‹ La surdi-mutitéChapitre 77 sur 181 · QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE H · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.-CHAPITRE H

Et, cependant, la science est puissante ; nous croyons avoir démontré tout ce qu’elle peut pour venir au secours de ces infortunés, auxquels il est possible, à peu près dans tous les cas, de rendre la parole , comme nous l’avons vu pratiquer en Allemagne , et quelquefois l’ouïe et la parole, ainsi que nous le démontrons depuis longtemps à l’Institution des sourds-muets et à notre clinique.

Si à l’institution de Paris nous n’étendons pas ces bienfaits à un plus grand nombre d’élèves, c’est que les moyens nous font défaut , et que notre zèle se consume vainement au milieu d’entraves incessantes, qui s’opposent aux progrès et aux réformes urgentes que nous avons signalées.

Comment ces malheureux enfants, qui cultivent à peine une heure.chaque jour la parole, pourraient-ils parvenir à la posséder suffisamment pour en faire usage?

Comment, en effet, plongés toute la journée dans une atmosphère muette, trouveraient - ils les moyens d’acquérir la parole, ce don que le parlant n’obtient lui-même que par imitation et par habitude ?

Il faut donc réformer les modes d’enseignement en usage; car, aussi longtemps que le gouvernement n’aura pas établi dans ses institutions une division composée d’élèves entendants et parlants, et de parlants ayant la faculté de lire la parole sur les lèvres , telle que nous ne cessons de la demander, et qu’un nombre d’heures suffisantes ne sera pas , comme en Allemagne, consacré dans nos écoles à l’étude du langage articulé , le sourd-muet restera toujours sourd-muet par suite d’une éducation qui n’est pas en rapport avec son infirmité. La nature l’a privé du sons (jiii parle le mieux à

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l’ànie, du sens qui est une source d’instruction de tous les instants pour celui qui le possède, du sens enfin qui apprend au parlant par ses relations journalières à tempérer son irascibilité , ainsi que beaucoup d’autres défauts dont on accuse le sourd-muet, et qui n’ont d’autre cause que la privation de l’ouïe. Cette éducation que nous faisons naturellement par l’oreille, donnons-la au sourd-muet par les autres voies qui lui sont ouvertes , et nous enlèverons bientôt à son caractère ses dispositions mauvaises, nous le ferons profiter des bienfaits de la civilisation et de cette influence morale qu’on acquiert par les rapports sociaux.

Le gouvernement n’est, cependant, pas resté tout-à-fait indifiërent à la cause de ces malheureux; il a commence à entrer dans une voie de réforme, qui , si elle était suivie et développée, conduirait les sourds-muets, qui s’en montreraient susceptibles, à la possession de la parole, et, dans certains cas , à celle de l’ouïe et de la parole.

Pendant l’année 1847 , il envoya à notre clinique pour les yeux et les oreilles un certain nombre de sourdsmuets de l’école de Paris, pour y être traités sous la surveillance de membres de l’Académie de médecine , de la commission consultative, et d’inspecteurs généraux; et, sur les rapports favorables de ces membres, le gouvernement nous attacha à l’établissement en qualité de chirurgien spécialement chargé du traitement de la surdi-mutité.

C’est un premier pas fait, sans doute, dans la carrière du perfectionnement; mais le gouvernement ne doit pas s’en tenir là; ilfaut qu’il complète son œuvre par d’utiles mesures administratives et règlementaires, et il

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aura mérité la reconnaissance de 22,000 de nos frères, trop longtemps abandonnés, celle, enlin, de l’humanité tout entière.

Nous poursuivons dans notre clinique et dans l’Institution nationale les améliorations que nous avons à cœur d’accomplir, la guérison de tous les sourds-muets qui peuvent s’en montrer susceptibles, un allégement ou un adoucissement à la position de ceux qui ne sauraient jouir de ce précieux bienfait. — Mais nous sommes forcé de le dire, à regret, les entraves qu’on nous suscite, la manière dont on seconde nos efforts, nous placent dans des conditions qui ne nous permettent pas d’opérer tous les perfectionnements quecomporte l’état actuel de la science. Ce n’est pas un système que nous défendons, c’est l’application des connaissanees acquises, utiles à ces malheureux, que nous réclamons. Nous avons constaté qu’un élève sur quatre. ou sur cinq à l’Institution nationale se montre chaque année susceptible de recouvrer l’ouïe et la parole. Pourquoi ne pas employer tous les moyens propres à les doter de ce bienfait? Il semblerait à voir ce qui se passe autour de nous qu’on redoute qu’une lumière trop vive n’éclaire cette importante question, ne fasse reconnaître, enfin, que les sourds-muets de France, comme nous l’avons démontré, sont tout aussi capables d’acquérir la parole et de recouvrer l’ouie que leurs frères des contrées étrangères (1). — Au lieu donc de laisser perpétuer le mutisme et d’encourager ceux qui marchent dans cette voie , n’est-il pas plus humain, plus noble.

(1) Voir le rapport à la fin de l’ouvrage.

plus généreux d’appuyer et d’aider les hommes qui travaillent, par tous les moyens possibles, à guérir le sourdmuet, à effacer les traces de son infirmité? Faut-il que l’axiome ; le sourd-muet est incurable, posé d’une manière absolue par des hommes qui n’ont pas suffisamment étudié la question, fasse loi en France? Faut-il que ce malheureux sourd-muet, que la science d’aujourd’hui à déclaré susceptible de guérison, soit privé de ce bienfait par respect pour l’arrêt qui a été prononcé hier, par respect peut-être pour l’amour-propre des personnes qui l’ont rendu? Si de pareilles doctrines pouvaient prévaloir dans notre siècle de lumières il faudrait non-seulement désespérer de l’avenir des sourds-muets, mais renoncer encore à les voir bientôt tous dotés de l’éducation; il faudrait douter de la Providence qui veille sur eux.

Ces entraves, ces opinions erronnées, ne sauraient paralyser nos efforts ; elles ne feront que surexciter notre zèle et noire ardeur à attirer l’attention du gouvernement, au milieu de ses préoccupations politiques, sur le bien qu’on peut faire au sourd-muet. Espérons que le temps n’est pas éloigné où il fera jouir enfin cet enseignement des réformes auxquelles il aspire et que l’état actuel de la science rend de plus en plus possibles et indispensables.

Ses bonnes intentions à cet égard ne sont point douteuses; il nous suffirait, au besoin, d’en citer pour preuve la mission que M. Dufaure, alors ministre de l’intérieur, nous fit l’honneur de nous confier en d849, quand il nous chargea d’aller étudier au delà de nos frontières la manière dont le langage articulé est cultivé à l’étranger et la possibilité, plus ou moins grande, qu’il y aurait à in-

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