‹ La surdi-mutitéChapitre 70 sur 181 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIH. m · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIH. m

plus OU moins avancé , ressemble à un homme qui perdrait l’intelligence par suite d’une maladie , et qui n’aurait plus, comme on dit vulgairement, sa tête à lui, non compas mentis. La Cour de la grande chancellerie le déclare inhabile à gérer ses affaires , et le roi devient son tuteur aussi bien que celui de l’idiote. Seulement la loi, prévoyant que cette infirmité, si elle est accidentelle, peut cesser, le monarque n’exerce pas, à son égard, une tutelle décisive, mais une simple curatelle.

Sourds-muets autrichiens et bavarois. — Testament NÜNCÜP.AiTIF. — Inhabileté à servir de témoins.

Le Code autrichien interdit aux aveugles et aux sourdsmuets la faculté de servir de témoins dans les testaments (art. 591 et 592).

On lit dans le Code bavarois ; « les aveugles ne peuvent disposer de leurs biens qu’au moyen d’un testament nuncupatif (art. 7, liv. iii, ch. ii); ni les aveugles, ni les sourdsmuets ne peuvent servir de témoins dans un acte testamentaire {ibidem art. 7). »

Telles sont, à peu près, les seules dispositions touchant les sourds-muets et les aveugles de ces deux grands pays voisins de la France , que nous avons pu découvrir dans les recherches auxquelles nous nous sommes livré sur leurs législations. Il semble que la situation de ces infortunés n’ait appelé sur eux l’attention des législateurs que pour les faire classer par la routine et l’incurie au nombre des êtres étrangers à la nature humaine.

Quelle affliction profonde ne ressent-on pas en voyant une nation aussi réfléchie , aussi avancée que l’Angleterre, reléguer les sourds-muets dans la catégorie des individus tombés en enfance , et leur imposer, comme aux

idiots, un tuteur enchaîné à tout jamais à leur existence? car, dans ce pays de civilisation progressive , les essais de guérison n’ayant pas encore obtenu des succès aussi complets que chez nous , tout malheureux atteint de cette infirmité fatale y végète et y meurt sourd-muet.

Combien est préférable la position des sourds-muets français. — Un mot sur la mission que le gouTernement vient de nous confier à l’étranger.

Ah! si Blackstone revenait en ce monde, s’il assistait aux exercices quotidiens de nos grandes Institutions françaises, si, pour lui, un couvert était mis à ces agapes fraternelles où les sourds-muets consacrent annuellement le culte impérissable qu’ils ont voué à leur père intellectuel, à l’immortel abbé de l’Épée, certes il serait le premier à reconnaître combien la loi anglaise est restée , à leur égard, dans l’enfance, combien elle a pour eux, infortunés parias, de rigueurs et d’injustices; et il se hâterait, sans doute, de s’élancer à la tête delà sainte croisade qui se forme de toutes parts pour consommer leur prompte et complète émancipation physique et morale.

Nous avons vu, nous-môme, dans les différents pays dont , par ordre du gouvernement français, nous avons récemment visité les établissements d’instruction consacrés à cette infortune , des sourds - muets distingués , chez lesquels l’intelligence est aussi apparente, aussi réelle que chez les parlants. Nous ne saurions donc élever assez haut la voix contre l’état funèste d’ilotisme dans lequel on laisse végéter ces êtres intéressants et vraiment dignes de toutes nos sympathies, ces êtres que nous aimons comme des frères, et, nous serions même tenté de le dire, comme nos propres enfants.

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