‹ La surdi-mutitéChapitre 74 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE.— ClUl'lTU.E · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.— ClUl'lTU.E

naire n’aura pas mis en jeu chez le sourd-muet les organes qui produisent la parole, il sera toujours l’être exceptionnel pour une grande partie de la société. A cet égard, le préjugé ne changera pas, si vous ne changez pas le mode d’éducation auquel vous le soumettez , si vous ne le dotez pas enfin de la parole.

Lorsque nous demandons la parole pour le sourd-muet, nous demandons une parole intelligente, avec compréhension des mots, et non pas celle du perroquet.

Si l’on s’occupait sérieusement de doter le sourd-muet de la parole, en perfectionnant les méthodes mises en usage jusqu’à ce jour poury parvenir, si l’on travaillait avec ardeur à traiter les affections qui ont pour siège l’appareil auditif et l’appareil vocal, bientôt le mutisme absolu deviendrait une exception à la règle générale, et, au lieu de voir avec admiration et surprise les élèves auxquels, dans les conditions les plus défavorables, nous nous efforçons de rendre l’ouïe et la parole à l’Institution nationale de Paris, l’effet opposé nous frapperait d’étonnement. C’est en poursuivant ainsi avec discernement toutes les réformes vraiment praticables dans l’éducation des sourds-muets, et en accueillant, sans exception, le progrès partout où il se montre, qu’on ne tarderait pas à recueillir le fruit de ses efforts. Bientôt cet être, souvent aussi intelligent que nous, qu’on considère quelquefois comme un idiot, comme un être bizarre, extraordinaire, prendrait place dans la société à côté de ses frères les parlants ; et cette faculté de s’exprimer, qu’il devrait à son éducation nouvelle, lui aplanirait insensiblement dans la vie civile la route des emplois qui, de nos jours, se férme impitoyablement devant lui. Car il s’agit pour ce paria régénéré d’en-

trer désormais en rapport journalier et suivi, non plus avec quelques privilégiés, mais avec tous les membres de la grande famille humaine.

Le dialecte de tel ou tel pays n’est pas pour lui un obstacle invincible, c’est tout au plus une difficulté qu’il est presque constamment possible de vaincre. L’appareil vocal du sourd-muet est à peu près toujours régulièrement conformé et apte à remplir ses fonctions. Il ne s’agit donc plus que de parvenir, à l’aide d’exercices méthodiques , à le doter des qualités essentielles qui le rapprochent de celui du parlant.

Les moyens propres à atteindre ces résultats ne sont pas aussi compliqués qu’on se l’imagine, et nous espérons prouver qu’à l’aide des principes que nous exposerons dans la partie médicale de cet ouvrage, la mère pourra ellemême devenir le premier instituteur de son enfant.

A propos des différents dialectes, nous croyons avoir démontré ailleurs qu’ils n’étaient pas un empêchement à l’acquisition de la parole ; et, plusieurs fois, dans notre clinique pour le traitement des yeux et des oreilles, les médecins et les élèves qui suivent nos cours, ont pu voir des sourds-muets et des sourdes-muettes auxquels nous parvenions à donner la faculté d’articuler dans différentes langues. L’année dernière , une jeune fille, sourde et muette de naissance, prononçait, grâce à nos soins, l’anglais, le français et l’allemand. Malheureusement elle fut forcée de retourner dans son pays natal, et nous eûmes le regret d’être obligé de renoncer à développer, chez elle, aussi complètement que nous l’aurions désiré, le don de la parole, pour lequel elle faisait preuve d’une grande aptitude.

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