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CAUSES DES DÉGÉNÉRESCENCES

Nous venons de voir comment les dégénérescences peuvent aboutir à la surdi-mutité. Mais ces dégénérescences elles-mêmes, d'où viennent-elles ? Gomment prennent-elles droit de cité dans les familles ? Il arrive souvent qu'un homme a reçu de ses ascendants un organisme sans tache et cependant transmet des tares à ses descendants. Une ou plusieurs causes sont intervenues pour altérer sa puissance biologique ; le plus souvent, il s'agit à' intoxications qui, en changeant la composition chimique des cellules, modifient les propriétés vitales de l'organisme. Les traumatismes et certaines influences physiques ou morales peuvent aussi, mais plus rarement, produire les mêmes résultats.

Intoxications. — Les intoxications se réalisent de multiples façons. Tantôt, la substance toxique vient du dehors et est introduite volontairement dans l'organisme, comme, par exemple, l'alcool, le mercure, la morphine, le tabac, l'éther, etc., ou accidentellement, comme le plomb, l'oxyde de carbone, le cuivre, etc. Tantôt, les poisons sont fabriqués de toutes pièces dans nos organes, soit par des micro-organismes, soit

par nos cellules elles-mêmes, et l'on a, dans ce dernier cas. ce qu'on appelle les auto-intoxications normales et pathologiques.

On sait, le fait est bien démontré maintenant, que les microbes qui nous envahissent dans les affections les plus diverses agissent par les poisons, les toxines, qu'ils sécrètent et que leur présence seule, si elle pouvait n"être pas accompagnée de cette sécrétion, qui est la condition même de leur vie. nous laisserait indifférents. Il en est ainsi dans les maladies aiguës comme la diphtérie, la scarlatine, la fièvre typhoïde, la variole etc.: il en est de même dans les maladies à évolution lente comme la syphilis, le cancer, etc.

De nombreuses expériences ont été faites qui ont démontré l'action réelle des intoxications sur la production des dégénérescences, et je dois le dire, c'est à la science française que revient tout entier l'honneur de cette démonstration.

Dareste ayant soumis, pendant l'incubation, des œufs de poule à des influences physiques et chimiques, a obtenu les anomalies les plus variées l)- Féré a repris ces expériences à l'aide des matières toxiques qui agissent dans les dégénérescences humaines. Les substances employées ont été les suivantes : l'éther, le chloroforme, l'alcool, la morphine, le nitrate de plomb, la codéine, etc. (~). Ces recherches ont montré que les

<x) Dareste. — Recherches sur la production artificielle des monstruosités. 1891.

(») Féré. — Société de biologie, 1894, 1895, 1896, 1897.

anomalies obtenues sont en rapport avec le degré de toxicité. « En outre, dit cet auteur, une même influence peut, suivant ^'époque où elle agit, déterminer l'infécondité, des monstruosités, l'avortement, la morti-natalité, des retards de développement ou de la débilité congénitale ('). » L'expérience a montré aussi que les toxines microbiennes introduites dans l'œuf de poule peuvent nuire à l'embryon comme les autres substances toxiques. Les malformations qui se produisent dans ces conditions varient et la même cause n'entraîne pas toujours la même monstruosité. On retrouve, reproduits expérimentalement, les caractères signalés par Morel clans la descendance des dégénérés, la dissemblance dans la même famille et la ressemblance des types dissemblables d'une famille avec ceux d'une autre famille. Une poule née d'un œuf alcoolisé donnait des œufs dans lesquels on a trouvé une grande variété de monstres.

MM. Charrin et Gley ont fait des expériences nombreuses sur des lapins qu'ils accouplaient après leur avoir, soit inoculé certains microbes, soit injecté les toxines produites par ces microbes. Ils ont obtenu, d'une façon constante, des troubles dans la génération ; tantôt il en résultait de la stérilité, tantôt on obtenait des difformités auriculaires, génitales, portant sur les membres, etc. Il résulte aussi de leurs recherches, que la cause toxique agissant seulement cliez le mâle peut entraîner les mêmes lésions chez les descendants.

C1) Féré. — Famille nevropathique, p. 245.

M. Gharrin a montré en outre que si on inocule la tuberculose humaine à des femelles de cobayes pleines, les rejetons naissent petits, meurent, à de rares exceptions près, dans les premiers jours de leur existence. On trouve à l'autopsie des lésions constantes du foie. Or, on sait que le foie est un centre très important de thermogenèse qui réchauffe l'organisme tout entier. Les lésions de cet organe doivent entraîner un abaissement de la température. Ce fait a été constaté par MM. Gharrin et Levaditi chez des enfants nés, dans les maternités de Paris, de mères tuberculeuses. Ges enfants ont de l'hypothermie, se développent lentement, irrégulièrement ; la nutrition se fait mal, la dénutrition se fait trop rapidement; les matériaux étant mauvais, la maison s'effrite et sera démolie en totalité ou en partie par la moindre tempête, à l'occasion de la première maladie (1).

Nous allons retrouver, en passant en revue les principales intoxications qui causent des dégénérescences aboutissant à la surdi-mutité, des phénomènes en tous points semblables à ceux qui viennent d'être cités.

Alcool. — L'observation clinique a montré que toutes les fonctions dynamiques du système nerveux peuvent être atteintes chez les descendants des alcooliques. L'excitabilité réflexe, les diverses modalités de l'hystérie, les stigmates sensitifs, sensoriels et psychiques, les troubles dynamiques des facultés mentales,

(») Charrin et Gley. — Société de biologie, 1893, 1891, 1895, 1896,

la folie, la microcéphalie, l'hydrocéphalie, Fépilepsie,

la faiblesse congénitale, tous ces membres de la famille névropathique se rencontrent dans la descendance des buveurs d'alcool. Nous allons montrer que la surdimutité, qui fait partie de la même famille, reconnaît souvent, pour une de ses causes, l'alcoolisme des ascendants.

Les auteurs qui ont traité de la surdi-mutité ont attribué une certaine influence à l'alcoolisme des parents: « mais, dit Mygind, il faut, pour prouver son action, démontrer que la fréquence en est considérable chez les parents des sourd-muets. » Lent n'a trouvé que 9 alcooliques parmi les parents de 382 sourdsmuets. Lemcke, sur 405 ménages ayant donné naissance à des sourds-muets, a trouvé 32 fois le père alcoolique. Mygind, sur 553 sourds-muets, a constaté l'alcoolisme 49 fois chez les parents, ce qui donne une moyenne de 9,5 0/0. Si l'on compare entre elles les surdi-mutités congénitales et les surdi-mutités acquises, on trouve la moyenne de 11,1 0/0 pour le premier groupe et 8,7 0/0 pour le deuxième.

J'ai constaté l'alcoolisme avec une fréquence beaucoup plus considérable, 46 fois chez le père dans les 177 familes de nos sourds-muets; 19 fois dans le groupe des surdi-mutités congénitales, 22 fois dans celui des surdi-mutités acquises, 5 fois dans celui des surdi-mutités indéterminées. Dans les 22 cas de surdimutité acquise, la cause occasionnelle de la surdimutité a été toujours une méningite ou des convulsions.

En outre, 5 fois la mère faisait, comme le mari, abus d'alcool. La moyenne est très élevée, 26 0/0 pour l'ensemble, 23,4 0/0 pour les surdités de naissance, 25,2 0/0 pour les surdités acquises et 55 0/0 dans les surdi-mutités indéterminées. Cette dernière moyenne portant sur un nombre très restreint de cas (9 seulement) ne peut être prise en considération. Ces chiffres sont bien plus élevés que ceux obtenus par les autres auteurs que je viens de citer. Il est probable que cette différence est due à ce que l'Institut d'Asnières recrute ses élèves surtout dans la population ouvrière des quartiers pauvres. On sait que dans ces milieux l'alcoolisme fait beaucoup de ravages.

Cette intoxication coexiste souvent dans les familles avec des troubles divers névropathiques ; mais il est un certain nombre de cas où elle est la seule tare signalée. Ce qu'il y a lieu de remarquer aussi dans nos observations, c'est l'état défectueux de la descendance de ces alcooliques. Outre les enfants sourds-muets, on en voit un grand nombre mourir en bas âge, surtout de méningite et de convulsions. Dans une de ces familles, on trouve 5 enfants morts dans la première enfance, seul le sourd-muet survit. Dans une autre, sur 4 enfants, 3 ont des convulsions, l'un en meurt, le deuxième guérit mais reste sourd-muet, le troisième guérit mais reste aveugle. Dans ce cas, le père et la mère faisaient abus d'absinthe. Je pourrais multiplier de tels exemples, mais la démonstration est faite depuis longtemps. L'alcoolisme est une des principales causes

de dégénérescence, et la plupart des maladies nerveuses, surtout la prédisposition aux méningites et aux convulsions, ont été signalées chez les enfants d'alcooliques. Il n'est pas douteux que la surdi-mutité, que nous avons vu, dans 26 0/0 des cas, provenir d'une ascendance alcoolique, ne reconnaisse pour cause cette intoxication des parents. Elle pourra être congénitale ou acquise ; mais dans ce dernier cas, la cause occasionnelle sera presque toujours une méningite ou des convulsions.

Certains auteurs ont pensé que c'est surtout à l'ivresse, au moment de la conception, qu'il faut attribuer les dégénérescences qui se produisent chez les descendants d'alcooliques. La chose est possible ; mais il est difficile d'en faire la preuve, et l'on ne peut enlever toute influence à l'alcoolisme chronique qui s'accompagne de troubles névropathiques les plus divers .

Plomb. — L'intoxication saturnine est aussi un facteur d'hérédité pathologique. On sait que les avortements sont fréquents chez les femmes soumises à l'empoisonnement par le plomb. La descendance des saturnins est frappée, suivant le Dr Roque (J), d'une infériorité marquée du côté des fonctions du système nerveux. Il a constaté de nombreux cas d'idiotie, d'imbécillité et d'épilepsie chez les enfants nés de saturnins

(!) Cité par Legendre. Art. « Hérédité » dans le traité de pathologie générale de Bouchard.

non alcooliques. Dans une de mes observations, on trouve le père d'un sourd-muet victime de l'intoxication saturnine, ayant eu, à plusieurs reprises, des coliques de plomb, et présentant le liseré plombique classique. Ce cas isolé n'est pas bien concluant (la surdité de l'enfant est survenue à 8 ans, à la suite d'une fièvre typhoïde) et ne permet pas d'affirmer la relation de cause à effet entre cette intoxication et la surdi-mutité ; mais il m'a semblé intéressant de signaler cette coïncidence. Peut-être, si l'attention est attirée de ce côté, découvrira-t-on d'autres cas plus probants.

Ce n'est pas seulement par le mode héréditaire, c'està-dire par l'intermédiaire des parents avant la conception, que les intoxications peuvent créer la surdimutité. Si des causes toxiques agissent sur l'enfant pendant son développement intra-utérin ou même dans les premières années de son existence, il peut en résulter, comme dans les expériences de laboratoire citées plus haut, soit des arrêts de développement, soit une faiblesse organique, qui pourront aboutir à la surdimutité. J'ai pu constater cette action pathogénique dans un certain nombre de cas. Dans les 5 observations où nous avons trouvé la mère alcoolique, en même temps que le père, il y a tout lieu de supposer que la grossesse n'a pas été une raison suffisante pour entraîner la privation d'alcool ; en outre, dans ces ménages où l'on a le culte de l'alcool, il arrive fréquemment qu'on en donne aux tout petits enfants, même aux nouveauxnés, pour leur donner de la force. Dans d'autres cas.

PATHOGÉNIE 9ri

la mère nous a raconté qu'elle étail obligée de boire des liqueurs alcooliques pendant la grossesse, pour éviter les vomissements ; une autre fois, Penfanl a été nourri par une nourrice qui se grisait abominablement; il est devenu sourd à la suite de convulsions.

D'autres causes d'intoxication m'ont été signalées : dans un cas, pendant la grossesse, la mère a reçu de nombreuses piqûres de morphine; dans un autre, elle a fait un usage immodéré de café. Enfin, dans un troisième, que je cite in extenso, la cause qui semble avoir produit la dégénérescence est l'oxyde de carbone.

11 s'agit d'une petite fille de 8 ans. Le père, camionneur, avait 31 ans à la naissance de l'enfant. A eu la fièvre typhoïde au régiment ; n'a aucun lien de parenté avec la mère.

La mère avait 32 ans à la naissance de cette enfant ; ne nous signale aucune tare personnelle ou héréditaire. Elle n'exerce en ce moment aucune profession, mais au début de sa grossesse, elle était employée dans une usine de séchage et de teinture de plumes. Elle était, toute la journée, exposée aux émanations des fourneaux de charbon qui servaient à sécher les plumes et qui dégageaient leurs gaz dans la salle où elle travaillait. Il en résulta un état d'anémie extrême qui, accompagné de syncopes, l'obligea à cesser tout travail lorsqu'elle fut arrivée au sixième mois de sa grossesse.

Cette enfant a entendu jnsqu'à l'âge de 6 mois, époque à laquelle elle a eu des convulsions qui ont entraîné la surdité.

Cette seule observation ne permet pas de conclure à la relation de cause à eiï'et entre l'intoxication par l'oxyde de carbone et la surdi-mutité, bien qu'on ne trouve chez les ascendants aucune autre cause de dégénérescence. Mais il est hors de doute que l'oxyde de carbone, en entraînant la destruction des globules rouges de la mère, a dû causer des troubles dans le

98 KÛRbl-MUTITÉ

développement du fœtus, et de là à supposer que la surdi-mutité peut être la conséquence de cette intoxication, il n'y a qu'un pas qu'on est bien tenté de faire.

Dans un autre cas, la mère a eu un tœnia pendant toute la durée de la grossesse. Il en est résulté certainement une intoxication endogène qui a pu nuire au fœtus.

Intoxications pathogènes ou infections. — Les infections des ascendants sont souvent une cause de dégénérescences pour les descendants, et c'est par les toxines que se produit cette action. Nous allons passer en revue les .principales intoxications pathogènes, la syphilis, la tuberculose et les différentes maladies aiguës, puis rechercher si elles peuvent entraîner la surdi-mutité et par quel mécanisme.

Syphilis. — On trouve des antécédents syphilitiques chez 5 de nos petits sourds-muets. 4 fois le père seul avait eu des accidents, 1 fois le père et la mère étaient tous deux atteints. L'aveu en a été franchement fait. 2 fois on avait affaire à des surdi-mutités congénitales, 3 fois à des surdi-mutités acquises. Les causes occasionnelles de ces dernières étaient les suivantes : 1° des convulsions survenues à 4 mois ; 2U une rougeole à 5 ans: 3° la surdité s'est produite lentement sans cause apparente à l'âge de 7 ans.

Ces chiffres sont certainement au-dessous de la réalité et beaucoup de cas ont dû nous échapper. Il est souvent bien difficile d'obtenir de semblables aveux.

l'ATIIOdKMK '.'Ci

Surtout lorsque les deux parents assistent à l'interrogatoire; cl lorsque n'est un seul qui nous renseigne, il ignore généralement si l'autre esl ou n'est pas syphilitique. Mais l'examen des enfants a permis quelquefois d'établir des probabilités en faveur (l'une hérédité syphilitique. La dentition caractéristique a été constatée chez plusieurs de nos petits sourds-muets.

La pathologie de l'oreille nous apprend que la syphilis, surtout à l'époque tertiaire, entraîne parfois des lésions labyrint niques (hémorragies, gommes) qui produisent une surdité tantôt rapide, tantôt lente, mais toujours très grave, incurable et le plus souvent complète. Il est probable que c'est une manifestation de cette nature qui s'est réalisée dans le dernier de nos cas. « Mais la syphilis ne fait pas que de la syphilis. » a clitFournier: elle apporte dans l'organisme une perturbation profonde, des déchéances organiques et des prédispositions morbides. C'est d'abord la cachexie fœtale, ou inaptitude du produit de la conception à vivre qui a pour résultat, soit sa mort in utero, d'où les accouchements ou les avortements prématurés, soit la naissance d'enfants chétifs qui ne tardent pas à succomber à des maladies banales ou même sans cause. Elle peut aussi produire des troubles dystrophiques généraux ou partiels : le cerveau est souvent enrayé dans son développement, ce qui fait qu'on trouve fréquemment des arriérés, des idiots ou des imbéciles parmi les hérédo-syphilitiques. Des malformations congénitales reconnaissent aussi souvent pour cause

i()U SURDI-MUTITÉ

cette même hérédité. Les prédispositions morbides peuvent affecter le système nerveux et entraîner des convulsions ou même de la méningite ('). En un mot, l'hérédité syphilitique peut créer tous les membres de la famille névropathique de Féré. Les sourds-muets font partie de cette famille ; il n'est pas surprenant de trouver dans quelques cas des antécédents syphilitiques chez leurs ascendants. L'hérédo-syphilis pourra causer des anomalies de développement dans l'oreille interne, produisant ainsi des surdités congénitales ou créer des prédispositions aux convulsions, à la méningite, en même temps que de la faiblesse congénitale des organes de l'ouïe qui les rendront peu résistants à la moindre atteinte morbide.

Tuberculose. — La tuberculose n'a guère été signalée par les auteurs comme cause delà surdi-mutité. Seul, Leincke, ayant trouvé de nombreux phtisiques parmi les ascendants des sourds-muets qu'il a examinés, a émis l'hypothèse que l'hérédité tuberculeuse était peut-être un facteur important dans la pathogénie de cette affection. Mygind n'ajoute aucune valeur à cette cause et dit que cette fréquence de la tuberculose chez les ascendants des sourds-muets est due aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles ils vivent. Cependant, la scrofule, qui depuis qu'elle est mieux connue, tend à n'être plus qu'une affection hérédo-tuberculeuse, a été signalée par beaucoup d'auteurs comme prédisposant

(!) Fûurnier. — L'hérédité syphilitique. Paris, 1891.

aux écoulements d'oreille e\ par conséquent ;«ux surdimutités acquises. En 1881, dans la grande statistique irlandaise, on trouve la scrofule incriminée dans

0,1 0/0 des cas: puis dans 0,5 0/0 des cas dans la statistique de Magdebourg en 1874-75. Mygind lui-même, lui attribue 1 0/0 des cas de surdi-mutité ; cette

moyenne atteint 1,3 0/0 en Amérique dans le relevé de 1880.

J'ai constaté des cas extrêmement nombreux de tuberculose cbez les ascendants et les collatéraux des sourdsmuets que j'ai examinés. Le tableau XI montre les résultats obtenus. Dans le groupe des surdi-mutités congénitales, on trouve des tuberculeux dans 22 familles sur 81, soit une moyenne de 27,5 0/0 ; dans le deuxième groupe, 19 fois sur 88 familles, soit 21,59 0/0. La

TABLEAU XI Fréquence de la tuberculose chez les ascendants

et les

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Total 1187 1177 I 44 I 44 115 115 | 35 [13 I 78 124,8 »

moyenne (33,33 0/0) est encore plus élevée dans le groupe des surdi-mutités indéterminées; mais le nombre des sourds-muets de cette catégorie est trop restreint

pour qu'on en puisse tirer des conclusions. Si Ton prend l'ensemble, on trouve une moyenne de familles tuberculeuses de 26.2 0/0. Cette proportion est tellement élevée qu'il me semble impossible de ne pas y prêter attention. Du reste, ce qu'on sait de l'hérédotuberculose laissait bien prévoir qu'elle devait jouer uu rôle dans la pathogénie de la surdi-mutité. La famille névropathique. en effet, a été depuis longtemps reliée aux affections scrofuleuses et tuberculeuses. Portai ('), au commencement de ce siècle, a noté la fréquente coïncidence, dans une même généalogie, de la manie, de l'épilepsie et de la phtisie pulmonaire. « Aliénés, idiots., scrofuleux, rachitiques, dit Moreau, de Tours, en vertu de leur commune origine, de certains caractères physiques et moraux, doivent être considérés comme les enfants d'une même famille, les rameaux d'un même tronc. » Hallaran. Lugol, Dupouy, Esquirol, Grasset et beaucoup d'autres ont noté la fréquence de la scrofule et de la tuberculose chez les idiots, les imbéciles, les hystériques, Gausit chez les sourdsmuets (').

Landouzy. après une enquête auprès de 2.000 inères qu'il a soignées à la crèche de l'hôpital Tenon, a été frappé de la multi-léthalité qui sévit sur les produits de conception de femmes de tuberculeux. Il rapproche ce fait de la faiblesse congénitale des enfants de syphi-

('j Portai.. — Considérations sur la nature et le traitement des maladies de famille et des maladies héréditaires. Paris, 1811, p. 36.

Ç2) Causit. — De la prédisposition du sourd-muet à la phtisie. Th. Paris, 1883.

litiques, même exempts de syphilis, et de celle des enfants intoxiqués par Le plomb et l'alcool. .Je rappellerai les expériences de Charrin e1 Gley, les recherches de Charrin et Levaditi citées plus haut, qui nous montrent par quels procédés se produisent les altérations morbides chez les rejetons de tuberculeux.

L'hérédité hétéromorpho de la tuberculose a été étudiée d'une manière complète par Hanoi qui a montré', comme Fournier pour la syphilis, que les phtisiques peuvent donner le jour à des enfants atteints des tares les plus diverses (chlorose, infantilisme, arrêts de développement, dégénérescences, etc.) A celte liste, il faut, je crois, ajouter la surdi-mutité.

Maladies aiguës. — Les maladies aiguës, telles que la variole., la grippe, la fièvre typhoïde, etc., bien qu'elles s'accompagnent d'une intoxication profonde, sont rarement la cause de dégénérescences congénitales. L'intoxication semble disparaître avec la maladie ellemême ; en tous cas, au point de vue héréditaire, cette action n'a pas été signalée. Cependant, lorsqu'une de ces alfections atteint la mère pendant la grossesse, la toxine, passant à travers le placenta, peut troubler le fœtus dans son développement. La mort de l'embryon arrive souvent dans ces conditions: on sait que les avortements sont fréquents dans le cours des maladies aiguës.

Dans un cas de surdi-mutité observé par nous, la mère a eu une variole très grave au quatrième mois de sa grossesse. Mygind a signalé 3 cas analogues : une

fois, la mère a eu la scarlatine, les deux autres fois le typhus. Peut-on affirmer qu'il y ait entre ces affections et la surdi-mutité des relations de cause à effet? La chose est probable, mais les cas sont encore trop peu nombreux pour entraîner la certitude.

Action l>e^ tbaumatismes. — Chez les générateurs avant la conception. — Les traumatismes ou les mutilations accidentelles, telles que l'amputation d'un membre ou d'un organe, peuvent-elles créer chez l'individu une diminution de la puissance biologique et par suite être la cause de dégénérescences chez les descendants ? Il est certain qu'il se produit, dans ces conditions, des troubles partiels dans la nutrition du système nerveux : les cellules centrales, motrices ou sensitives. en relation avec les régions mutilées, devenues sans fonction, sont le siège d'atrophies plus ou moins considérables. Il ne semble pas impossible qu'une dégénérescence ainsi produite puisse transmettre aux descendants, par le mode de l'hérédité dissemblable, des lésions du système nerveux. Dans deux cas de surdi-mutité acquise, je trouve signalée la perte d'un œil chez le père, par accident, dix et douze ans avant la naissance du sourd-muet. Dans l'un de ces il la seule tare signalée: la surdité, chez l'enfant, s'est produite à 10 ans, à la suite de méningite. Dans le deuxième cas. outre la perte d'un œil, on trouve de la cécité chez le grand-père maternel. La surdité s'est produite à 2 ans, à la suite de convulsions et otite

suppurée. Ces cas sont trop peu nombreux pou; entraîner une conviction, mais j'ai cru cependant devoir les signaler.

Traumatlsmes de la mère et du fœtus pendant la grossesse. — Dans trois cas. on nous a signalé comme cause de la surdi-mutité des traumatismes de la mère pendant la grossesse. 2 fois, la mère était tombée du haut d'une chaise; une autre fois, elle avait été poursuivie dans la rue par des gens ivres et projetée par terre. Il n'est pas impossible que le fœtus ait reçu quelque choc qui a provoqué un trouble dans son développement. Il se peut aussi que des contractions spasmodiques de l'utérus, dues à de violentes émotions morales ou à des crises éclamptiques, produisent des compressions anormales et irrégulières de l'embryon et. par suite, soient la cause d'arrêts de développement de certaines de ses parties. Nous avons noté dans 2 observations des frayeurs violentes de la mère auxquelles les parents attribuent la surdi-mutité de leurs enfants. Mygind a signalé 3 cas de la même infirmité dus, selon lui, à des crises éclamptiques de la mère.

Dans quelques observations ayant trait à des enfants naturels, les mères nous ont raconté qu'elles ont t'ait tous leurs efforts pour cacher leur état de grossesse el serré fortement leur taille pour en diminuer la grosseur. Il est probable que des compressions anormales se sont produites sur l'embryon, lesquelles, ajoutées aux chagrins et au désespoir de la mère, parfois abandonnée par le père, ont pu aboutir à des dégénérescen-

106 SUKDI-ML'TITÉ

- et par suite à la surdi-mutité. Les naissances

illégitimes ont fourni un nombre relativement élevé de cas de cette affection, aussi bien dans notre statistique que dans celles des auteurs. C'est vraisemblement ainsi qu'il faut expliquer cette fréquence.

Moos a trouvé des malformations de l'oreille externe chez 2 des 40 sourds-muets qu'il a observés à sa clinique. A la naissance de ces 2 sujets, on avait constaté l'enroulement du cordon ombilical autour de la tète. Moos. après avoir discuté ces deux cas. émet l'opinion qu'il est bien peu probable que cet enroulement ait pu causer ces déformations et la surdi-mutité.

Certains auteurs ont pensé que dans les accouchements difficiles, la pression du forceps sur la tète de l'enfant pouvait produire des traurnatismes assez violents pour entraîner des lésions de l'oreille interne. Mygind cite 3 cas dans lesquels cet emploi du forceps serait la cause de la surdi-mutité. La mère d'un des pensionnaires de l'Institut d'Asnières attribue à cette même cause l'infirmité de son enfant.

Pour conclure, nous dirons que des traurnatismes ou des compressions du fœtus pendant la grossesse ou de la tète de l'enfant pendant l'accouchement peuvent provoquer des troubles dans le développement ou des lésions de l'oreille interne, mais ces cas sont peu nombreux et purement accidentels: sauf dans les cas de grossesses naturelles, ils ne constituent qu'un facteur peu important de l'étiologie de la surdi-mutité.

Age DEr> pabexts. — Certains auteurs rticnlier

F. Ménière et Puybonnieux, "!it voulu faire jouer à L'âge des parents un rôle important dans la production delà surdi-mutité chez tes enfants. Si les généi leurs

sont trop âgés, s'il y a entre eux une grande difien d'âge, ou bien si le mari est plus jeune que la fem les produits de la conception, affirment-ils, seraient

plus ou moins atteints de dégénérescen es. Btl - irdimutité se rencontrerait fréquemment chez eux. Cette opinion n'a pas été admise parles auteurs qui. depuis les travaux de Ménière et Puybonnieux, -

occupés de la pathogénie de la surdi-mutité: tous sont unanimes pour affirmer que cette influence de l'a., e si

négligeable. Cette affirmation ' repose sur ce t'ait que l'âge moyen des parents de sourds-muets n'es: pas sensiblement différent de celui des générateurs d'enfants normaux. Le problème me parait mal posi de la sorte: ce n'est pas par des moyennes qu'on pourra le résoudre, car il sutura de quelques parents très jeunes pour contrebalancer le grand âge de quelques autres et maintenir la moyenne à un taux normal. Ce qu'il t'ait rechercher, c'est la proportion des sourds-muets nés de générateurs très jeunes ou très vieux ou présentant une grande différence d'âge. Dans notre statistique, le jeune âge ou la différence d'âge ne donnent aucune indication: mais on trouve ô sourds-muets qui sont tils de personnes ayant, à la naissance, un âge variant en;: et 60 ans. Cette proportion n'est pas très considérable et n'entraînerait pas la conviction, mais ou sait que les

enfants de vieux naissent souvent porteurs de tares névropathiques. Les exemples abondent dans la pathogénie nerveuse. L'usure de la vieillesse a été comparée à celle des diverses intoxications. Cette action de la vieillesse de parents n'est certainement pas la cause d'un grand nombre de cas, mais il est impossible de la considérer comme tout à fait négligeable.

Professions. — La liste des professions exercées pa les parents des sourds-muets de l'Institut d'Asnières ne donne pas d'indications bien précises sur l'influence qu'elles peuvent exercer dans la production des dégénérescences et par suite de la surdi-mutité. D'une manière générale., on voit figurer avec la plus grande fréquence les professions qui s'accompagnent de surmenage ou d'intoxications diverses ; mais presque tous les métiers sont représentés, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par la lecture de la liste suivante :

Professions exercées par les parents des sourds-muets pensionnaires de l'Institut d'Asnières

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