‹ La suspension dans le traitement des fracturesChapitre 26 sur 65 · FRACTURES DE CUISSE · texte numérisé non relu

FRACTURES DE CUISSE

L’appareillage des fractures du fémur, quelles que soient d’ailleurs leurs variétés, doit s’inspirer d’uue façon générale des deux considérations anatomiques suivantes :

1» Le fémur n’esl pas un os rectiligne, mais présente une courbe à convexité antérieure. — Supposons Los fracturé à sa partie moyenne : une traction sur la jambe en rectitude amènera sans doute la réduction des fragments, mais ceux-ci étant incur-^ vés feront un angle à sinus antérieur. Il y a donc lieu d’exercer la traction suivant l’axe prolongé de la courbure normale du fémur : aussi, faut-il toujours placer la jambe en légère flexion sur la cuisse. Cette position amène en outre, le relâchement des jumeaux et des muscles postérieurs de la cuisse. ,

2» Le membre inférieur en position normale de repos se place en abduction légère avec rotation externe. — Il suffit de regarder un sujet endormi par exemple couché sur le dos, pour vérifier le fait. Il faut donc s’efforcer de rendre au membre cette position normale,'en plaçant, contrairement aux idées classiques,' le pied en rotation externe. On agit de la sorte sur lé fragment inférieur et on évite ainsi un décalage axial, toujours possible, le fragment supérieur se plaçant le plus souvent en rotation externe, Si, dans l’avenir, il persiste une limitation dans l’amplitude des mouvements de rotation du membre, la marcbe sera plus aisée, on le conçoit, avec un pied en rotation externe qu’avec un pied en rotation interne, ou en position intermédiaire.

Le plus souvent, le fragment supérieur se place en flexion sur le bassin et en abduction avec rotation externe, à des degrés essentiellement variables, suivant le siège et la variété de la fracture.

Pour mettre, par conséquent, les fragments convenablement, dans le prolongement l’un de l’autre, la cuisse doit être fléchie sur le bassin, en abduction avec rotation externe; cette position relâche en outre le quadriceps fémoral.

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En résumé, dans toute fracture de cuisse, la position à donner au membre est la suivante :

Flexion de la cuisse 'sur le bassin.

Flexion de la jambe sur la cuisse,

Abduction du membre,

Pied en flexion et rotation externe.

On y parvient facilement avec les différentes attelles précédemment décrites.

Il y a lieu de voir maintenant, en détail, l’appareillage inhérent à l’emploi de,chacune d’elles.

APPAREILLAGE DES FRACTURES DE CUISSE 1 " Attelle de Thomas

.4. Méthode de Sinclair. —Prenons le blessé tel qu’il se présente, dans une gouttière, dans un plâtre de transport ou dans tout autre appareil. " , ^

On commence par libéj'er le membre, et l’on s’assure du siège de la fracture. On consulte les radiographies ou les calques déjà faits ; on enlève le pansement pour juger de la plaie et de la place utilisable pour le collage des bandes, puis on la recouvre avec quelques compresses stérilisées maintenues par une bande, pour la durée de l’appareillage.

. Si l’on dispose de la série des appareils de Thomas signalée plus haut, on mesure la circonférence de la cuisse à sa racine, de façon à utiliser une attelle du numéro correspondant. Sinon on se contentera de mesurer'la distance du pubis à la face interne du genou, du côté sain, et de la reporter sur la tige la plus courte de l’attelle (tige interne).

A ce niveau, l’attelle est courbée à un angle de 150 à 160° très facilement sous une barre de lit ou dans une porte. Il faut bien se rappeler que la tige la plus longue doit être externe ; autrement on s’expose à fléchir l’attelle dans le mauvais sens, comme si elle devait servir au côté opposé. Le cuir de l’anneau (s’il y a lieu) est passé au savon liquide pour l’assouplir et en même temps pour faciliter le glissement sur la peau.

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On procède alors à la mise en place de l’attelle.

On a beaucoup reproché à l’attelle de Thomas son anneau fermé, qui oblige à la passer par le pied et la jambe. Or, c’est grâce à cet anneau complet qu’elle est à la fois simple, interchangeable et d’une rigidité absolue. En réalité, sa mise en place n’est pas plus douloureuse qu’avec les autres appareils, à condition de procéder de la façon suivante ; un aide maintient à deux mains la jambe et le fragment inférieur ; un second, le fragment supérieur ; un troisième, le pied en exerçant une traction. L’attelle est alors saisie verticalement, l’anneau en bas ; le pied est coiffé avec l’anneau jusqu’à la face antérieure du coup de pied ; à ce moment, l'attelle est rabattue horizontalement et poussée vers la racine'du membre,. Pendant cette manœuvre les mains de cbai[ue aide se sont effacées l’ime après l’autre devant l’anneau, pour reprendre

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leur places, sitôt, après son passage. De suite, trois lacs sont placés : un au niveau de la fracture et fortement tendu; un second à la racine du membre et un troisième à la cheville pour soutenir la jambe (fig. 72).' II suffit alors d’un seul aide pour maintenir l’attelle et le pied. Les lacs les plus pratiques sont des bandes de toile de 0 m. 08 de large (voir page 30). On les fixe avec des pinces ou des épingles.

11 est ensuite procédé au collage des bandes de traction.

Le piedr la jambe et la partie disponible de la cuisse, sont préparées comme nous l’avons dit. Il faut éviter, autant que possible, l’interposition de l’articulation du genou dans la traction sur le fragment inférieur, pouvant entraîner une distension ligamenteuse. Deux bandes de finétte croisée de 0 m. 08 de largeur et de 1 m. 30 de longueur sont collées (côté plucbeux contre la peau) au moyen de la colle de Sinclair, l’une externe, l’autre interne, et maintenues avec quelques tours de bandes de gaze- (fig. 73).

Sur le pied, on pose une semelle de Sinclair (voir page 73).- Cette semelle a pour but d’ajouter une nouvelle'traction à la précédente, d’éviter la chute du pied et de placer le pied, et par conséquent le fragment inférieur, en rotation externe.

Lorsque le tout est sec, au bout d’un quart d’heure environ, on fixe les rubans de traction. Au préalable, on adapte au bout de l’attelle un support en fer rond de 0 m. 003 (fig. 74) pour servir de point d’attache aux bandes de traction de la jambe. C’est un U droit avec deux branches horizontales pour permettre de le fixer au moyen de cordons sur la partie terminale des tiges de l’attelle (fig. '74, A et B).

Ses dimensions sont les suivantes : langeur O ra. 12, hauleur 0 m. IS, longueur dos branches horizontales 0 m. 10.

La cheville est saisie par un aide qui tire fortement sur la jambe, tout en s’assurant que l’anneau de l’attelle est bien en contact avec la région ischio-pubiepne. Les deux bandes de traction de la jambe, qui passent sur les bords latéraux de la semelle dans la partie sous-jaceiite à la traverse en fer, sont fortement tendues et attachées sur le support comme le montrent les figures 75 et 70. Il faut en effet pour obtenir une bonne traction con-

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Fig. 73. — Un pansement sommaire est appliqué sur la plaie. Deux bandes de traction G et G' sont collées et maintenues par une bande.

tinue, passer trois fois les lacs d’extension autour des branches verticales du support et nouer sur les jets croisés intermédiaires.

Les deux lacs de traction de la semelle, fixés aux extrémités de la traverse en fer qui repose sur les branches de l’attelle, sont attachés à l’encoche de l’extrémité inférieure de l’appareil (Poulie mode d'attache voir page 37 et fig. 19 et 20).

La traction exercée sur le pied doit être inférieure ou égale à celle exercée sur la jambe. D’ailleurs il est facile de modifier l’une ou l’autre, suivant les cas et les indications fournies par le blessé (fig. 77 et 78).

Il reste à compléter la série des hamacs. Leur tension doit être simplement suffisante pour bien supporter le membre ; autrement, on modifie la position des fragments réglée par le lac précédemment placé au niveau de fracture.

On doit autant que possible les disposer de façon à faire correspondre le bord d’un lac à chaque extrémité de la plaie ; les fragments se trouvent ainsi soutenus lorsque les lacs intermédiaires sont enlevés pour les pansements.

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Pour parachever l’immobilisation, le membre est calé par deux rouleaux de coton, de la cheville au haut de la cuisse (fig. 79).

Façon de fixer les bandes de traction au support.

Fig. 75. — Les chefs G, G' sont croisés ; une première fois en avant du support, puis une seconde, en arrière.

Fig. 76. — Les deux chefs G, G' sont ramenés en avant, et croisés de façon à permettre au chef G' d’embrasser dans une boucle tous les jets passés entre les branches verticales du support. Ils sont ensuite noués.

Mais il est surtout essentiel d’immobiliser le genou en le solidarisant à l'attelle. Pour cela, on place au-dessus et au-dessous de la région rotulienne deux épais tampons de coton, maintenus par une bande roulée en même temps autour de l’attelle (fig. 80).

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En dernier lieu, l'appareil est suspendu, et le blessé disposé comme il convient.

Quatre cordes sont attachées, deux à l’extrémité supérieure des tiges, près de l’anneau, deux à l’extrémité inférieure. Ces cordes montent verticalement se réfléchir sur les poulies de la barre longitudinale du cadre, placée obliquement suivant l’abduction à donner au membre. Ces cordes sont ramenées sur d’autres poulies au pied ou à la tète du lit, et reçoivent chacune, un poids de 2 kilo

Fig. 78. — Détail du pied. — Les cordons H, H' sont fixés à l’encoche de l’attelle. Noter que la traverse en fer de la semelle repose sur les tiges latérales de l’attelle. Les bandes de traction G, G' croisent la semelle, au-dessous de la même traverse.

On peut, si l’on veut, ne suspendre l’attelle qu’avec deux cordes, en réunissant les deux tiges en haut et en bas, par une corde de 0 m. 50 de laquelle part alors la corde de suspension. Avec cette façon de faire, on observe parfois une rotation de l’attelle et un moins bon équilibre.

On incline enfin le lit en surélevant le pied de 0 m. 30 a 0 m. 35. Après avoir couché le blessé bien à plat, on le descend avec le matelas, de façon à ménager un espace libre suffisant à la tête du lit, puis l’on fixe avec un lien, l’extrémité de l’attelle à la barre transversale du cadre du pied du lit placée à hauteur voulue pour obtenir une flexion suffisante de la cuisse sur le bas-

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sin (fig. 82,B et G). C’est en fixant l’attelle plusoùmoins en dehors, que l’abduction sera plus ou moins marquée. La barre longitudinale d’en haut doit être autant que possible parallèle au membre

.qu’elle suspend. Un simple oreiller est placé sous la tête du blessé et une poignée est mise à sa portée pour lui permettre de se soulever. .

L’appareillage est alors complètement terminé.

Voyons maintenant comment s’opèrent la traction et la réduction de la fracture.

Pour bien comprendre, il suffit de se représenter le blessé

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suspendu par le pied. Pendant l’appareillage, raniieau de l’attelle est venu comprimer l’ischion d’autant plus fortement que la traction sur la jambe et sur le pied, fixée à l’extrémité même de l’attelle, a été plus élevée. Il y a donc déjà, un certain degré de réduction, obtenu. Mais dès que^l’attelle est reliée à la barre du pied du cadre, et que le blessé est incliné, la traction sur le fragment supérieur s’opère par tout le poids du corps. Le fragment infé-

Fig. 82. — Détails de la. figure précédente.

A. Noter la rotation externe du pied.

B. Mode d’attache de l'attelle.

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