AUDE
marqua que la tendance au soulèvement se manifestait plus tôt (dès 30 à 40 millimètres Hg), ce qui était à prévoir, la surface postérieure de ce petit lambeau accidentel grandissant en même temps que la corde.
Pour des plaies de 10 millimètres et de 10 mm. 5 de long, le maximum de pression dont il pouvait disposer provoquait un écartement des lèvres profondes de 1 mm. 5.
Au cours de tous ces essais, l’auteur constata la fréquence des prolapsus.
Plaies à la lance. — Cette seconde série d'expériences donna les résultats très intéressants qui suivent :
Une plaie faite à la lance dans le plan de base de la cornée pouvait aller jusqu’à une longueur de 7 millimètres, sans qu une pression de 80 millimètres de mercure (le double de la tension normale) provoquât la moindre trace de bâillement, ni par rétraction ni par soulèvement. Ceci correspond très exactement avec ce que nous avons vu (p. 97); il n'y a pas encore de surface libre du lambeau en rapport avec le contenu de l'œil.
Quand la pression augmentait, vers 90 millimètres Hg, un écartement des lèvres superficielles commençait à se produire, il était dû au glissement des deux tranches l’une sur l’autre ; à 100 millimètres, ce glissement était tel que presque toute la tranche était à découvert, mais même 120 millimètres de mercure n'arrivèrent pas à ouvrir le globe; le liquide que pouvait contemr la chambre antérieure ne s’écoulait pas.
Si la section est agrandie à 9 mm. 5 ou 10 millimètres, une pression de 25 mm, Hg fait commencer le glissement, qui augmente jusqu’à 125 millimètres ; Weber ne constata pas encore de soulèvement en « couverele », mais liris tendait à s'engager dans la plaie, ce qui semble cependant prouver qu’il devait s’en produire un peu.
À 11 millimètres de longueur de plaie, 40 millimètres de mercure font déjà bâiller l'œil.
Grands lambeaux au couteau. — Le grand lambeau comprenant la demi-circonférence de la cornée était le siège d'un glissement dès la moindre pression; 10 millimètres de mercure commencent à le soulever, et à 50-60 millimètres le lambeau se renverse en avant, et l’œil se vide.
Weber ajoute que dès que la zonule est rompue les conditions changent tout à fait ; le vitré s'écoule à la moindre augmentation de pression, jusqu’à équilibre, et quelle que soit la section.
Nous pouvons conclure qu'au point de vue de la coaptation, les plaies planes de petites dimensions, et faites à la lance, donnent un maximum de sécurité, et sont, pour ainsi dire, parfaites tant qu'elles ne dépassent pas 1/4 de la cornée.
(Une section linéaire de la même longueur serait impossible à faire à la lance en un point aussi périphérique ; faite au couteau, elle n’intéresserait pas la chambre antérieure.)
Jusqu'à 1/3 de la cornée, le lambeau, qui maintenant comporte une surface libre, tend à se soulever, mais ne s'ouvre pas encore ; les deux tranches glissent l’une sur l’autre.
Au-dessus de 1/3 de la cornée, le lambeau se soulève au moindre excès de pression.
Les plaies linéaires, quelle que soit leur longueur, s’écartent toujours par suite de la tension de la surface du globe ; cet écartement augmente avec l'accroissement de la pression intra-oculaire, et une plaie linéaire, même petite, permet à l'œil de s'ouvrir.
N'ayant pas en vue l'étude de la tension oculaire, nous ne nous étendrons pas sur les causes qui peuvent la faire varier; disons un mot seulement de l’action des museles : leur contraction simultanée, avant tout, comprime le globe, les uns tirant celui-ci en arrière, les autres en avant ; mais l’action isolée du droit supérieur, ou l’ensemble des efforts qui tendent à faire fuir l'œil sous la paupière, d’une part, de l’autre le tiraillement de la
pince à fixer qui s’y oppose, donnent un effet un peu différent,
qui peut écarter les lèvres d’une plaie, surtout linéaire. Toutes les circonstances qui provoqueront chez le malade des mouvements de défense seront done de nature à favoriser les prolapsus, de l'iris ou du vitré; ce sont les manipulations trop brusques des instruments, les-blessures de l'iris, et surtout la présence du blépharostat, que M. Landolt, en particulier, enlève toujours le plus tôt possible.
En ce sens, l'opération par en bas devait être plus aisée, surtout à une période où la cocaïne n’était pas connue ; les avantages que donne le recouvrement de la plaie par la paupière supérieure, tant pour la défendre contre l'infection venue par la fente palpébrale, que pour maintenir encore les tranches en contact, sont tels cependant, que l'opération par en bas ne doit plus avoir que de rares indications. NÉLATON (1), dans sa thèse d'agrégation, écrite à une époque où le lambeau supérieur commençait à apparaitre, prévoit déjà le rang important que celui-ci devait occuper un Jour.
Que la nettelé de la section ait une importance considérable au point de vue de la coaptation et des enclavements, il est à
peine besoin de le dire.
DAVIEL, à qui on reprochait l'irrégularité d’une plaie faite aux
ciseaux, parle des « vesçies remplies par une partie de l'humeur aqueuse » qui peuvent se former au niveau d’un angle.
Desmarres fils explique qu'une plaie faite par des mouvevements de scie « présente alternativement une série de petits angles saillants et rentrants, qui ne se correspondent pas, et qu, augmentés de volume par le gonflement inflammatoire, ne pourront pas s’enchevêtrer les uns dans les autres. Une telle plaie présentera une grande chance de suppuration, dans tous les cas elle se réunira difficilement. »
Borry (2), dans sa thèse, recommande, au chapitre de la pro-
(1) NÉLATON père, Thèse d’agrégation, Paris.
(2) Borry, loc. cit., p. 133.
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phylaxie de l'enclavement irien, de tailler autant que possible un lambeau sans encoches, sans changement de plan.
Enfin on connait les graves enclavements qui se produisaient,
Fi. 25. — Incision d'après de Græfe, avec iridectomie. La coupe intéresse la plaie près d'un de ses angles.
d’une façon à peu près constante (75 fois sur 100, d'après O. Becker), au niveau des angles des plaies de Græle; la préparation représentée figure 25 est celle d’un œil humain que nous
avons opéré d’après ce procédé, et coupé normalement à la sec-
tion; la toilette de la plaie est difficile à ce niveau et sa coapltation irrégulière.
Il y aurait bien d’autres choses à dire sur ces sujets qui sortent un peu trop de notre plan; nous devons nous borner là; aussi bien y revenons-nous encore au paragraphe de la cicatri-
sation.