .

» En désespoir de cause , j’allais en appeler à l’ancien corps législatif, quand les évènements de février sont venus me tirer de mon anxiété.

» Entre vos mains , représentants du peuple , je viens déposer, avec confiance, les droits, la dignité, le sort et l’avenir d’une classe de citoyens si indignement repoussée du banquet de l’égalité. Vous avez décidé qu’il n’y aurait plus d’esclaves noirs dans nos colonies; vous ne permettrez pas qu’il y ait des esclaves blancs en France.

«Jamais l’Assemblée nationale ne pourra mieux inaugurer l’ère nouvelle qu’en décrétant, en droit et en fait: i* l’abrogation de toutes les dispositions qui outragent,

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