‹ La surdi-mutité; étude médicaleChapitre 6 sur 55 · IG · texte numérisé non relu

IG

iG.aa

15 01 13,79 1.^.49 12,71 12,70 11,80 ll.GO 11. (*l

blSTRIBimON DE lA SDRDMIUTITÈ 13

TA^X.E]A.-a III (Suite)

DËPAR1EMENTS

> Seine-et-Oise . .

1 Ain

' C6te^'0r

I Marne... ......

' Vaucluse

I Mayenne

Drôme

I Eure

I Indre-etrLotre .

. Sartho

I AvejTon

i Gironde

' Seine-et-Marne.

I Rhône

I Haule-Garooue.

Haute-Loire...

I Nord

I Gers

> Charenle-Inrérleure..

I Haute-Sa6ne

i Creuse

' Lot

i Alpes-Maritimes.

I Haul-Ilhin(irr.d.B.lf.rl)

I Seine-Inférieure ....

Tarn

I Ile-et-Vilaine

I Aube

Cliarente

I Seine

• Lozôrc

' Loiret...

; Hérault...

' Hautes-Pyrénées....

I Bouches-du-Rhâne. .

Dordogue

I Morbinaa

l Deus-SôvreB

i Landes

< Pyrénées-Orientales.

i Lot-et-Garonne

' Finistère

Mojenne

d'ordre

10,OOOtiMiift

oUttnai oD-Nimier

iri

Hoysnns

de

sourds- mac II

iy.5i

io;39

14 SURDI-UCTITÊ

Or, ces enfants sont fréquemment porteurs de dégénérescences qu'ils transmetlent à leurs descendants. Une race névropathique a été créée ainsi. J'ai pu m'en rendre compte moi-même dans un séjour récent que j'ai fait dans le Morvan, où il n'existe pour ainsi dire pas de familles de paj'sans qui n'aient en garde des enfants de l'Assistance publique.

On peut voir aussi dans le tableau III combien la répartition de la surdi-mutité est inégale et irrégulière; les moyennes varient de 20,36 à 2,27. 11 est difficile d'établir une règle génémle pour expliquer cette distribution. Cependant, on ne peut s'empêcher de constater que la région alpine fournit le plus fort pourcentage.

D'Aguano, dans une étude récente {'), nous montre aussi que la surdi-mutité est répartie d'une manière inégale dans les diverses régions de l'Italie. Voici quelles sont les conclusions de son travail : » L'Italie paraît être un des pays où les cas de surdi-mutité sont le moins nombreux. En outre, le pourcentage subit une diminution notable et presque constante. La répartition, dans les différentes régions de la péninsule, est très irrégulière ; c'est la contrée alpine qui en fournit 1(! plus. »

Dans le tableau I, on ne voit figurer aucune statistique relative à la Russie. Il n'existait en effet aucun document sur ce sujet au moment où Mygind a fait son étude. Depuis cette époque, cette lacune a été

0) D'Aguano. — Essai sur )a distribulion géograptiique de la surdi-mutitô en Italie. Bollet. délie malat. dell. oreeckio, n.' i,

blSTRIBUTION DE LA SURDI-MDTITÉ l5

comblée en partie et Tchlénov (') vient de nous apporter quelques documents sur cette question. Le nombre des sourds-muets est extrêmement considérable en Russie; la statistique y étant rudiinentaire, on ne saurait donner que des chiffres approximatifs. En se basant sur les données d'un certain nombre de gouvernements et sur les statistiques des conseils de revision on arrive au chiffre de 200.000 qui est un minimum. La proportion est d'autant plus forte que la contrée est plus pauvre, plus déserte, qu'il y a plus de peuplades indigènes qui vivent isolées, où les mariages consanguins sont fréquents.

L'éducation des sourds-muets, en Russie, est très incomplète. Sur 40.000 en âge scolaire, il n'y a que 1.014 enfants dansles écoles spéciales.

Quelles que soient les statistiques qu'on examine, un fait se dégage d'une manière à peu près constante, c'est que relativement au chiffre de la population, le nombre des sourds-muets augmente dans les régions montagneuses. Jly a bien quelques exceptions; en particulier, certaines parties des Pyrénées et quelques cantons de la Suisse (Saint-Gall, AppenzeU) comptent peu de sourds-muets, tandis que les terres basses de la Poméranie, du duché de Posen, de la Somme et du Pas-de-Calais en comptent un grand nombre; mais on ne peut contester ce fait au point de vue général.

On a émis plusieurs hypothèses pour expliquer celte

<■) Tchlénov. — Les sourds-muets et leur éducalion en Russie.

l6 SURDI-HEITITÈ

répartition irrégulière de la surdi-mutité. Escherich, Mayr. Bircher ont prétendu que la cause se trouve dans la composition géologique du sol et que les terrains d'ancienne formation sont peuplés d"un plus grand nombre de sourds-muets que ceux de formation récente. D'autres auteurs, Gellé, Lacassagne, Boudin, Morache, attribuent une action prépondérante au froid qui, plus vif dans les montagnes, y occasionnerait des affections fréquentes de l'oreille, lesquelles entraîneraient la surdité et la surdi-mutité. Lent, Bircher ont incriminé les " eaux potables, établissant une analogie entre la surdimutité et le goitre et le crétinisme qui, dans certaines régions, sont dues, selon toute probabilité, à l'action de certaines sources.

Schmaltz (') a trombattu ces théories d'une manière très énergique. Après une enquête minutieuse, il est arrivé à cette conclusion que le sol, le climat et autres conditions géologiques et telluriques n'ont aucune action sur la production de la surdi-mutité. Lemclie se range aussi à la même opinion. Nimier, comme conclusion de son étude sur la répartition de la surdimutité en France, attribue surtout une influence aux conditions individuelles de race plutôt qu'aux conditions climatériques des montagnes ou du bord de la mer. D'Aguano essaye d'accorder tout le monde et dit que l'altitude, la nature des eaux et du sol ont une influence sur la production des cas congénitaux, tandis

(1) Schmaltz. — Les sourds-muets dans le royaume de Saxe. Leipiig, 1884.

bISTRiBUTION DE LA aCRDi-UtTTITÉ lî"

que les endémies et tes épidémies, plus fréquentes dans les villes, en auraient une sur l'apparition des cas acquis.

Il n'est guère possible d'attribuer une action importante au climat ou à la conliguration du sol. Il fait aussi froid dans la Suéde, la Norvège ou la Finlande que dans les montagnes de Suisse, et cependant la surdi-mutité y est relativement rare. De même des contrées, ayant des coefficients de sourds-muets bien différents, ont la même composition géologique. Mais l'action de certaines eaux peut 6tre défendue à l'aide d'arguments assez puissants. Il est de fait que quelques régions où abondent les goitreux et les crétins sont aussi très peuplées de sourds-muets. On verra plus loin que la surdi-mutité a des liens étroits de parenté avec le goitre, le crétinisme et les autres di'générescences nerveuses qui se rencontrent dans les mêmes familles, chacune d'elle pouvant, par transmission héréditaire, produire toutes les autres. Or, il est à peu près établi maintenant que le goitre et le crétinisme reconnaissent pour cause étiologique l'usage de Teau de certaines sources. Klebs aurait même découvert dans ces eaux un microbe qui, inoculé à un chien, aurait provoqué du goitre. Bircher attribue aussi le goitre et le crétinisme à l'action d'un microoi^anisrae qu'on trouverait dans le sol et qui souillerait les eaux des sources. A cesai^uments, Schmaltz etLemcIierépondentque l'usage d'eaux impures crée de mauvaises conditions hygiéniques qui entraînent après elles toute la série des

i9 SDRDI-MTTnT^

dégénérescences, que ce n'est pas seulement dans leâ montagnes qu'on trouve cette action, mais aussi dans les cités ouvrières ou dans le voisinage des grands centres industriels. Mygind est d'avis que quelques conditions pathologiques que nous étudierons plus loin, telles que la consanguinité, la misère, certaines tares névropathiques se rencontrent plus fréquemment chez les habitants des régions montagneuses. La pathogénie de la surdi-mutité serait partout la même. Cette théorie est très séduisante ; elle offre le grand avantage d'unifier les causes de cette affection ; mais il me semble qu'on ne peut enlever toute action à Tusage de certaines eaux potables, surtout si l'on admet que le goitre et le crétinisme sont produits par elles.

Sexe. — Le tableau I nous montre que la surdimutité est beaucoup plus fréquente dans le sexe masculin que dans le sexe féminin. C'est là un fait général qui ne comporte aucune exception. Au 30 octobre dernier, l'Institut d'Asnières comptait 120 garçons et 80 filles. Une statistique anglaise que nous trouvons dans le livre de Kerr Love ('), sur la surdi-mutité, et portant sur un certain nombre d'institutions du Royaume-Uni, relève 1.038 garçons pour 831 filles; Neuert (') a trouvé dans les institutions du grand Duché de Bade 965 garçons pour 717 filles seulement ; une

(I) Kerh Lovï. — Deaf-mutism. Manchester, 1806. (*) Neuert. — La surdi-mutilé dans le grand Uucbé de Bade. Karlsnihe, 189$.

DISTRIBCnON DK LA. SmiDI-HUTTIÉ lU

statistique récente (') des soards-maets de rAllemagne arrive i des conclusions identiques.

Ce fait est d'autant plus surprenant que, dans tous les pays, sauf peut-^tre en Italie, le nombre des représentants do sexe féminin est plus grand que celui des représentants du sexe masculin. Plusieurs hypothèses ont été admises pour expliquer ce fait; nous aurons l'occasion d'y revenir pour les discuter.

SURDI-MDTITÉ CONOÉNfrALE, SURDI-MUTITÊ ACQUISE. —

n est souvent difficile de recueillir des renseignements suffisants pour affirmer qu'un cas de surdi-mutité est congénital ou acquis. Tantôt les parents ne se sont aperçus de l'infirmité de leur enfant que parce que ce demier,ayant atteint l'âge de deux ou trois ans, ne parlait pas. Tantôt, le nouveau-né a été envoyé en nourrice à la campagne, et, lorsqu'on est allé le chercher, au boutde deux ou trois ans, ona constaté qu'il était sourd. Malgré toutes ces difficultés, je crois avoir pu résoudre cette question pour 178 des enfants que j'ai examinés. Pour 9 seulement, la nature de la surdi-mutité n'a pu être établie. Voici comment se répartissent ces cas.

CongjniUlM. lequiHs. lixUUniuiite.

Guçoni 47 &3 5

FîUm 41 37 4

Le nombre des surdi-mutités congénitales est à

peu près le même que celui des surdités acquises.

O RuKtHaEi. — StfttiatJcheNacIirichtenueberdiaTaubstuinineU' Anatalten Doutscbliods und deren Lehrkr&rte pro 1900. Posen.

Les auteurs qui ont fait des recherches dans le même sens ont obtenu des résultats qui, non seulement ne concordent pas avec ceux-ci, mais diffèrent beaucoup entre eux.

Voici ïe résumé de quelques statistiques :

Pija. Congénitaux. Acquit. IncBrlaim.

Irlande, 1881 3.093 753 .

PruBBe,1880 9.469 7.196 11.130

France,187fi 16.137 5.268 .

Etats-Unia, 1880 12.155 10.318 11.405

Ecosse. 1881 1 .078 1 .068 »

Norvège, 1886 933 885 8

Danemark, iS79-m Si6 208 119

Wurtenberg, 1881 117 111 »

Norvège, 1886 132 204 »

Mecklenbourg-Schwerin, 1886 .217 266 33

Duché de Btâe, 1896 71ti 756

InsUtut d'AenièreB 1900 88 90 9

Les proportions des deux variétés de surdi-mutité présentent des différences considérables suivant que les statistiques ont été faites par voie de recensement, comme par exemple, en France, en 1876, ou suivant qu'elles ont été établies dans les instituts de sourdsmuets, à la suite d"examens et d'Interrogatoires minutieux. Dans le premier cas, on trouve un très grand nombre de surdi-mutités congénitales, dans le second, ce sont presque toujours les cas acquis qui sont en majorité. Cela tient à deux causes ; en premier lieu, les feuilles de recensement ne sont pas toujours comprises de ceux qui doivent les remplir, lesquels, en outre, n'ajoutent aucune impoitance aux questions posées et répondent au hasard. En deuxième lieu, lorsqu'on interroge les parents des sourds-muets, on peut leur poser des questions méthodiques, les

DISTRIBirnON DE LA SORDI-innlTÈ 21

mettre sur la voie, leur demander surtoufc si l'enfant, dans les premiers mois, ne se détournait pas lorsqu'on faisait du bruit. Beaucoup de personnes, en effet, ignorent que la surdité estle fait caractéristique de la surdimutité, et concluent, de ce qu'un enfant n'a jamais parié, qu'il est sourd-muet de naissance. Il en résulte que c'est aux statistiques dressées dans les institutions de sourds-muets et à celles qui tendent à augmenter le nombre des surdités acquises qu'il faut surtout ajouter foi.

Ou peut admettre que les surdi-mutités acquises figurent pour 52 à 60 0/0 du chiffre total des cas. C'est cette moyenne approximative que j'ai obtenue à l'Institut d'Asnières- Cependant, quelques circonstances peuvent se produire qui modifieront cette proportion. ■ Les causes occasionnelles des surdi-mutités acquises, parfois épidémiques, sévissent avec plus d'intensité à certains moments ou dans certaines régions et augmentent les cas de cette catégorie, tandis qu'il n'y a aucun changement pour les surdi-mutités congénitales, dont les causes, ainsi qu'on le verra plus loin, tiennent à des dégénérescences héréditaires.

Si l'on cherciie dans quelles proportions les deux sexes sont atteints de l'une ou de l'autre forme de surdi-mutité, on voit que le nombre des cas acquis est beaucoup plus considérable dans le sexe masculin. Ainsi, nous avons trouvé 47 garçons et 41 filles atteints de surdi-mulité congénitale, soit pour 100 garçons une moyenne de 87 filles. Au contraire dans le groupe des

asi BtTRni-mn'iTÉ

sardi-muti^s acquises, on constate 53 garçons et 37 filles, soit pour 100 garçons une moyenne de 69 filles seulement ; Neuert a trouvé 399 garçons et 317 filles dans le premier groupe et 435 garçons et 321 filles dans le deuxième.'

Les statistiques publiées sur ce sujet nous montrent que ce fait est général et que c'est surtout aux surdimutités acquises qu'on doit le plus grand nombre de cas constatés dans le sexe masculin. Les surdi-mutités congénitales sont à peu près en nombre égal- dans les deux sexes.

Pourquoi, dans la première enfance, les garçons sont-ils, plus que les filles, prédisposés aux affections graves de l'ouïe? Mygind (') dit simplement que l'organe auditif féminin est plas résistant. Cette explication ne fait que reculer la question qui reste entière. Pourquoi est-il plus résistant? On sait que l'organisme féminin, dans son ensemble, acquiert son complet développement plus rapidement que l'oi^anisme masculin ; ne peut-on pas émettre l'hypothèse que l'appareil de l'ouïe est aussi plus vite développé et par suite devient plus rapidement résistant aux causes pathogènes ?

Si l'on consulte les tables de mortalité du bulletin statistique de la ville de Paris, on constate que les décès d'enfants du sexe féminin sont plus nombreux que ceux du sexe masculin, dans la première année,

DISTMBimoïI DB Lk SURDI-MUTITÉ 93

taudis que de 1 à 4 ans, c'est le contraire qu'on observe, les morts de garçons atteignent un chiffre plus élevé. Gela indique, pour le sexe masculin, dans cette deuxième période, une morbidité plus grande ou une résistance moindre aux maladies. Or, on verra, dans -le cours de cet ouvrage que c'est pendant les deuxième et troisième années, et sous l'influeuce des maladies banales de l'enfance, que se produisent les surdimutités acquises.

Influence de la race et des reugions. — Certains auteurs, Kramer, Liebieich, Hartmann, affirment que les sourds-muets sont proportionnellement quatre fois plus nombreux parmi les Israélites que parmi les protestants et les catholiques. D'après Boudin, il y aurait à Berlin 3,1 sourds-muets pour 10.000 catholiques, 6 pour 10.000 protestants et 27 pour lO.OOO juifs. D'autres auteurs ont trouvé des chiffres bien moins élevés. Schmaltz, en particulier, dit que les sourdsmuets Israélites sont très rares dans la Saxe. Nous n'avons trouvé dans notre statistique que 4 enfants d'origine Israélite. Ce chiffre de 4 sur 187 est bien peu élevé et ne permet pas de voir une prédispositon innée de la race juive pour cette affection. Nous n'avons constaté, non plus, aucune proportion anormale pour les enfants de la religion protestante. Il faut admettre que la race ou la religion n'ont pas grande importance ; ce qu'on doit surtout considérer, ce sont les conditions hygiéniques et sociales dans lesquelles vivent ces diffé-

rent3 groupes d'êtres humains. Au moment où Kramer et Liebreich faisaient leurs statistiques, les juifs allemands étalent relégués dans des ghettos ou ils vivaient misérablement. Il en est encore de m^me en Russie; aussi Tcblénov nous signale un très grand nombre de sourds-muets -parmi les Israélites russes. A mesure que l'état social s'améliore, la surdi-mutité subit une décroissance parallèle. A Paris, par exemple, il n'y a aucune différence dans le mode de vie des juifs, des protestants ou des catholiques, pris dans leur ensemble, de même, la surdi-mutité ne se constate pas avec une fréquence plus grande chez les uns ou chez les autres.

Nègres. — Il résulterait de quelques statistiques américaines que la surdi-mutité est assez rare dans la race nègre. Mais cette opinion n'est donnée que sous réserves, car d'autres statistiques américaines plus anciennes nous montrent une grande fréquence de la surdi-mutité chez les esclaves qui se mariaient sans souci de la consanguinité.

Page 1