ACTION DE LA CONSANGUINITÉ
Il n'est pas de question qui ait été l'objet de discussions plus et plus ardentes que celle de
l'action de la consanguinité des parents sur la production de la surdi-rnutité ou de dégénérescences diverses
/ ante. Pendant près de 20 ans., des mémoires
innombrables ont été publiés sur ce sujet, les Sociétés
in (les discussions passionnées, el
non toujours cours. .s. dans lesquelles on allait jusqu'à mettre en doute la bonne foi des adversaires. Il e qui se produit toujours lorsque les
•s- mêlent aux questions scientifiques, le problème n'a pas été résolu tout d'abord d'une manière
poser aussi complètement et aussi impartialement que possible les argnmen eurs et des défenseurs de la
sanguinité ; j'emprunterai beaucoup de détails historiques â l'étude Intéressante que M. Félis Regnaulta faite de. ngninité an point de vue médical dans
[a Gazette dei hôpitaux (').
Cette question est bien ancienne. Les livre, de
.. - De U • Unité au point de me mé
d caj ',•). '/'•: hôpitam 1593
l'Ancien Testament montrent déjà les inconvénients des unions consanguines et les défendent (versets du Lévitique, XVIII) : plus tard. Théodose le Grand crée des lois sévères pour les prohiber; au moyen âge, nous voyons saint Augustin accuser la consangninité de quelques méfaits et affirmer avoir reconnu par expérience que les mariages consanguins « sobolem non posse sucVrescere. »
Dans les capitulaires des rois francs, il est écrit que les enfants qui naissent de parents consanguins sonl boiteux, bossus, atteints de becs de lièvre ou de tares diverses.
En 1621, Robert Burton (l) montre les mauvais effets de la consanguinité et approuve les prescriptions de l'Eglise qui interdit les mariages entre cousins. Cette même thèse est soutenue en 1763 par Dugard (2), et en 1813 par Fodéré (3).
Mais c'est à P. Ménière que revient l'honneur d'avoir traité le premier cette question à un point de vue scientifique. En 1856, il signala à l'Académie de médecine la fréquence de la surdi-mutité chez les enfants nés de parents consanguins. A partir de ce moment, les discussions passionnées vont commencer et durer près de vingt ans.
Le rôle de la consanguinité fut d'abord examiné au point de vue de la surdi-mutité seule, puis la question se
(') Burton. — Anatomy of melancholy. Oxford, 1621.
(2) Dugard. — The marriages of cousin german. Oxford, 1763.
(;!) Fodéré. — Médecine légale, 1813.
généralisa et c'est dans l'étiologie de toutes les maladies nerveuses qu'on voulut voir son action. D'un côté, nous trouvons, accusateurs ardents, MM. Rilliet, Devay. Chazarain, Chipault, Brochi, Sicard, Boudin, Hocquart, Liebreich, Mitchell, Bernis, Howe, Allen, Mantegazza, Lande, Dalh, etc., qui la rendent responsable d'une foule de méfaits. D'un autre côté, nous voyons, défenseurs d'autant plus acharnés que quelques-uns sont fils cle parents consanguins, MM. Bourgeois, Périer, Séguin, Voisin, Thiébault, Daily, Hutli, Georges Darwin qui la veulent rendre innocente de toute faute. Les zootechnistes et les vétérinaires s'en mêlèrent aussi et firent sur les animaux des expériences nombreuses, mais eux non plus n'arrivèrent pas à se mettre d'accord. Il y eut deux camps bien tranchés : d'un côté Huzard père, Low, Sinclair, Knight, Sebritght, Hartman, Rhode, Settegast, etc. accusaient la consanguinité de provoquer chez les animaux une foule de dégénérescences, tandis que Huzard fils, Goyat, Samson, Beaudoin, Gourdon, Flourens, de Gharnacé, Bakewell, Baumeister soutenaient au contraire qu'elle améliore les races et tend à fixer les caractères d'une famille.
Les premiers considéraient les mariages entre cousins comme cause de la surdi -mutité, de la rétinite pigmentaire, du rachitisme, de la phtisie, de l'hydrocéphalie, de la scrofule, de l'ichtliyose et même de la lèpre. Devay affirmait même que, sous son influence, « les traits du visage s'épatent et se vulgarisent. »
Rilliet a classé de la manière suivante les méfaits qu'il attribue à la consanguinité :
1° Absence de conception ;
2° Retard de la conception :
3° Conception imparfaite (fausses couches);
4° Produits incomplets, monstruosités ;
5° Produits dont la constitution morale et physique est imparfaite ;
6° Produits plus spécialement exposés aux maladies du système nerveux : épilepsie, imbécillité ou idiotie, surdi-mutité, paralysie, maladies cérébrales diverses ;
7° Produits lymphatiques et prédisposés aux maladies qui relèvent de la diathèse scrofulo-tuberculeuse;
8° Produits qui meurent en bas-âge et dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d'autres conditions ;
9' Produits qui, sïls franchissent la première enfance, sont moins aptes à résister à la maladie et à la mort.
Les limites de ce travail ne permettent pas d'analyser, d'une manière même succincte, les travaux sur la consanguinité en général; je vais citer seulement ceux qui ont trait à la surdi-mutité.
Après la communication de Ménière, Boudin (*) fit des recherches statistiques à l'Institution nationale des sourds-muets et calcula que 28,35 0/0 des sourdsmuets naissaient de parents consanguins. Cette propor-
0) Ann. d'hygiène publique, 2e série, 1S6.2, t. XVIII.
S : SURPI-MITITÉ
tion est d'autant plus forte que la pareuté est plus rapprochée, 1S 0 0 pour les mariages entre cousins germains et 70 0 0 pour ceux entre tante et neveu ou entre oncle et ni
Daily.1, à la - ciété d'anthropologie, critiqua ces chiffres : il n'avait trouvé à l'Institution de Paris que 6 sourds-muets nés de parents consanguins pour 315 nés de parents n'ayant aucun lien de patenté. Ces chiffres, il est vrai, se rapportaient à tous les sourdsmuets, aussi tien ceux dont la surdi-mutité était
! -lise que ceux dont elle était congénitale.
De nombreuses statistiques furent publiées ensuite :
De Balley. à Rome, sur 13 sourds-muets de nais- - née. tH trouvait 3. soit 23 0 0, n-is de parents consanguins :
Chazarain. à Bordeaux, sur 80. en trouvait 27 :
Lande, à Bordeaux, sur 55. en trouvait 24:
Piroux. à Nancy, en comptait 21.. puis 2ô 0 0;
Brochart. à Nogent-sur-Mame. sur 55. en trouvait K5 issus de paiT::s .insanguins:
En 1861 en Mande : . me statistique portant sur - : urds-muets, donne une moyenne de 8 0 0 nés de parents consanguins :
Louhrieu. sur 500 sourds-muets, en trouve 43 issus de consanguins.
Mantegazza, sur 306 cas de surdi -mutité, ne constate que 12 fois soit . l'action de la consanguinité.
- aIxy. — Bullet. de la Se nthropologie, 1862
P) W. Sr:i:z:-. An» ' trmoyraphie intern., 1S79.
PATHOGEXIE
Ladreit de Lachanière, dans une statistique fait^ à l'Institution nationale des sourds-muets, trouva, sur 1"7 ■ - surdi-mutité de naiss ace. 17 sourds-muets
nés de parents consanguins: mais il fit observer que
Lien des cas. réputés de naiss . pouvaient être survenus quelques mois après: il y avait doute pour 14 eas3 3 seulement restaient incontestables. Lacassagne [ . sur la demande duquel cette statistique avait été faite, établit la proportion de 3 pour 107. proportion certainement trop faible, car s'il y a doute pour 14 sur 17. il doit certainement se trouver, dans le nombre total d^ 107. des cas également douteux qu'il faut retrancher. A l'époque où cette statistique a été Iressée, le problème de la consanguinité ne se posait que pour la surdi-mutité de naissance. Les idées théoriques qui avaient cours ne pouvaient voir son action dans la surdimutité acquise. Aujourd'hui, les observations, prises avec moins de parti pris, ont montré qu'il y a lieu de
hercher et qu'on peut trouver l'action de la consanguinité non seulement dans la surdi-mutité congénitale., mais aussi dans la surdi-mutité acquis
n'est pas seulement par l'examen des si ::stiques
: ourds- muets qu'on essaya de résoudre le problème, on invoqua toutes sortes d'arguments. Boudin trouvait, à Berlin. 6 sourds-muets pour 10.000 protestants el Xi pour 10.000 juifs : Liebreich. dans la même ville, comptait 4*2 juifs parmi 341 sourds-muets. On sait.
La ussagxe —Art • Consanguinité » du dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
SrRr>I-MTTITÉ
s auteurs, que les mariages consanguins sont très fréquents dans la race juive.
D'un autre côté. Boudin, faisant, dans les statistiques, des recherches minutieuses, constate que la proportion des sourds-muets augmente dune manière très sensible dans les localités existent des obstacles naturels aux mariages croisés Ainsi, la moyenne des sourdsmuets qui est, pour l'ensemble de la France, de 6 pour habitants et de 2 seulement pour le département de la Seine, s'élève bd ra 14 poni 10.000 habitants, à 23 dans les Hautes-Alpes et à "28 dans le canton de Berne.
Dans le territoire de l'Iowa (Etats-Unis), on ne trouvait, en i£40. que 2.3 sourds-muets sur 10.000 habitants, tandis qu'il y en avait 212 sur 10. (MX» esclaves tS derniers s'unissaient sans souci de la consanguinité.
D-vay faisait remarquer € qu'en Chine, où le mariage bsI interdit, non seulement entre individus parents. mais eneore entre ceux qui. sans être parents, portent le même nom, la surdi-mutité est inconnue. » Ce fait a, depui- ;etie époque, été reconnu inexact. Il existe les -ourds-muets en Chine.
Mitchell, en E:: sse . Trouve la proportion d'un cas ;~irdi-mutité sur 16 mari g - :isangui: -
En ----- ians son livre -ur l'étiolog:
la surdi-mutité en Danemark, fait une critique très les travaux de Boudin et de Devay et dit que cette
• '■'-- — Cité par Mygind.
question ne peut être résolue que par des appréciations méthodiques des statistiques. Il faut, d'une part. rechercher un nombi le mari -an-
guins et voir dans quelles proportio ont donné naissance les nfants atteints de surdimutité ou d'au très infirmités. Il faut ensuite prendre un certain nombre de sourds-muets ou d'enfants atteints de tares diverses ît ier dans quelles
proportions ils sont nés de mariages consangui:.
fifygge a recueilli dans les campagnes du Danemark les -enseignements très nombreux et a constaté que les enfants, nés de mariages consanguins, étaient beaucoup plus fréquemment exposés que les antres à la folie, l'idiotie et antres troubles des facultés céréb:: mais il n'a pas trouvé une action évidente de la consanguinité sur la proportion des cas de surdi-mu:i
En prenant le problème sous son deuxième as; I et en ne s'occupant que de la surdi-mutité. Mygge obtient les résultats suivants : En Danemark, les mariages consanguins représentent environ 3 4 '. du nombre total des mariages. Les sourds-muets nés de parents consanguins, qui ont été adniis de -""v is77 à l'Institution nationale des sourds-mue:- In Danemark, représentent environ B,7â 0 du chiffre total des sourds-muets, et 7,51 si l'on ne s'occupe
que des cas de surdi-mutité congénitale. Après avoir comparé ces résultats à ceux obtenus par les autres auteurs. Mygge se croit autorisé à poser les conclusions suivantes :
SURDI-MUTITE
"l°Ily à un plus grand nombre de sourds-muets parmi les enfants nés de parents consanguins que parmi ceux issus des autres mariages : mais la consanguinité ne joue pas,, dans l'étiologie de cette infirmité. un rôle aussi important que celui que lui attribuent Boudin, Devay, Ménière. etc.
2° Pour un ménage consanguin, le danger d'ayoir des enfants sourds-muets n'est pas deux ou trois fois plus ^rand que pour les ménages ordinaires. »
TA bleau s Nombre des sourds -muets nés de mariages consanguins
Sourds-muets ~ . -i-motii ccajénii.
:'- I Meekel
Breslau 1869 (Colin et Bergrnann).
Cologn .
Majrdebourpr 1371 < Wilhelmii
Berlin 1872 < Falk)
Poméranie 187o Wilhelmi et Hartmann
Erfort 1875
Berlin 1877 (Hartmann)
Breslau 1869-79 (Bergrnann
Irlande 1881 '.
Bade et Wurtemberg 1882 Hedingen Clinique de Moos 1882 (Moos . .. ..
Saxe 1881 (Schmaltz |
Mecklenbourg 18^.j Lemcke)
Norvège 1885 | Uchermann I
Clinique de Meyer 1868-88 Mygind..
Angleterre 1889 1 Commissionrovale I
Danemark 1879-1890 .*....
Angleterre et Ecosse Kerr Lore)..
Amérique I D" Berniss)
Amérique I Dr Gilett)
Duché de Bade 1896 fNeuert)
Institut d'Asnières 1899
= BÇ
1 Té
38 iô
Depuis l'apparition du livre de Mygge, de nombreuses statistiques ont été publiées. Mygind, dans son livre
sur la surdi- mutité, reprend la question et, après avoir discuté les résultais qui figurent dans le tableau X, émet les conclusions suivantes :
1° Il résulte des diverses statistiques, le fait n'est pas douteux, que les sourds-muets se rencontrent fréquemment parmi les enfants nés de mariages consanguins. Il faut, à cause de cela, ajouter une plus grande importance aux résultats positifs qu'aux résultats négatifs.
2° Tous les auteurs sont unanimes pour affirmer que la surdi-mutité congénitale trouve plus souvent son origine dans la consanguinité que la surdi-mutité acquise ; il est incontestable que cette opinion correspond à la réalité des faits.
3° Cette action de la consanguinité est encore mise en évidence par ce fait que, dans les mariages consanguins qui donnent naissance à des sourds-muets, le nombre de ces derniers est plus considérable que dans les ménages croisés qui produisent aussi des sourdsmuets. Ainsi, par exemple, en Irlande, en 1881, pour 1,62 sourds-muets nés en moyenne dans chaque ménage consanguin ayant produit des sourds-muets, on n'en trouve que 1,30 dans chaque ménage ordinaire ayant aussi donné le jour à des sourds-muets. Meyer, Wilhelmi, Mygind ont trouvé respectivement les moyennes suivantes : 1,75, 1,71, 1,53 pour les mariages consanguins et 1,34, 1,26 et 1,20 pour les mariages ordinaires.
4° Wilhelmi et Lemcke ont montré, dans leurs statis-
tiques, que 36 et 41 0/0 seulement des enfants nés de consanguins étaient vivants et en bonne santé au moment de leurs recherches. Les statistiques danoises donnent des résultats identiques.
5° Les statistiques dressées en Irlande ont prouvé que le degré de parenté avait une influence très grande sur le nombre des sourds-muets dans les ménages consanguins. Ces résultats sont confirmés par ceux obtenus en Danemark ; 47 mariages consanguins qui ont donné naissance à 52 sourds-muets, figurant dans le tableau X, ont produit d'autres sourds-muets dont la répartition se fait de la manière suivante :
1 mariage entre tante et neveu a produit 3 sourds-muets.
4 — — oncle et nièce — 11 —
26 — — cousins germains — 38 —
16 — — cousins au 2e degré' — 20 —
De quelle manière agit la consanguinité ? Crée-t-elle la surdi-mutité de toutes pièces comme l'affirmaient Méniére et Boudin ? ou bien agit-elle en exaltant les tendances morbides qui se trouvent dans les familles ? Mygind ne croit pas pouvoir prendre parti dans un sens ou dans l'autre. Wilhelmi, sur 18 mariages ayant donné naissance à des sourds -muets, ne peut trouver que 2 fois une influence pathogène héréditaire. Mygge ne constate de tares chez les ascendants que 2 fois sur 15. Les statistiques de la clinique de Meyer, à Copenhague, montrent, la première, 5 fois sur 12 des tares chez les ascendants, et la deuxième
13 sur 28. Lemcke, faisant figurer l'alcoolisme et la tuberculose parmi les dégénérescences des parents, trouve une influence pathologique héréditaire dans 51 0/0 des cas. Enfin, Mygind n'a découvert une cause héréditaire que dans un nombre restreint de cas.
Dans son rapport sur l'Institution des sourds-muets de Flllinois, le Dr Gilett cite les chiffres suivants : près de G 0/0 (110 sur 1886) des élèves admis à cette institution sont rapportés comme la descendance de parents ayant une origine consanguine.
Enfants de cousins germains 73
Enfants de cousins au 2e degré 17
Enfants de cousins au 3e degré 9
Enfants de cousins au 4e degré 9
Enfants de petits-fils de petits-cousins. ....... 1
Enfants d'oncle et de nièce 1
Ces 110 sourds-muets sont nés de 88 familles parmi lesquelles
1 eut 4 enfants sourds-muets 5 — 3 — —
Tout récemment, MM. Ménière, Gastex et Grossard, médecins de l'Institution Nationale des sourds- muets de Paris, ont publié (j) les observations de 29 sourdsmuets nouvellement admis à l'Institution. Ils ont trouvé 4 fois l'action de la consanguinité. Voici ces 4 observations telles qu'elles sont résumées :
0) Bulletin de laryngologie, otologie et rhinologie, 30 décembre 1899, p. 246.
Observation 11. — 14 ans, originairede l'Yonne. Ses père et mère étaient cousins. Us ont eu 13 enfants vivants : 7 garçons et 6 filles. Un autre garçon et une fille sont sourds-muets. Donc, 3 sourds-muets sur 13 enfants. Pays d'origine montagneux et sec.
Examen. — Pas d'autres lésions visibles qu'un bouchon de cérumen.
Observation 12. — 13 ans, né dans la Somme. Devenu sourd à 6 ans, en même temps qu'appparaissent des engorgements ganglionnaires. L'enfant a encore parlé 2 ans après avoir perdu l'ouïe. Les parents étaient cousins issus de germains.
Examen. — Un peu d'adénoïdes.
Observation 19. — 6 ans, né Paris. Rougeole et adénopathie cervicale en 1895. A 3 frères et une sœur sans infirmités. Parenté des père et mère : oncle et nièce.
Examen. — Pas de lésions : à noter que cet enfant entend très bien, mais qu'il a de la difficulté à s'exprimer. Il semble surtout distrait. Son regard ne se fixe pas. Il est à espérer qu'on pourra ledémutiser.
Observation 28. — 7 ans, né dans l'Yonne. Sourd de naissance. Père et mère cousins. Ont eu 13 enfants dont 2 sourdsmuets, un garçon et une fille. Leur pays est montagneux, mais
sec.
Examen. — Rien à noter.
Dans un cas (obs. 11), on ne nous dit pas si la surdimutité est congénitale ou acquise ; dans le deuxième cas fobs. 12). il s'agit d'une surdi-mutité acquise à 6 ans. Dans le troisième, il s'agit i obs. 28) d'une surdimutité congénitale. Le dernier sujet (obs. 19), issu d'oncle et de nièce, ne paraît pas devoir être considéré comme sourd-muet ; cet enfant entend très bien, mais ne parle pas. Il s'agit très vraisemblablement d'un arriéré aphasique.
Bien que ces observations soient incomplètes, elles
fournissent cependant quelques renseignements très intéressants, deux surtout, l'observation 11 et l'observation 28 qui montrent la grande fécondité des mariages consanguins donnant naissance à des sourds-muets. Ce fait a déjà été signaté par les médecins danois. Ces observations nous font voir, en outre, plusieurs cas de surdi-mutité dans la même famille.
Dans son manuel d'otologie clinique, Ménière dit avoir trouvé des liens de parenté chez les parents de 23 sourds-muets sur 217 qui Font consulté (').
Dans le nombre total de 187 sourds-muets que j'ai examinés, on en trouve 13 nés de 12 ménages consanguins. La surdi-mutité congénitale est représentée par 9 enfants nés de 8 ménages ; la surdi-mutité acquise par 4 enfants nés dans 4 familles ; ce qui donne une moyenne générale de 7,17 0/0 ; mais si l'on envisage les surdi-mutités congénitales seules, on trouve une moyenne de 9 0/0 environ et seulement 4,4 0/0 si l'on établit cette moyenne pour les surdi-mutités acquises.
Voici les observations résumées de ces 13 cas :
SURDI-MUTITÉS CONGÉNITALES
Observation 1. — Mère très nerveuse, sujette à des frayeurs irréfléchies. Le père et la mère sont cousins issus de germains. 4 autres grossesses dont une fausse couche et 3 enfants vivants entendant et en bonne santé.
Observation 2. — Le mari est cousin germain du père de sa femme. Père âgé (58 ans), alcoolique. La mère a eu, d'un mariage antérieur, 6 autres enfants : 5 sont morts de méningite. Le sixième, une fille, est très nerveuse.
0) Ménière. — Manuel d'otologie clinique. Paris, 189S, p. 318.
Observavion 3. — Les parents sont cousins germains. La mère a parlé tard (4 ans et demi). 2 autres enfants morts de méningite.
Observation 4. — Parenté éloignée. Le père et la mère étaient âgés de 43 et 42 ans à la naissance de cet enfant. 5 autres enfants beaucoup plus âgés, 1 est mort de la rougeole ; les autres sont vivants, bien portants, entendent et parlent.
Observation 5. — Une fille. Parents israélites, cousins germains, mère très nerveuse ; 1 frère vivant bien portant. Cette sourde-muette a du strabisme.
Observation 6. — Parents cousins germains. On ne nous a signalé aucune tare personnelle ou héréditaire. 1 autre enfant mort de méningite.
Observation 7. — Parents cousins germains ; on ne nous a signalé aucune tare. 9 autres grossesses. Les trois premiers enfants sont normaux, puis tous les autres ne viennent pas à terme, meurent jeunes ou sont sourds-muets. Deux filles sourdes-muettes.
Observation 8. — Parents cousins germains. Père boit un peu. 4 autres enfants, 2 morts de méningite.
Observation 9. — Les parents sont cousins germains. Rien à signaler. 3 autres enfants vivants, en bonne santé.
SURDI-MUTITÉS ACQUISES
Observation 10. — Parents cousins germains. Mère irritable, battait son enfant qui est devenue sourde à 1 an et demi à la suite d'angine. 1 autre enfant mort en bas-âge.
Observation 11. — Parents cousins germains. Mère très nerveuse, a perdu son père d'hémorragie cérébrale. Cette enfant est devenue sourde à la suite d'une méningite à 2 ans. 7 autres grossesses : 1 fausse couche, 1 fille morte d'angine à 2 ans, 3 enfants morts de convulsions entre 4 et 5 mois. 1 seul enfant bien portant.
Observation 12. — Parents cousins germains. Père alcoolique. Mère très nerveuse. Cette enfant est devenue sourde à 1 an à la suite de convulsions. 5 autres enfants sont morts en bas âge.
Observation 13. — Parents cousins germains. Le père est alcoolique. Père et mère très nerveux. L'enfant est devenu sourd à 6 ans sans cause connue. Cet enfant est le seul de ce ménage.
Il y a lieu de remarquer, en premier lieu, que plusieurs de ces unions entre cousins ont produit un nombre élevé d'enfants parmi lesquels la mort a fait de grands ravages. Ce fait a été également observé par Wilbelmi, par Lemcke et par Mygind.
On remarquera aussi, et cela me paraît très important, que dans tous les cas de surdi-mutité congénitale, sauf trois, on constate chez les ascendants des signes de dégénérescence. Dans l'observation 6, où rien n'a été signalé chez les parents, un autre enfant, né de cette union, meurt de méningite. Dans l'observation 7, rien n'a été constaté; mais on voit des phénomènes anormaux se manifester dans la descendance. Les 3 aînés sont bien portants, puis tous les enfants qui sont engendrés ne viennent pas à terme, meurent jeunes ou sont sourds-muets. Il est permis de supposer qu'une cause est intervenue pour troubler ainsi la génération.
Dans les 4 cas de surdi-mutité acquise, on trouve toujours des signes de dégénérescence chez les parents; chez deux de ces sourds-muets, du reste, la surdi-mutité reconnaît pour cause des convulsions. Chez les 2 autres, la cause occasionnelle n'est pas très bien caractérisée.
Conclusions. — 1° La consanguinité des parents est certainement une cause étiologique importante de surdi-mutité chez les enfants. Son action se manifeste surtout dans les cas congénitaux, mais peut aussi se montrer dans les cas acquis.
88 SURDI-MUTITE
2n La surdi-mutité n'est pas la seule affection que peut produire la consanguinité. Les tares les plus diverses, surtout les affections du système nerveux, se rencontrent chez les descendants des consanguins. C'est généralement par l'intermédiaire de ces tares nerveuses, surtout par la prédisposition aux convulsions et à la méningite, que la consanguinité devient la cause des surdi-mutités acquises.
3° La consanguinité ne crée pas de toutes pièces la surdi-mutité ou les diverses dégénérescences; elle se contente de prendre chez les ascendants les tares qu'elle y trouve pour les exalter, les multiplier, les porter au carré (Paul Bert) en suivant les règles générales de l'hérédité similaire et de l'hérédité dissemblable.
Si des signes de dégénérescence ne sont pas constatés, dans tous les cas, chez les parents consanguins qui ont donné le jour à des enfants sourds-muets, c'est qu'on n'a pas bien cherché ou que les intéressés euxmêmes ignoraient les défauts de leur famille.
Le médecin, consulté à cet égard, doit -il permettre ou interdire les mariages entre cousins? En principe, il doit les interdire; car malgré tout le soin qu'il pourra mettre à faire son enquête, il ne sera jamais sûr que rien ne lui échappe. Un mariage entre cousins germains est toujours chose dangereuse, car qui peut affirmer l'excellence de sa race?