‹ La surdi-mutitéChapitre 55 sur 86 · FONCTION VERBALE · texte numérisé non relu

FONCTION VERBALE

Mutité. — De même que la surdité, la mutité présente des formes et des degrés divers. Dans la presque totalité des cas, elle est la conséquence de la disparition de l'ouïe, et plus la surdité est grave, plus la mutité est profonde. Cependant, il existe des enfants qui, atteints ou non de surdité, ne parlent pas. sont atteints à! aphasie. Lorsque l'audition est conservée, il est facile de faire le diagnostic et d'éloigner l'idée de surdi-mutité : mais lorsque ces sujets sont sourds en même temps qu'aphasiques, ce qui n'est pas très rare, le diagnostic est impossible et ne se fait qu'à la longue, lorsqu'on voit qu'aucune méthode pédagogique ne peut arriver à les démutiser. Cette aphasie se rencontre à des degrés divers ; à côté d'enfants qui n'arrivent jamais à prononcer que quelques monosyllabes, il en est d'autres dont le vocabulaire peut devenir assez étendu, mais dont la prononciation reste toujours mauvaise en dépit de tous les efforts des professeurs de sourds-muets les plus habiles. Il est très vraisemblable que de tels troubles de la fonction verbale sont dus à des lésions de l'écorce cérébrale, probablement de la circonvolution de Broca; mais nous ne pouvons encore donner aucune

preuve d'une telle affirmation. Quoi qu'il en soit, ces cas. que j'ai cru néanmoins devoir signaler, sont tout à fait exceptionnels et la règle est de voir la mutité résulter de la surdité.

Mutité dans les cas de surdité congénitale. — L'enfant naît sourd : ne pouvant entendre les mots qu'on prononce devant lui. il lui sera impossible de les répéter lui-même et par conséquent d'apprendre à parler. Cependant, on voit souvent des sujets atteints de surdité congénitale articuler, à l'âge où les enfants normaux commencent à parler, des mots tels que papa, ma-ma ; il est probable que cette émission de sons est le résultat du fonctionnement naturel des organes phonétiques plutôt qu'une véritable manifestation du langage. Il faut néanmoins rappeler quïl ressort des recherches de Bezold que chez les sourds de naissance, il persiste parfois des restes importants d'audition qui ne sont peut-être pas étrangers à la prononciation de ces mots.

Mutité dans les cas de surdi-mutité acquise. — Si la surdité se produit avant l'acquisition du langage articulé, le mécanisme de la mutité est le même que dans la surdi-mutité congénitale., avec cette aggravation que la perte de l'ouïe est ici généralement plus complète. Si la surdité survient lorsque l'enfant a déjà appris à parler, et si le processus morbide atteint seulement l'oreille sans léser le cerveau, on voit l'oubli des mots se faire peu à peu. le vocabulaire diminuer gra-

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duellement, d'une manière d'autant plus rapide que l'âge est moins avancé et que la possession du langage articulé était moins complète. Dans de tels cas, si la surdité, même totale., se produit après l'âge de 4 à 5 ans, la mutité n'est jamais absolue et il persiste un vocabulaire assez étendu, surtout si les personnes de l'entourage prennent soin de l'enfant et l'obligent à prononcer quelques mots.

Telle est la marche de la mutité lorsque la surdité est due à une affection qui atteint le labyrinthe seul, mais lorsque le cerveau est lésé, lorsque la perte de l'ouïe est consécutive à une méningite ou à une affection cérébrale, le tableau clinique est différent. Quand l'enfant entre en convalescence, il est sourd et muet; une certaine hébétude persiste pendant un temps plus ou moins long, au bout duquel il semble se ressaisir. On peut alors, par des procédés spéciaux, lui apprendre à prononcer quelques mots, mais il n'a gardé aucun souvenir de son vocabulaire antérieur: on est forcé de lui apprendre le sens de mots qu'il connaissait fort bien avant sa maladie. Dans ces cas. l'âge n'a sur la production de la mutité qu'une influence insignifiante. L'enfant devient muet, quel que soit son âge. qu'il ait 4, 6, 8, 10. 12 et même 14 ans.

L'histoire des maladies nerveuses nous montre des faits du même ordre ; il arrive parfois qu'après une affection cérébrale, la guérison se produit sans qu'il en résulte de la surdité : même dans ces cas. il se peut que le sujet ait complètement perdu la fonction du

langage : il doit apprendre de nouveau à parler.

Tels sont les deux procédés cliniques au moyen desquels s'établit la mutité après l'acquisition de la parole : mais il va sans dire qu'il existe des formes intermédiaires qui relèvent de l'une ou de l'autre, avec des atténuations ou des aggravations, ou même qui procèdent des deux, sans ligne de démarcation bien nette: le vieil adage, nature, non facit saltus, peut s'appliquer ici comme dans toutes les sciences médicales et naturelles.

Au début de cet ouvrage (page 3>, nous avons fixé à 8 ans l'âge limite après lequel la surdité peut se produire sans entraîner la mutité. On peut voir, par les lignes qui précèdent, que cette délimitation était tout artificielle. Il est impossible de déterminer cet âge limite. Il entre en jeu trop d'éléments dont il faut tenir compte. En premier lieu, la nature de la maladie occasionnelle joue un rôle considérable : ensuite, tel enfant de 6 ans habitant Paris est plus développé intellectuellement,, a une possession plus complète du langage articulé que tel autre de 8 ans habitant la campagne. Nous avons vu souvent de petits Parisiens devenir complètement sourds à 6 ans et conserver néanmoins un vocabulaire très étendu.

Quel que soit le procédé par lequel s'est établie la mutité., qu'il s'agisse de surdité congénitale ou acquise, il est tout à fait exceptionnel que les enfants soient complètement muets; tous peuvent articuler pa-pa, ma-rna et même des mots plus compliqués: mais ces

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sons sont toujours émis avec une voix rauque., désagréable, présentant des caractères indéfinissables qu'on ne rencontre que chez les sourds-muets, qu'il suffit d'entendre une fois pour les reconnaître ensuite. Ce timbre constitue pour moi un des moyens les plus sûrs de diagnostic lorsque j'ai à établir des certificats d'admission pour des enfants que je n'ai jamais vus et qui, le plus souvent, se prêtent difficilement à un examen méthodique. A Faide de procédés pédagogiques appropriés, on arrive à atténuer, dans une mesure très large, ces défauts de prononciation : mais il persiste toujours des notes fausses dans la voix des sourds-muets : il en est de même chez les adultes devenus sourds ; la voix a des éclats souvent bizarres et il est bien rare de voir persister chez une personne très sourde une émission harmonieuse du langage articulé.

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