‹ La surintendanteChapitre 11 sur 13 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

ti.

Raymond perdait Suzanne au vestiaire. Elle s'esquivait seule, montait dans un fiacre, dont la mise en marche la jelait légèrement en arrière : alors elle achevait de se renverser, avec une plainte, les yeux fermés, suffoquant, comme si la dilatation du cœur prenait toute la place dans sa poitrine.

Depuis qu'Emile et Fernande lui étaient allés et venus devant les yeux, elle étouffait ainsi. L'effort accompli pour figurer dans le défilé grotesque lui procurait une trêve ; mais aussitôt cette artificielle folie déposée, elle portait douloureusement la main à son cœur, elle étouffait.

Elle ne raisonnait point ; elle n'avait pas induit que les deux enfants s'aimaient, et elle attachait une valeur à peu près nulle à la confirmation donnée par Raymond Vernet de Bueil, au hasard d'une causerie de cotillon : la certitude lui était imposée par l'intuition, plus puissante en évidence qu'un syllogisme, plus officielle qu'une annonce de mariage. Elle avait vu, et elle s'était mise à souffrir immédiatement. Elle ne s'analysait point : l'automatisme de son esprit observateur la requérait bien à plusieurs reprises ; mais chaque fois elle objec-

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tait muettement et sans réplique : c Je sais. . . Inutile d 'insisler. i L'antorité de la Yolition sur l'intelligence était si absolue, que la cause même de sa souffrance n'avait pas été formulée par cette simple affirmation : c Ils s'aiment. » Elle réduisait ainsi sa haute douleur sentimentale à quelque chose d'uniquement brut et sensationnel : outre la suffocation, une ardeur à l'estomac, une fièvre à la bouche, la compression des tempes entre un pouce et un index d'acier, tendant à se fermer comme un compas.

Elle monta son escalier, haletante, les dents serrées •et la bouche pincée avec une obstination de ne pas s'adressera elle-même la parole. En haut,. elle poussa deux grands soupirs, hésita sans motif, pois ouvrit la porte, etalla droit à sa chambre, ouille se traita comme pour une simple indisposition.

L'aube l'irrita ; elle dénoua les embrasses des rideaux, puis voulut allumer une bougie; mais comme elle n'avait pas cherché les allumettes avant de faire la nuit, elle dut tâtonner longtemps. A la fin, elle souleva le rideau, impatientée, et trouva la boite sous sa main : elle haussa les épaules.

Elle se coucha, les yeux ouverts sur le vide, articulant parfois un : « oii ! » d'une voix très basse, dans un .soupir. Elle fit effort pour vouloir, souffla la bougie, se tourna contre le mur; mais elle fut prise d'un tremblement nerveux. Elle se retourna, d'un mouvement ^peureusement vif, ralluma, regarda fixement la flamme avec une vague intention de se stupéfier. Son épiderine s'apaisait, frôlé parfois encore de bouffées chaudes, qu'accompagnait toujours l'engouffrement en ses oreilles de bouffées musicales, orchestrées, valsantes.

Puis ce fut un de ces sommeils profonds où l'on s'abîme de tout son cœur, les bras cramponnés au traversin, avec un geste d'instinct qui voudrait se cram-

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