‹ La suture intestinale; histoire des différents procédés d'entérorraphie. Cours de médecine opératoireChapitre 2 sur 56 · PREMIÈRE PÉRIODE : CHIRURGIE INDIENNE, ARABE ET ITALIENNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE : CHIRURGIE INDIENNE, ARABE ET ITALIENNE

Période des Sutures à ïîl temporaire.

Hseser, dans son Histoire de la Médecine (i), rapporte, au dire de von Frey (2), que, chez les Indiens, Agur Veda de Susruta aurait fait allusion, dans un écrit du temps, à la Suture de l'intestin, et aurait, à ce même propos, posé l'indication de la laparotomie pour les lésions de cet organe.

« Lorsqu'il y a tuméfaction de l'abdomen, dit le Veda indien, il faut ouvrir le ventre, au-dessous de l'ombilic, attirer l'intestin au dehors, l'examiner, repousser «la pierre» qui l'obstrue, puis replacer l'intestin et suturer l'abdomen. On doit de même, continue-t-il, retirer la « flèche » (probablement il fait allusion à l'arme qui a blessé le tube digestif), de façon à ce que l'intestin perforé revienne à sa place. On utilisera de grosses Fourmis noires, en leur faisant mordre la plaie, à l'aide de leurs mandibules solides ; puis, on leur enlèvera le corps, en laissant la tête en place. »

Ces véritables serre-iines de nature animale se retrouvent signalées chez les chirurgiens arabes, sous la forme d'un autre insecte (3), appelé Scarite, genre de Coléoptcre Pentamère hexapalpe (Fig. 1), de

(1) ILeser. Lehrbuch der Geschichte der Medicin und der Volkskranheiten . Iéna, in-8°, 1845. — 2' édit., Iéna, 1833-58. — 3° édit., Iéna, 1875-N2.

(2) Von Frey. Loc. cit., p. 2.

(ii) Les « Fourmis » des Indiens n'étaient peut-être que des Scarites ou des Coléoptères analogues d'Asie (?>

Fia. 1. — Schéma d'un type de Scarite (Scarites gigas).

la famille des Garabides, type de la tribu des Scaritii, car Albucasis y fait allusion.

Cet usage s'est perpétué en Algérie, au dire de Furnari, médecin militaire (i). D'après cet auteur, les Arabes d'Afrique employaient encore à son époque (1845), pour le traitement

Fig. 2. — Reproduction photographique très exacte d'un Scarites gif/as, récolté mort au printemps de 1898 sur les cotes Méditerranéennes (2).

Fig. 3. — Reproduction photographique d'un Scarites gigas, avec la patte antérieure allongée, pour montrer les caractères de l'espèce (2).

des plaies de l'intestin, les volumineuses mandibules {Fig. i et 3) des Scarites de cette région (3). Il est bien évident que cette manière de procéder leur vient directement de l'Inde.

Hippocrate, par contre, ne dit rien de la suture intestinale. Vingt ans après l'ère chrétienne, Celse conseille de suturer l'intestin, mais le gros intestin seulement (4), sans insister autrement, ni dire comment s'y prendre. — Pour Galien, on

(1) Furnaei. Note sur un mode particulier de réunion des plaies, usité chezles Arabes. — Journal de C/iirurgie de Malgaigne, avril 1845, p. 118-119. [Partie d'un ouvrage, plus étendu : Voyage médical dans l'Afrique septentrionale].

(2) Envoi de M. Constant, du Golfe Juan.

(3) Le genre Scarites,, dont le corps est noir, a des habitudes nocturnes. Il a des représentants en Asie, en Afrique, et même dans le midi de la France. On en a trouvé, sur le littoral méditerranéen, au moins cinq espèces, dont le Scarites gigas (Fig. 2 et 3), qui est lapins connue et atteint les plus grandes dimensions de tous les Scarites connus. Les autres espèces françaises sont : S.planus, lœvigatus, arenarius et tcrricola.

(4) De Medieina, M. VII, chap. XVI, p. 410.

peut suturer le gros intestin et l'estomac; si L'intestin grêle'est traité de la sorte, on obtient très difficilement la gué ri son. Il nVsl pas inutile de répéter à ce propos que Galien parlait surtout d'après des expériences faites sur des animaux, dont l'intestin grêle est toujours relativement petit (singes) chiens).

Abulkasen ou AlbuCasis, qui vivait iooo ans après l'ère chrétienne, recommande nettement la suture de l'intestin. Il utilisait du fil de nature animale, obtenu d'un intestin d'animal; autrement dit, on découpait un intestin d'un animal quelconque, en lanières très minces. C'est notre catgut actuel, non antiseplisé ou aseptisé ! Ce chirurgien, toutefois, conseille aussi l'emploi des tètes de fourmis {Chirurgia c. aliis, Yen., lib. II, ch. 85), c'est-à-dire des Scarites (Furnari), à la manière des Indiens.

Arrivons aux écoles italiennes, et en particulier à l'école de Salerne. Roger de Parme et Roland, vers 1264, suturaient, dès cette époque, sur un plan résistant (i). Ils employaient une canule de sureau, constituée soit par des lamelles, soit par une sorte de cylindre creux, du diamètre de l'intestin au moins, et plus longue que la plaie. La suture était faite avec de la soie et une fine aiguille.

Quelle suture faisait-on? On l'ignore. Peut-être recouraiton aux points séparés? Gély incline pour le surjet, à fil unique. On laissait, en tous cas, la plaie abdominale ouverte, car on pensait qu'elle devait suppurer, et on plaçait sur la suture une poudre rouge, astringente, contenant du sangdragon. Plus tard, on fermait le ventre.

Il fallait surveiller avec soin cette suture et la soigner. On enlevait l'anse ou les anses du fil non noué, à un moment donné, car on ne croyait pas alors qu'il fût possible de les laisser dans l'abdomen. Pour cela, il suffisait de tirer sur l'un des bouts du fil ; ce qui porte à croire qu'il s'agissait bien d'un surjet (2).

(1) Cyrurgia, Venet.

(2) Dans un ouvrage tout récemment paru (Jules Vindevogel. Triptique de Littérature médicale. Bruxelles, 1898, t. I, p. 172), nous avons trouvé, par

A la fin cln xme siècle vivaient à Paris, sous le même toit, raconte Desvaux, quatre chirurgiens, dont on ignore la date de naissance et le lieu de pratique, et qui s'appelaient probablement Archimateus, Petrosellus, Platearius et Ferrarius. Ils ont laissé deux manuscrits, dont l'un est en Angleterre, à Londres, et l'autre en Irlande, à Dublin. Ces deux cahiers ont été traduits par le professeur Daremberg (i). Au chapitre XXVII {De vulneribus çentris intestitiorum et sutura eorum), il est dit qu'ils employaient une trachée, qu'ils* plaçaient dans l'intestin. Faisaient-ils une suture entrecoupée ou un surjet? On n'en sait rien. Ce qui n'a pas empêché, d'abord Senn en i8g3 (Fig. i de son mémoire), puis von Frey en 1895 {Fig. 1 de

son article) (2), de figurer, chacun dans leur travail, cette suture, dite Suture des Quatre-Maitres.

Von Frey la décrit même avec de grands détails ; or, en réalité, on n'a aucune donnée précise à ce sujet !

Nous reproduisons ici (^^- 4) le dessin schémaproduction de la Fig. 1, absolument tique qu'il a publié. schématique et peut-être inexacte, du mémoire de von Frey).

Vers 1252, Brunus, dans sa Chirurgia magna (livre 1, chap. IV), dit qu'il coud les petites plaies avec un « fil de soie ». Peut-être employait-il la

hasard, ce passage, qui serait extrait du Livre des Quatre-Maîtres ou Commentaire de quatre Maîtres de l'École de Salerne, ouvrage exposant, dit l'auteur, à la fin du xin" siècle, l'enseignement chirurgical de Salerne : « Les intestins perforés et faisant hernie doivent être soignés par l'application d'intestins animaux sacrifiés tout vivants, dont la chaleur ramenait la circulation et la couleur rouge des intestins blessés ; puis on introduit une canule de bois d'aune dans le canal de l'intestin, qui est cousu et bien fermé; suit un lavage soigné et la remise de l'intestin hernie dans sa cavité naturelle; au besoin, on agrandit l'ouverture de l'abdomen pour faciliter la rentrée de l'intestin. » D'après ce texte, l'Ecole de Salerne aurait conseillé la Greffe animale sur appui et la Suture ! Mais n'y a-tol point là confusion entre l'Ecole de Salerne et la méthode des Quatre-Maîtres elle-même?

(1) Glossulce quator Magistrorum super chirurgiam Rogerii et Rolandi. Paris, 1854.

(2) Voir notre Fig. 4.

suture, entrecoupée ? En tous cas, il fait encore allusion aux Fourmis des Indiens et d'Albucasis.

Théodoric se servait d'une canule de sureau, comme Roger et Roland, d'une iine aiguille et d'un lil de soie, ou d'un fil de boyau d'animal, à la manière d'Albucasis (i). Ce chirurgien rejetait par contre l'emploi des têtes de Fourmis : première réaction contre les idées des Arabes !

Jusqu'ici, on le voit, nous n'avons encore aucune notion exacte sur les modes de sutures utilisées. Nous savons seulement qu'on suturait sur un appui : une trachée ou une canule en sureau.

Guillaume de Salicet (Wilhelm von Salicetto), à la fin du xme siècle, traitait les plaies de l'intestin. Il s'en occupe longuement dans son livre Chirurgia (i). Pour les plaies obliques ou longitudinales, il employait la Suture des Pelletiers, Sutura peïlionum, Kùrschnernaht , Suture des Gantiers ou Glovers suture {Fig. 5). Il la faisait avec un fil ciré, dont les

deux bouts restaient flot-

tants, et plaçait un peu de P^^^^'^WW/t^fP

poudre résineuse (ratania et sang-dragon) sur la suture. Les bouts des fils pendaient dans la plaie

et on les retirait ultérieu- Fia. 5. — Suture continue du Pelletier ou rement. Ce chirurgien, ^^njnv^t {I^rsclmernaht, Glo-

dans sa Chirurgia (liv. 2,

chap. XV) rapporte un cas, suivi de succès. Il rejette la canule de sureau, qu'il considère comme dangereuse, et propose d'utiliser une partie d'intestin d'un animal quelconque.

Lanfranc, exilé de Milan, vint à Lyon, puis à Paris, vers

(1) Cyrurgia, Ven.

(2) Guillaume de Salicet. [Vulnus intestini. Sutura peïlionum]. — Chirurgia, Venet., 1470, p. 336. [Traduction française de Cyrurgia, Lyon, 1492].

1295. Il écrivit sa Chirurgia magna et parva (Venise) au début du xivc siècle. Il faisait probablement sur l'intestin une suture en surjet. Il a traité, en tous cas, des plaies de l'estomac et du gros intestin. Pour la paroi abdominale, il utilisait une sorte de suture à capitons, ou en U, qui doit porter le nom de Suture de Lanfranc, et non de Halsted, qui ne l'a pas inventée, quoi qu'on en ait dit.

Dessus de Garbo et Gilbert, surnommé l'Anglais (1), copient encore les Arabes. Ils recommandent le fil de soie ou d'animal et la canule de sureau, qu'on peut retirer avant que la plaie ne soit tout à fait fermée (Gilbert). Gilbert parle aussi de la suture entrecoupée. Ces deux chirurgiens laissaient le ventre ouvert. Gilbert utilisait en outre de la poudre sur la suture.

Henri de Mondeville, chirurgien de Philippe Auguste, dont la Chirurgie (2) a été composée de i3o6 à i320, employait la suture des pelletiers pour les plaies du gros intestin (3).

Guy de Ghauliac (4), qui vécut au milieu du xive siècle et était de l'Ecole de Montpellier, dit, dans la Grande Chirurgie (i363), qu'il recourait à la suture des pelletiers pour les plaies de l'estomac et du gros intestin, et qu'il ne se servait pas des têtes de fourmis, recommandées par Albucasis(S).

(1) Compend. totius medicine, Lugd., in-4°.

(2) Chirurgie de maître Henri de Mondeville. Traduction française par Nicaise. Paris, Alcan, 1893, 903 p.

(3) Pour Henri de Mondeville (Nicaise, p. 363), les plaies, grandes et moyennes, de l'intestin grêle sont incurables, et il démontre pourquoi. Si elles sont petites, elles n'exigent pas de suture; il suffit de les abandonner à la nature et elles Deuvent guérir. Pour les plaies moyennes du gros intestin, « on fera sur la plaie avec de la soie une suture à points très serrés, comme les pelletiers cousent les peaux (suatur vulnus cura serico spisse sicut pelliparii suunt pelles); on fomentera avec du vin chaud, on desséchera et on mettra de la poudre rouge consolidative ; puis on réduira l'intestin de façon à ce qu'il reste près du péritoine, sur les autres intestins si possible, et, aussitôt après, on

suturera la plaie extérieure de la paroi J'ai vu des plaies de ce genre, qui

avaient été immédiatement fermées et recousues d'après la méthode des 'modernes, guérir en très peu de temps sans doideur, etc., avec un seul pansement (eurari unica pra;paratione). J'en ai vu de semblables être traitées par la méthode des anciens avec des tentes, etc...., avaient le ventre rempli de pus et mouraient. » Quant aux grandes plaies, elles sont incurables.

(4) La Grande Chirurgie de Guy de Chauliac (1363); par E. Nicaise. Paris, Alcan, 1890, in-8", 746 p. '

(5) En ce qui concerne les plaies de l'intestin, voici comment s'exprime Guy de Chauliac (Nicaise, p. 286) : « Si elles ont besoin de cousture, et qu'elle leur profite, comme au fond de l'estomach et aux gros boyaux, soient cousues de la

En Italie, Pierre d'Argèlata (de Bologne) continue ù suivre les Arabes. Il est d'avis de coudre avec l'aiguille des pelletiers. Pour soutenir la plaie, il est nécessaire, d'après lui, d'user de canules de sureau ou de morceaux de trachéeartère, ou encore d'intestins desséchés d'animaux (i).

Bcrtapalia ou Bertapaglia, un arabistc, qui enseignait à Padoue vers i4a4> dans son Traité de Chirurgie (Venise, édition de i497)> recommande de l'aire la suture du pelletier sur les plaies de l'intestin, qu'il s'agisse du gros ou du petit intestin. On voit donc qu'il est le premier à parler de

la SUTURE POUR LES LESIONS DE l' INTESTIN GRELE (2). Pour

la suture de la paroi abdominale, ce chirurgien utilisait la corde à boyaux ramollie, autrement dit le catgut.

Arculanus, au xve siècle, enveloppait l'intestin grêle blessé et suturé (suture du pelletier) avec un morceau d'intestin d'un animal quelconque, qu'on cousait tout autour. Il essayait donc ainsi une sorte de Greffe animale. Les bouts des lils de la suture pendaient, bien entendu, au dehors de la plaie abdominale.

Jean de Vigo, auxvr3 siècle (Traité, 1, chap. XI), coud l'intestin avec un fil ciré et tors. D'après lui, on ne peut suturer le petit intestin. « Les petits intestins ne supportent pas la cousture », dit-il.

Tagault (3) copie Guy de Ghauliac ; cependant il conseille la suture de pelletier, même pour le petit intestin.

cousture des peletiers, et non pas avec teste de for mis, laquelle ont dit quelques expérimenteurs, comme témoigne Albucasis. Car elle est fâcheuse et inutile ainsi qu'il appert de fait. Quelques-uns (comme Rogier, Jamier et Théodore) mettent dans le boyau une canule de sureau, pour garder que la fiente ne pourrisse la cousture. Les autres, ainsi que Guillaume a récité, y mettent une portion de boyau de quelque beste, ou une portion de trachœe artère, comme disent les Quatre Maistres ; ce qui ne me semble pas raisonnable. Car nature attentive à l'expulsion des choses étrangères rejette et oste ces choses là de la cousture : et ainsi périt la fin pour laquelle on les applique. Il est meilleur (à mon iugement), que le boyau étant comme dit est, et nettoyé de ses ordures, on mette par dehors sur la cousture de la poudre conservative des coustures : et que la partie soit réduite dans le ventre à la manière qui sera ditte. »

(1) Chirurgice libri sex, Ven., in-f".

(2) Chirurgie de Pierre Franco de Turriers en Provence ; par E. Nicaise. Paris, Alcan, 1895, p. XXIII.

(3) De chirurgica institution^ libri quinque, Par., 1543.

Avec Paracelse, on semble, sinon faire un retour manifeste en arrière, du moins s'orienter vers une idée nouvelle. Pour cet auteur, en effet, il faut rejeter la suture proprement dite des plaies et se borner à avoir confiance dans l'action de la bonne nature. Il est plus prudent de retenir l'intestin près de la plaie abdominale, de façon à obtenir un anus contre nature (Sprengel).

Pour cela, il semble employer une canule d'argent, qu'il met dans la plaie ; mais son texte n'est pas clair. On ne sait où il place cette canule. Est-ce dans l'intestin? Est-ce dans la plaie de la paroi de l'abdomen? On l'ignore.

On voit donc, avec Paracelse, apparaître une notion nouvelle, celle de l'utilisation des adhérences de l'intestin, pour éviter les accidents. Au premier abord, il semble qu'à préconiser ce moyen Paracelse recule ; mais, en réalité, si le procédé qu'il recommande parait moins chirurgical, il est plus clinique, plus pratique pour l'époque. Les sutures ne donnaient jusqu'ici que des résultats très aléatoires, tandis qu'alors l'anus contre nature ne paraissait pas entraîner forcément la mort.

Malgré cette évolution, Ambroise Paré, dans la seconde moitié du xvie siècle, revient et recourt encore à la suture des pelletiers, car il est surtout renseigné sur les méthodes des Ecoles de Montpellier et d'Italie. Il recommande défaire cette suture à points très rapprochés : ce qui était logique, mais devaitrendre difficile l'extraction du fil. Il place par-dessus de la poudre de mastic, de myrrhe et d'aloôs. On sait qu'Ambroise Paré a encore conseillé de piquer avec une aiguille les intestins dilatés par des « vents » ; c'est l'origine de la Ponction intestinale, pour dilatation par gaz ou liquides.

G. Fallope, disciple de Vésale, en Italie, suture également

encore le petit comme le gros intestin. Dans son ouvrage, il cite les moyens utilisés par les anciens, voire même l'usage des fourmis. Il emploie un (il de soie ou de lin et conseille « la suture commune des sacs », c'est-à-dire très probablement un surjet (suture en bourse). Il recommande de laisser les bouts du fil pendre hors du ventre.

André de la Croix, de Venise, vers 1660, dans sa Chirurgie Universelle, parle de la suture du pelletier, avec fil laissé au dehors.

Guillemau, élève d'Ambroise Paré, applique la suture des pelletiers aux plaies de l'intestin grêle etgros. «C'est là, dit-il, une espérance douteuse; mais meilleure encore que le désespoir assuré! » On voit que ce chirurgien n'est pas, à l'imitation de Paracelse, très enthousiaste de la suture; mais, elle vaut, d'après lui, toujours mieux que rien!

Fabrice d'Aquapendente, qui vivait au xvne siècle, à Padoue, d'après ses Œuvres chirurgicales, parues à Lyon en 1666, réunissait les plaies de l'intestin par la suture du pelletier, ou bien par les «têtes de fourmis » d'Albucasis. Quand il faisait une suture, toujours à la manière des Arabes, il se servait d'une fibre tirée du boyau de quelque animal, tressée ou cordée avec du fil de lin. Il a fait remarquer avec raison que la libre animale se putréfie, comme toutes les substances de cette nature. Ce chirurgien rejette la canule de sureau, la trachée-artère, et même l'intestin d'animal, qui « pourrit ». Avec ses prédécesseurs, il laissait sortir du ventre l'extrémité des fils. Il recousait la plaie de l'abdomen.

Comme on le voit, les quelques lignes, que Fabrice d'Aquapendente a consacrées à la suture de l'intestin, constituent, au milieu du xvne siècle, le véritable état de la question à cette époque, où les doctrines arabes et italiennes étaient encore florissantes.

La suture du pelletier fut aussi adoptée par Glandorp, Sennert (Senerti opéra), La. Framboisière (Œuvres complètes, Lyon, 1664), qui mentionne la suture en surjet, puis Thévenin

{Œuvres complètes), Scultet et Richard Wisemann (1686), qui parle de Slitcht-Gut et de Glover's stitch (1).

Pierre Dionis, professeur de chirurgie au Jardin du Roi à la fin du xvne siècle, dit dans son Cours cl' Opérations (2) que pour les petites plaies la suture n'est pas nécessaire. Pour les plus grandes, il recommande la suture du pelletier avec de la soie plate écrue et des aiguilles rondes. Le bout du lil doit bien entendu sortir au dehors. D'après lui, il est plus facile d'opérer sur l'intestin grêle, car les anses sortent aisément du ventre. C'est là une remarque d'un grand sens pratique, qui a conduit à opérer hors de la cavité abdominale. Jusque là, en effet, tout le monde, à l'exception de Bertapaglia, prétendait qu'il était très difficile de suturer le petit intestin.

Dionis rejette l'emploi de toute espèce de poudre rouge sur la suture.

(1) Wisemann (Richard). Seoerall chirurgical treatises. London, R. Royston, 1686, 2e édit., 7 pi., pp. 577, p. 372. [D'après Senn, à la p. 5].

(2) Pierre Dionis. Cours d'opérations de chirurgie, démontrées au Jardin Royal. Bruxelles, A. Claudinot, in-8°, L708, 11 p! L, 615 p., 12 L. (10 Pi.) (Ouvrage traduit en anglais). — 4° édit., rev. et augm., par G. de la Faye, Paris, d'Houry, in-8", 1750, XXXII, 919 p.

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