EXAMEN OBJECTIF D2 L' APPAREIL PHONÉ TIQUE ^RESPIRATOIRE
Capacité pulmonaire. — J'ai mesuré la capacité pulmonaire des élèves de l'Institut d'Asnières à l'aide du spiromètre de Verdin, et. pour avoir un terme de comparaison, j'ai pris les mêmes mensurations sur un nombre égal d'élèves du même âge de l'école J.-B. Say. Les résultats moyens de ces mesures figurent dans le tableau XVII (page 250). On peut voir que les chiffres obtenus sont bien moins élevés pour les sourds-muets que pour les enfants normaux. Les entendants de 10 ans
ont une capacité pulmonaire plus élevée que les sourdsmuets de 14 ans: et cependant les mensurations du périmètre thoracique montrent que les élèves d'Asnières ont le thorax à peu près aussi développé que les enfants normaux du même âge, Ces différences sont dues, sans aucun doute, à ce que les sourds-muets, malgré l'application de la méthode orale et malgré les nombreux exercices de gymnastique respiratoire qu'on leur fait faire, savent bien moins diriger leur respiration. Tandis que pour les enfants normaux, cette opération se fait facilement, sans aucune difficulté, lorsqu'on s'adresse aux sourds-muets elle devient très délicate ; il faut montrer souvent la manière d'agir et recommencer plusieurs fois pour avoir un résultat satisfaisant.
Larynx. — On a beaucoup écrit sur l'état du larynx chez les sourds-muets. Gibbs (!) a dit que les cordes vocales manquaient chez eux. Lemcke et Bliss affirment avoir constaté souvent des affections catarrhales de la muqueuse laryngienne; Salomonsen et la plupart des autres auteurs n'ont trouvé rien d'anormal. J'ai pratiqué l'examen laryngoscopique de la plupart des élèves d'Asnières et je n'ai constaté aucune altération de cet organe qu'il soit possible de rattacher à la surdi-mutité. Il existait parfois une couleur rosée des cordes vocales, ou des altérations catarrhales de la muqueuse, mais ces mêmes modifications se rencontrent aussi fréquem-
(l) Médical Times and Gazette, 1862. Cité par Mygind,
SYMPT0MAT0L0GIE 245
ment chez les enfants normaux du même âge, dans les écoles Arago, Turgot etJ.-B. Say.
Pharynx, gorge et nez. — Les affections nasopharyngiennes ont été fréquemment constatées chez les sourds-muets. Déjà, Toynhee avait signalé des épaissi>sements de la muqueuse pharyngienne avec sécrétion abondante. Roosa et Beard avaient trouvé, chez 67 0 0 des sujets examinés par eux, du catarrhe chronique de la cavité naso-pharyngienne, Schmaltz. Bliss, Hedinger, Ladreit de Lacharrière, etc., et tous ceux qui se sont occupés des sourds-muets ont fait des constatations analogues. Lorsque Wilhelm Meyer eut fait connaître les végétations adénoïdes, ces catarrhes chroniques changèrent de nom, mais les lésions signalées se rencontrèrent avec la même fréquence. Quelques médecins, voulant oublier les lésions anatomiques constatées post mortem dans le labyrinthe et l'encéphale, eurent l'espoir de guérir la surdi-mutité par l'ablation des végétations adénoïdes. On vit alors Boucheron édifier, pour les besoins de la cause, son ingénieuse théorie de Yotopièsis, puis Lavrand, Hamon du Fougeray. Verdos y Mauri, et bien d'autres s'efforcer, avec une foi qu'aucun insuccès n'abattait, de faire entendre les sourds-muets. Il est certain que l'ablation des végétations adénoïdes peut produire, dans quelques cas, malheureusement très rares, une légère amélioration de l'ouïe, mais les cas de guérison complète sont tout à fait exceptionnels.
Dans les examens que j'ai pratiqués à l'Institut d'Asnières, j'ai trouvé des végétations volumineuses, gênant la respiration, accompagnées d'amygdales hypertrophiées dans près de 60 0/0 des cas. Sauf pour quelques sujets dont les parents se sont énergiquement opposés à la moindre opération, toutes ces végétations adénoïdes ont été enlevées à l'aide du couteau de Moritz Schmidt, après anesthésie au bromure d'éthyle (97 opérations ont été faites ainsi). Trois opérés, qui possédaient, avant l'intervention, un pouvoir auditif très notable, ont eu l'ouïe sensiblement améliorée. Chez les autres, l'ablation des végétations adénoïdes n'a produit aucun changement dans l'audition.
Mais cependant cette opération n'a pas été inutile ; l'état général a été très amélioré, et les fonctions vocale et respiratoire ont subi des modifications très avantageuses. La respiration se fait, depuis lors, dans de meilleures conditions, l'émission de la voix est plus facile et le timbre en a été souvent changé dans un sens favorable.
Lorsque les amygdales étaient volumineuses, elles ont été enlevées à l'aide de la pince de Ruault.
L'hypertrophie des cornets, des déviations et des éperons de la cloison ont été constatés dans quelques cas. Un traitement approprié en a fait disparaître les inconvénients et, chaque fois, la fonction vocale a été améliorée.
Il y a donc un intérêt de premier ordre à faire, chez les sourds-muets, l'ablation des végétations adénoïdes
SYMPTOMATOLOGIE 247
et des amygdales et à traiter d'une manière appropriée toute affection naso-pharyngienne qu'on peut rencontrer. On améliorera rarement l'ouïe, mais presque toujours on rendra plus facile l'acquisition du langage articulé et l'émission de la voix sera meilleure.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX des SOURDS-MUETS
Lorsqu'on entre dans une classe de sourds-muets, on constate que leur aspect général ne diffère pas sensiblement de celui des élèves qui fréquentent les écoles ordinaires. Le regard, cependant, est plus mobile et suit avec plus d'attention les moindres mouvements des visiteurs ; mais cette mobilité donne à ces enfants une apparence éveillée, intelligente, qui prédispose en leur faveur.
Des recherches ont été faites pour déterminer les conditions dans lesquelles se fait le développement physique des jeunes sourds-muets. Kerr Love a mesuré avec soin la taille, le périmètre thoracique, le tour de la têteetle poids d'un certain nombre de sourds-muets, pensionnaires de l'Institut de Glasgow ; puis il a pratiqué les mêmes mensurations chez un nombre égal d'enfants normaux fréquentant deux écoles primaires de la même ville (Queen's Park et Washington street (*). Voici ses conclusions :
« A 15 ans, les sourds-muets sont, dans la plupart
0) A Queen's Park school, les élèves appartiennent à la classe riche, tandis que ceux de Washington street school sont fils d'ouvriers et de commerçants.
SYMPTOMATOLOGIE 249
des mensurations, inférieurs aux élèves de l'école de Queen's Park. Les chiffres absolus sont moindres ; mais les proportions du thorax sont mieux en rapport avec la taille et le poids.
« Les sourds-muets âgés de 13 ans, qui ont été examinés se trouvaient dans des conditions physiques excellentes, bien meilleures que celles des trois autres séries examinées (9, 11, 15 ans). La taille n*a qu'un demi-pouce de moins que celle des enfants de l'école de Queen's Park, mais elle dépasse de un demi-pouce celle des élèves du même âge de Washington street school. En poids, les sourds-muets sont supérieurs aux enfants des deux écoles, de même pour le périmètre thoracique dont la moyenne est de 2 pouces plus élevée. Le tour de la tête est à peu près le même qu'à Queen's Park, mais un peu moindre qu'à Washington street school.
« A 11 ans, les sourds-muets ont une taille et un tour de tête un peu moindre, mais leur poids est le même. Le périmètre thoracique est plus considérable.
« A 9 ans, toutes les mensurations des sourds-muets sont supérieures à celles des entendants sauf pour le tour de tête. »
A l'Institut d'Asnières, deux fois par an, le poids, la taille, le périmètre thoracique, le tour de tête sont notés ave soin; la force est mesurée au dynanomètre, la capacité pulmonaire est déterminée à l'aide du spiromètre de Verdin. Pour établir une comparaison, j"ai pris ces mensurations à l'école J.-B. Say, à l'aide des
mêmes instruments, sur trois séries d'élèves; voici les moyennes obtenues d'un côté et de l'autre chez des enfants du même âge ;