QUATRIÈME PARTIE.-CIIAPlTliE II. U
trodüire eft France quelques-unes des méthodes que nos voisins emploient pour y réussir.
Temps à consacrer ù l’étude de la parole. — Utilité d« externats pour les sourds-muets.
Pour parvenir à développer avec succès l’articulation chez le sourd-muet, une heure ou deux d’exercice par jour ne suffisent pas, un temps plus long est indispensable. De plus, il faudrait obliger l’élève, aussitôt que cela deviendrait possible, à se servir de la parole dans ses relations. Il faudrait enfin imiter ce qui se passe en Allemagne, en Suisse, etc., et dans tous les pays où l’articulation est cultivée avec succès 5 il faudrait favoriser son enseignement, encourager le corps enseignant à entrer dans cétte voie, et à accepter toutes les réformes utiles basées sur l’hygiène et le jeu physiologique des organes.
Lesourd-muet, dans une institution où la mimique est la base de l’enseignement, choisira toujours de préférence cette langue qui lui est naturelle et qui n’exige de sa part aucun effort. S’il était destiné à vivre constamment avec ses frères, ce moyen de communication suffirait sans doute à tousses besoins j mais, sorti de nos écoles, ce malheureux se trouvera plongé dans un monde nouveau, avec lequel il ne pourra établir de rapports qu’à l’aide de l’écriture. Enlevez au sourd-muet, privé delà parole, ce précieux moyen de communication, et vous le réduirez avec sa mimique à ne pouvoir s’entretenir qu’avec ses compagnons d’infortune et avec quelques privilégiés.
Il serait utile, pour apporter un remède efficace à cette éducation vicieuse, de traiter de bonne heure l’affection dont ces enfants sont atteints , de leur donner une in-
struction plus en rapport avec leur position, de les doter de la parole. Qn arriverait bientôt h. ce résultat en établissant spécialement pour eux dans les villes dont la population est considérable , un ou plusieurs externats , et en admettant dans les écoles primaires des petites villes et des campagnes tous les élèves , dès l’âge de 4 à 5 ans.
Dans ces établissements on aurait soin de s’occuper, dès les premières années, à leur enseigner la parole , de manière qu’ils pussent s’en servir plus tard dans toutes leurs relations.
Au précieux avantage de procurer l’éducation à tous les sourds-muets et de la leur répartir au prix du léger sacrifice d’une somme d’argent peu considérable, s’ajouterait celui d’extirper insensiblement tous les préjugés qui pèsent encore sur cette classe infortunée, de mettre, dès l’âge le plus tendre, le sourd-muet en rapport suivi avec le parlant dont il a vécu trop longtemps isolé, et de faire comprendre, de bonne heure, à l’enfant doué de la parole, que son frère le sourd-muet n’est atteint de cette infirmité que par suite de la privation de l’ouïe , que sa langue est susceptible d’entrer en fonctions comme la sienne , qu’il est apte lui-même à lui délier cette langue et à devenir l’auxiliaire de son instituteur, que ses yeux enfin peuvent s’habituer à lire cette parole sur les lèvres, comme nous l’entendons par l’oreille. Au terme de ses études, le sourdmuet ne serait plus pour le public un être étrange, objet de curiosité ; on ne verrait, tout au plus, en lui qu’un sujet atteint de surdité et qui trouverait, un jour, comme les parlants , sa place au sein de la grande famille humaine.
N’isolons donc pas le sourd-muet! Efforçons-nous de