‹ La surdi-mutitéChapitre 73 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE, -CHAPITRE I · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, -CHAPITRE I

culte enfin de communiquer avec ceux qui l’entourent et qui pourraient lui être utiles.

Quelle est la source habituelle des défauts et des vices qu’on lui impute trop généralement? Le manque d’éducation ou l’inutile bienfait d’une éducation défectueuse.

A quoi attribuer les délits et les crimes dont se rendent coupables tant de sourds-muets illettrés, si ce n’est presque toujours au manque d’éducation et à l’ignorance de la loi? Peut-il être, en effet, regardé comme coupable celui qui enfreint une loi qu’il ne connaît pas, dont ses oreilles n’ont pu entendre la publication, que, manquant d’éducation, il n’a pas pu lire des yeux, quand cette éducation surtout lui a été refusée par le gouvernement? Si les malheureux sourds-muets illettrés sont, comme vous le dites, si dangereux pour la société, à quelle cause l’attribuer, si ce n’est toujours au manque d’éducation.

Qui donc a fait attribuer au sourd-muet une tendance irrésistible à une colère aveugle, à une irascibilité sans frein, à une susceptibilité plus prompte que celle du parlant en face d’une injure? Qui a pu faire croire que son âme n’était pas aussi magnanime , aussi généreuse que la nôtre, et que les moyens de conciliation qu’on emploie heureusement avec les autres hommes ne produisaient aucun effet sur son coeur ? Toujours le manque d’éducation ou, du moins, le choix d’une éducation qui ne leur convient pas.

Quel motif a poussé Hoffbauer et Itard à demander que le sourd-muet pourvu d’éducation fût mis en tutelle, parce qu’il ne pouvait, suivant eux, avoir qu’une idée inexacte, imparfaite, et insuffisante des affaires civiles ? Le manque d’une éducation convenable.

LF,(;iSLATlUN.

Qui a pu faire dire à IIofFljauer qu’il était difficile, pour ne pas dire impossible, au sourd-muet abandonné à luimême, de s’élever aux abstractions des objets dont les individualités ne frappent aucnn de ses sens, telles que les notions du droit, de l’obligation, de la possibilité, de la nécessité, mots qui ne sont déjà eux-mêmes que des abstractions ? Le manque d’éducation ; car, avec une éducation appropriée à ses facultés et à ses besoins, le sourdmuet arrive aisément à la connaissance de la plupart de ces notions.

Ceci nous reporte naturellement à un tout autre ordre d’idées et nous amène à nous demander si le mode d’éducation, en usage à leur égard, est bien ce qu’il devrait être à notre époque, s’il se trouve complètement en rapport avec leur position actuelle dans le monde, s’il n’est pas plutôt un continuel obstacle à un frottement plus journalier, à une union plus intime de la classe parlante et de la classe muette.

Le sourd-muet ne doit point rester isolé. —Son union pius intime avec le parlant au moyen de la parole.— Appareil vocal du sourd-mucU— Dialectes différents.

Quelle est la position du sourd-muet en France ? Celle d’un être exceptionnel, non seulement privé de l’ouïe et de la parole, mais à qui l’on refuse encore souvent la prérogative commune des qualités intellectuelles dévolues à l’individu doué de la parole. Le stygmate qui s’attache au repos de sa langue nous le fait considérer comme un être à part, séparé du monde parlant par une bien plus grande distance que celle qui l’en sépare réellement.

Tant que le souffle qui s’échappe de l’appareil pulmo-

Page 1