‹ La surdi-mutité; étude médicaleChapitre 15 sur 55 · ACTION DE LA CONSANGUINITÉ · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CONSANGUINITÉ

Il n'est pas de question qui ait été l'objet de discassions plus vives et plus ardentes que celle de l'action de la consanguinité des parents sur la production de la surdi-mutité ou de dégénérescences diverses chez les enfants. Pendant près de 20 ans, des mémoires innombrables ont été publiés sur ce sujet, les Sociétés savantes ont entendu des discussions passionnées, et non toujours courtoises, dans lesquelles on allait jusqu'à mettre en doate ta bonne foi des adversaires. Il est arrivé ce qui se produit toujours lorsque les passions se mêlent aux questions scientifiques, le problème n'a pas été résolu tout d'abord d'une manière satisfaisante. Je vais essayer d'exposer aussi complètement et aussi impartialement que possible les arguments des accusateurs et des défenseurs de la consanguinité ; j'emprunterai beaucoup de détails historiques à l'étude intéressante que M. Félix Regnault a faite de la consangainité au point de vue médical dans la Gajsette deshôpitattx (').

Cette question est bien ancienne. Les livres de

[>) FÉLIX Regnault. — De I& consanguinité au point da vue médical. Ga». de* hôpitaux, t septembre 1693.

l'Ancien Testament montrent déjà les inconvénients des unions consangnines et les défendent (versets du Lévitique, XVIII); plus tard, Théodose le Grand crée des lois sévères pour les prohiber'; au moyen âge, nous voyons saint Augustin accuser la consanguinité '-de quelques méfaits et affirmer avoir reconnu par expérience que les mariages consanguins « sobolem non posse succrescere. »

Dans les capitulaires des rois francs, il est écrit que les enfants qui naissent de parents consanguins sont boiteux, bossus, atteints de becs de lièvre ou de tares diverses.

En 1621, Robert Burton (') montre les mauvais effets de la consanguinité et approuve les prescriptions de l'Eglise qui interdit les mariages entre cousins. Cette même thèse est soutenue en 1763 par Dugard (-), et en 1813 par Fodéré (').

Mais c'est à P. Ménière que revient l'honneur d'avoir traité le premier cette question à un point de vue scientifique. En 1856, il signala à l'Académie de médecine la fréquence de la surdi-mutité chez les enfants nés de parents consanguins. A partir de ce moment, les discussions passionnées vont commencer et durer près de vingt ans.

Le rôle de la consanguinité fut d'abord examiné au point de vue de la surdi-mutité seule, puis la question se

(') BuRTON- — Anatomyof melanchol.v. Oxford, IMl.

(*) DudAitD. — The marriages or cousin germait. Oxford, 1763-

(3) FoDÉRé. — Médecine légale, 1813.

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généralisa et c'est dans Tétiologie de toutes les maladies ner\-euses qu'on voulut voir son action. D'un côté, nous trouvons, accusateurs ardents, MM. Rilliet, Devay. Ghazarain, Chipault, Biochi, Sicard, Boudin, Hocquart, Liebreich, Mltcliell, Bernis, Howe, Allen, Mantegazza, Lande, Dalh, etc., qui la rendent responsable d'une foule de méfaits. D'an autre côté, nous voyons, défenseurs d'autant plus acharnés que quelques-uns sont fils de parents consanguins, MM. Bourgeois, Périer. Séguin, Voisin, Tliiêbault. Daily, Huth, Georges Darwin qui la veulent rendre innocente de toute faute. Les zootechnistes et les vétérinaires s'en mêlèrent aussi et firent sur les animaux des expériences nombreuses, mais eux non plus n'arrivèrent pas à se mettre d'accord. Il y eut deux camps bien tranchés : d'un côté Huzard père, Low, Sinclair, Knight, Sebritght, Hartman, Rhodc, Setlegast, etc. accusaient la consanguinité de provoquer chez les animaux une foule de dégénérescences, tandis que Huzard fils, Goyat, Samson, Beaudoiu, Gourdon, Flourens, de Charnacé, Bakewell, Baumeister soutenaient au contraire qu'elle améliore les races et tend à fixer les caractères d'une famille.

Les premiers considéraieut les mariages entre cousins comme cause de la surdi-mutité, de la rétinite pigmentaire, du rachitisme, de hi phtisie, de l'hydrocéphalie, de la scrofule, de l'ichlhyose et même de la lèpre. Devay affirmait même que, sous sou influence, « les traits du visage s'épatent et se vulgarisent, »

PATHOUÉNIE 75

Rilliet a classé de la manière suivante les méfaits qu'il attribue à la consanguinité :

1" Absence de conception ;

2' Retard de la conception :

3' Conception imparfaite (fausses couches);

4* Produits incomplets, monstruosités;

5' Produits dont la constitution morale et physique est imparfaite ;

6° Produits plus spécialement exposés aux maladies du système neneux : épilepsie, Imbécillité ou idiotie, surdi-mutité, paralysie, maladies cérébrales diverses ;

7* Produits lymphatiques et prédisposés aux maladies qui relèvent de la diathèse scrofulo-tuberculeuse ;

8° Produits qui meurent en bas-âge et dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d'autres conditions ;

9' Produits qui, s'ils franchissent la première enfance, sont moins aptes à résister à la maladie et à la mort.

Les limites de ce travail ne permettent pas d'analyser, d'une manière même succincte, les travaux sur la consanguinité en général; je vais citer seulement ceux qui ont trait à la surdi-mutilé.

Après la communication de Ménière, Boudin (') fit des recherches statistiques à l'Institution nationale des sourds-muets et calcula que 28,35 0/0 des sourdsmuets naissaient de parents consanguins. Cette propor- (') Ann, d'hygiène publique, if série, 1862, t. XVIII.

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tion est d'autant plus forte que la pareuté est plus rapprochée, 18 0/0 pour les mariages entre cousins germains et 70 0/0 pour ceux entre tante et neveu ou entre oncle et nièce,

Daily ('}, à la Société d'anthropologie, critiqua ces chiffres ; il n'avait trouvé à. l'Institution de Paris que 6 sourds-muets nés de parents consanguins pour 315 nés de parents n'ayant aucun lien de parenté. Ces chiffres, il est vrai, se rapportaient à tous les sourdsmuets, aussi hien ceux dont la surdi-mutité était acquise que ceux dont elle était congénitale.

De nombreuses statistiques furent publiées ensuite :

De Balley, à Rome, sur 13 sourds-muets de naissance, en trouvait 3, soit 23 0/0, nés de parents consanguins ;

Chazarain, à Bordeaux, sur 89, en trouvait 27 ;

Lande, à Bordeaux, sur 55, en trouvait 24;

Piroax, à Nancy, en comptait 21, puis 25 0/0;

Brochart, à Nogent -sur-Marne, sur 55, en trouvait 16 issus de parents consanguins;

En 1861, en Irlande (-), une statistique portant sur 5.000 sourds-muets, donne une moyenne de 80/0 nés de parents consanguins ;

Loubrieu, sur 500 sourds-muets, en trouve 43 issus de consanguins.

Mantegazza, sur 306 cas de surdi-mutité, ne constate que 12 fois, soit 3,9 0/0, l'action de la consanguinité.

C) Dally. — Ballet, de la SoeiiSlé d'anthropologie, 1868. C) W. Stibder. Ani», de dermoyraphie inlern., 1879,

■pATHOaÉNIE 77

Ladreit de Lacharrière, dans une statistique faite à rinstitotion nationale des sourds-muets, trouva, sur 107 cas de surdi-mutité de naissance, 17 sourds-muets nés de parents consanguins; mais il fit observer que bien des cas, réputés de naissance, pouvaient être survenus quelques mois après; il y avait doute pour 14 cas, 3 seulement restaient incontestables. Lacassagne (■), sur la demande duquel cette statistique avait été faite, établit la proportion de 3 pour 107, proportion certainement trop faible, car s'il y a doute pour 14 sur 17, il doit certainement se trouver, dans le nombre total de 107, des cas également douteux qu'il faut retrancher. A l'époque oii cette statistique a été dressée, le problème de la consanguinité ne se posait que pour la surdi-mutité de naissance. Les idées théoriques qui avaient cours ne pouvaient voir son action dans la surdimutité acquise. Aujourd'hui, les observations, prises avec moins de parti pris, ont montré qu'il y a lieu de rechercher et qu'on peut trouver l'action de la consanguinité non seulement dans la surdi-mutité congénitale, mais aussi dans la surdi-mutité acquise.

Ce n'est pas seulement par l'examen des statistiques de sourds-muets qu'on essaya de résoudre le problème, on invoqua toutes sortes d'arguments. Boudin trouvait, à Berlin, 6 sourds-muets pour 10.000 protestants et 27 pour 10.000 juifs; Liebreich, dans la même ville, comptait 42 juifs parmi 341 sourds-muets. On sait,

OLacassagne, — Art. •Consanguinité • du dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

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disaient ces auteurs, que les mariages consanguins sont très fréquents dans la race juive.

D'un autre côté, Boudin, faisant, dans les statistiques, des recherches minulieuses, constate que la proportion des sourds-muets augmente d'une manière très sensible dans les localités on existent des obstacles naturels aux mariages croisés. Ainsi, la moyenne des sourdsmuets qui est, pour leusemble de la France, de 6 pour 10.000 habitants et de 2 seulement pour le département de la Seine, s'élève en Corse à 14 pour 10.000 habitants, à 23 dans les Hautes-Alpes et à 28 dans le canton de Berne.

Dans le territoire de l'Iowa (Etats-Unis), on ne trouvait, en 1840, que 2,3 soui-ds-muets sur 10.000 habitants, tandis qu'il y en avait 212 sur 10.000 esclaves. Or, ces derniers s'unissaient sans souci de la consanguinité.

Devay faisait remarquer c qu'en Chine, où le mariage est inlerdil, non seulement entre individus parents, mais encore entre ceux qui, sans être parents, portent le même nom, la surdi-mutité est inconnue. » Ce fait a, depuis cette époque, été reconnu inexact. Il existe des sourds-muets en Chine.

Mitchell, en Ecosse, trouve la proportion d'un cas de surdi-mutité sur 16 mariages consanguins.

En 1879, Mygge ('), dans son livre sur l'étiologie de la surdi-mutité en Danemark, fait une critique très vive des travaux de Boudin et de Devay et dit que celte

C) Myggb. — Cité par Mjgind.

pathogênie 79

question ne pent être résolue que par des appréciations méthodiques des statistiques. Il faut, d'une part, rechercher un nombre d(?terminé de mariages consanguins et voir dans quelles proportions ces ménages ont donné naissance à des enfants atteints de surdimutité ou d'autres infirmités. Il faut ensuite prendre un certain nombre de sourds-muets ou d'enfants atteints de tares diverses et rechercher dans quelles proportions ils sont nés de mariages consanguins.

Mygge a recueilli dans les campagnes du Danemark des renseignements très nombreux et a constaté que les enfants, nés de mariages consanguins, étaient beaucoup plus fréquemment exposés que les autres à la folie, l'idiotie et autres troubles des facultés cérébrales ; mais il n'a pas trouvé une action évidente de la consanguinité sur la proportion des cas de surdi-mutité.

En prenant le problème sous son deuxième aspect, et en ne s'occupant que de la surdi-mutité, Mygge obtient les résultats suivants : « En Danemark, les mariages consanguins représentent environ 3 à 4 0/0 du nombre total des mariages. Les sourds-muets nés de parents consanguins, qui ont été admis de 1S58 à 1877 à l'Institution nationale des sourds-muets du Danemark, représentent environ 6,75 0/0 du chiffre total des sourds-muets, et 7,55 0/0 si l'on ne s'occupe que des cas de surdi-mutité congénitale. Après avoir comparé ces résultats à ceux obtenus par les autres auteurs, Mygge se croit autorisé à poser les conclusions suivantes :

suRfti-MDfrrÉ

«niyaunplusgrandnombredesourds-mueisparmiles enfants nés de parents consangnins que parmi ceux issus des autres mariages ; mais la consanguinité ne joue pas, dans l'étiologie de cette infirmité,un rôle aussi important que celui que lui attribuent Boudin, Devay.Ménière, etc.

2* Pour un ménage consanguin, le danger d'avoir des enfants sourds-muets n'est pas deux ou trois fois plus gtand que pour les ménages ordinaires. »

Nombre des sonrds-mnets nta de mu-Uces coasangnlns

Nassau 180* (Meckell

Breslau 186U (Cohu et Bergmann)

Golottne 1869 (Lent)

Magdebourg 1871 (Wilhelmi)

Berlin 1873 (Falk)

Poméranie 1875 ^Wilhelmi cl Hartminn;

Erfurt 1875

Berlin 1877 (Hartmano)

Breslau 18G9-79 (Bergmann)...

Irlande 1881

Bade et Wurtemberg IRSaiHedinger)

Clinique de MooB 188^ (Moos)

Saxe 1884 (SchmalUl

Mecklenboorg 18i5 iLemcke)

Norvège 1885 (Uchermanni

Clinique de Meyer 1868-88 (Mygindi Angleterre 1889 (.Commissionroyale)

Danemark 1879-1890

Angleterre et Ecosse {Kerr Love}..

Amérique (!>' Berntss)

Amérique ID' Gilett)

Duché do lîade 1896 (Neuerl) . . Institut d'Asnières 1899

Depuis l'apparition du livre de Mygge, de nombreuses Statistiques ont été publiées. Mygiud, dans son livre

sur la surdi-mutité, reprend la question et, après avoir discuté les résultats qui figurent dans le tableau X, émet les conclusions suivantes :

1° n résulte des diverses statistiques, le fait n'est pas douteux, que les sourds-muets se rencontrent fréquemment pai-mi les enfants nés de mariages consanguins. Il faut, à cause de cela, ajouter une plus grande importance aux résultats positifs qu'aux résultats négatifs.

2" Tous les auteurs sont unanimes pour affirmer que la surdi-mutité congénitale trouve plus souvent son origine dans la consanguinité que la surdi-mutité acquise; il est incontestable qne cette opinion correspond à la réalité des faits.

3' Cette action de la consanguinité est encore mise en évidence par ce fait que, dans les mariages consanguins qui donnent naissance à des sourds-muets, le nombre de ces derniers est plus considérable que dans les ménages croisés qui produisent aussi des sourdsmuets. Ainsi, par exemple, en Irlande, en 1881, pour 1,62 sourds-muets nés en moyenne dans chaque ménage consanguin ayant produit des sourds-muets, on n'en trouve que 1,30 dans chaque ménage ordinaire ayant aussi donné le jour à des sourds-muets. Meyer, Wilhelmi, Mygind ont trouvé respectivement les moyennes suivanles : 1,75, 1,71, 1,53 pour les mariages consanguins et 1,34, 1,36 et 1,30 pour les mariages ordinaires.

4° Wilhelmi et Lemcke ont montré, dans leurs statis-

83 StJBDI-MUTi'i'Ê

tiques, que 36 et 41 0/0 seulement des enfants nés de consanguins étaient vivants et en bonne santé au moment de leurs recherches. Les statistiques danoises donnent des résultats identiques.

5" Les statistiques dressées en Irlande ont prouvé que le degré de parenté avait une influence très grande sur le nombre des sourds-muets dans les ménages consanguins. Ces résultats sont confirmés par ceax obtenus en Danemark; 47 mariages consanguins qui ont donné naissance à 52 sourds-muets, figurant dans le tableau X, ont produit d'autres sourds-muets dont la répartition se fait de la manière suivante :

] mariage entre tante et neveu a produit 3 sourds-muets.

4 — — oncle et niôce — 11 —

26 — — cousins germains — 38 —

16 — — cousins au 2* degré — 20 —

De quelle manière agit la consanguinité ? Crée-t-elle la surdi-mutité de toutes pièces comme l'affirmaient Méniére et Boudin ? ou bien agit-elle en exaltant les tendances morbides qui se trouvent dans les familles ? Mygind ne croit pas pouvoir prendre parti dans un sens ou dans l'autre, Wilhelmi, sur 18 mariages ayant donné naissance à des sourds - muets, ne peut trouver que 2 fois «ne influence pathogène héréditaire. Mygge ne constate de tares chez les ascendants que 2 fois sur 15. Les statistiques de la clinique de Meyer, à Copenhague, montrent, la première, 5 fois sur 12 des tares chez les ascendants, et la deuxième

PATHOOiNIE 88

13 sur 28. Lemcke, faisant figurer l'alcoolisnie et la tuberculose parmi les dégénérescences des parents, trouve une Influence pathologique héréditaire dans 51 0/0 des cas. Enfin, Mygind n'a découvert ane cause héréditaire que dans un nombre restreint de cas.

Dans son rapport sur l'Institution des sourds-muets de rniinois, le D' Gilett cite les chiffres suivants : près de G 0/0 (110 sur 1886) des élèves admis à cette institution sont rapportés comme la descendance de parents ayant une origine consanguine.

Enfants de cousins germains 73

Enfants de cousins au 2* degré 17

Enfants de cousins au 3* degré 9

Entants de cousins au 4' degré U

EnTants de petiis-filsdepetits-cousins 1

Enfants d'oncle et de nièce 1

Ces 110 sourds-muets sont nés de 88 familles parmi

Tout récemment, MM. Ménière, Castes et Grossard, médecins de l'Inslitution Nationale des sourds- maels de Paris, ont publié (') les observations de 29 sourdsmuets nouvellement admis à l'Institution. Ils ont trouvé 4 foi.s l'action de la consanguinité. Voici ces 4 observations telles qu'elles sont résumées :

(') Bttllelin de laryngologie, otologie et rhinoîogie, 30 décembre 1899, p. £46.

8t SUBBI-H UTITË

Observation 11. — 14 ans, originaire de l'Yonne. Ses père et mère étaient cousins. Us ont eu 13 enfants virants : 7 garçons etSâlles. Un autregarçon et une Rllesont sourds-muets. Donc, 3 sourds-muets sur 13 entants. Pays d'origine montagneux et sec.

Examen. — Pas d'autres lésions visibles qu'un bouchon de cérumen.

Observation 12. — 13 ans, né dans la Somme. Devenu sourd à 6 ans, en même temps qu'appparaissent des engorgements ganglionnaires. L'enfant a encore parlé 2 ans après avoir perdu l'ouïe. Les parents étaient cousins issus de germains.

Examen. — Un peu d'adénoïdes.

Observation 19. — 6 ans, né Paris. Rougeole et adénopathie cervicale en 1895. A 3 frères et une sœur sans infirmités. Parenté des père et mère ; oncle et nièce.

Examen. — Pas de lésions ; & noter que cet enfant entend trèê bien, mais qu'il a de la difficulté & s'exprimer. Il semble surtout distrait. Son regard ne se fixe pas. Il est à espérer qu'on pourra ledémutiser.

Observation 28. — 7 ans, né dans l'Yonne. Sourd de naissance. Père et mère cousins. Ont eu 13 enfants dont 2 sourdsmuets, un garçon et une fille. Leur pays est montagneux, mais sec.

Examen. — Rien & noter.

Dans un cas (obs. 11), on ne nous dit pas si la surdimutité est congénitale ou acquise ; dans le deuxième cas (obs. 13), il s'agit d'une surdi-mutité acquise à 6 ans. Dans le troisième, il s'agit {obs. 28) d'une surdimutité congénitale. Le dernier sujet (obs. 19), issu d'oncle et de nièce, ne parait pas devoir être considéré comme sourd-muet ; cet enfant entend très bien, mais ne parle pas. Il s'agit très vraisemblablement d'un arriéré aphasique.

Bien que ce? observations soient incomplètes, elles

fournissent cependant quelques ren8eignem,ents très intéressants, deux surtout, l'observation 11 et l'observation 28 qui montrent la grande fécondité des mariages consanguins donnant naissance à des sourds-muets. Ce fait a déjà été signaté par les médecins danois. Ces observations nous font voir, en outre, plusieurs cas de surdi-mutité dans la même famille.

Dans son manuel d'otologie clinique, Ménière dit avoir trouvé des liens de parenté chez les parents de 23 sourds-muets sur 217 qui l'ont consulté {').

Dans le nombre total de 187 sonrds-muets que j'ai examinés, on en trouve 13 nés de 12 ménages consanguins. La surdi-mutité congénitale est représentée par 9 enfants nés de 8 ménages ; la surdi-matité acquise par 4 enfants nés dans 4 familles ; ce qui donne une moyenne générale de 7,17 0/0 ; mais si l'on envisage les surdi-mutités congénitales seules, on trouve une moyenne de 9 0/0 environ et seulement 4,4 0/0 si l'on établit cette moyenne pour les surdi-mutités acquises.

Voici les observations résumées de ces 13 cas :

SURDI-UQTITÉS C0NGÉN1TÀLB8

Observation 1. — Mère très nerveuse, sujette & des frayeurs irréfléchies. Le pdre et la mère sont cousins issus de germains. 4 autres (grossesses dont une fausse couche et 3 enfants vivants entendant et en bonne santé.

Observation 2. — Le mari est cousin germain du père de sa femme. Père Agô (&S ans), alcoolique. La mère a eu, d'un mariage antérieur, 6 autres enfants : 5 sont morts de mâningtle. Le sixième, une fllle, est très nerveuse.

(') MANIÈRE. — M«iu«l d'otologie clinique. Paris, 1898, p. B48.

86 BmiDI-MUTITÉ

Obsehvavion 3. — Les parents sont cousins germains. La roâre a parlé tard (4 ans et demi). 2 autres enfants morts de méningite.

Observatio.n 4. — Parenté éloignée. 1^ père et la mère étaient &gés de 43 et 12 ans & la naissance de cet enfant. 5 autres enfants beaucoup plus âgés, 1 est mort do la rougeole; les autres sont vivants, bien portants, entendent et parlent.

Observation 5. — Une fille. Parents Israélites, cousins germains, mère très nerveuse; 1 frère vivant bien portant. Cette sourde-muette a du strabisme.

Observation 6. — Parents cousins germains. On ne nous a signalé aucune tare personnelle ou héréditaire, t autre enfant mort de méningite.

Obseuvation 7. — Parents cousins germains ; on ne nous a signalé aucune tare. 9 autrcif grossesses. Les trois premiers enfants sont normaux, puis tous les autres ne viennent pas & terme, meurent jeunes ou sont sourds-muets. Deux filles sourdes-muettes.

Observation 8. — Parents cousins germains. l'ére boit un peu. 4 autres enfants, 2 morts de méningite.

Observation 9. — Les parents sont cousins germains. Rien à signaler. 3 autres enfants vivants, en bonne sauté.

surdi-mutités acquises

Observation 10. — Parents cousins germains. Mère irritable, battait son en(ant qui est devenue sourde & 1 an et demi à la suite d'angine. 1 autre enfant mort en bas-âge.

Observation U. ~ Parents cousins germains. Mère très nerveuse, a perdu son père d'hémorrafçie cérébrale. Cette enfant est devenue sourde à la suite d'une méningite à 2 ans. 7 autres grossesses : 1 fausse conche, 1 fille morte d'angine & 2 ans, 3 enfants morts de convulsions entre 4 et 5 mois. 1 seul enfant bien portant.

Observation 13. ^ Parents cousins germains. Père alcoolique. Mère très nerveuse. Cette enfant est devenue sourde à 1 an & la suite de convulsions. 5 autres enfants sont morts en bas âge.

Observation 13. — Parents cousins germains. Le père est alcoolique. Père et mère très nerveux. L'enfant est devenu sourd à 6 ans sens cause connue. Cet enCant est le seul de ce ménage.

Il y a lieu de remarquer, en premier lieu, que plusieurs de ces unions entre cousins ont produit un nombre élevé d'enfants parmi lesquels la mort a fait de grands ravages. Ce fait a été également observé par WUhelmi, par Lemcke et par Mygind.

On remarquera aussi, et cela me parait très important, que dans tous les cas de surdi-mutité congénitale, sauf trois, on constate chez les ascendants des signes de dégénérescence. Dans l'observation 6, où rien n'a été signalé chez les parents, un autre enfant, né de cette union, meurt de méningite. Dans l'observation 7, rien n'a été constaté; mais on voit des phénomènes anormaux se manifester dans la descendance. Les 3 aînés sont bien portants, puis tous les enfants qui sont engendrés ne viennent pas à terme, meurent jeunes ou sont sourds-muets. Il est permis de supposer qu'une cause est intervenue pour troubler ainsi la génération.

Dans les 4 cas de surdi-mutité acquise, on trouve toujours des signes de dégénérescence chez les parents; chezdeus de ces sourds-muets, du reste, la surdi-mutité reconnaît pour cause des convulsions. Chez tes 3 autres, la cause occasionnelle n'est pas très bien caractérisée.

Conclusions. — 1" La consanguinité des parents est certainement une cause étiologique importante de surdi-mutité chez les enfants. Son action se manifeste surtout dans les cas congénitaux, mais peut aussi se montrer dans les cas acquis.

2" La surdi-matité n'est pas la seule affection que peut produire la consanguinité. Les tares les plus diverses, sartont les affections du système nerveux, se rencontrent chez les descendants des consanguins. C'est généralement par l'intermédiaire de ces tares nerveuses, surtout par la prédisposition aux convulsions et à la méningite, que la consanguinité devient la cause des surdi-mutités acquises.

3* La consanguinité ne crée pas de toutes pièces la surdi-mutité ou les diverses dégénérescences ; elle se contente de prendre chez les ascendants les tares qu'elle y trouve pour les exalter, les multiplier, les porter au carré (Paul Bert) en suivant les règles générales de l'hérédité similaire et de l'hérédité dissemblable.

Si des signes de dégénérescence ne sont pas constatés, dans tous les cas, chez les parents consanguins qui ont donné le jour à des enfants sourds-muets, c'est qu'on n'a pas bien cherché ou que les intéressés euxmêmes ignoraient les défauts de leur famille.

Le médecin, consulté à cet égard, doit-il permettre ou interdire les mariages entre cousins? En principe, il doit les interdire; car malgré tout le soin qu'il pourra mettre à faire son enquête, il ne sera jamais sûr que rien ne lui échappe. Un mariage entre cousins germains est toujours chose dangereuse, car qui peut affirmer l'excellence de sa race ?

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