‹ La suture intestinale; histoire des différents procédés d'entérorraphie. Cours de médecine opératoireChapitre 7 sur 56 · III. — Sutures perdues non perforantes · texte numérisé non relu

III. — Sutures perdues non perforantes

Voyons maintenant commenl furent conduites les célèbres recherches de A. Lembert (et non Lambert) (i). Cet auteur fait remarquer d'abord que celle suture est applicable ù l'estomac et aux intestins. Pour la pratiquer, il faut autant de lils et d'aiguilles que l'on t'ait de points sur la plaie, chaque point devant être (listant de quatre à cinq lignes. Lembert recommande de ne lier aucun fil avant quêtons ne soient passés, de faire tendre les bords de la plaie par Un aide, et, pour suturer plus facilement, de placer l'index gauche dans la cavité intestinale (ce qui n'est plus admissible aujourd'hui). L'aiguille pénètre à deux lignes du bord saignant droit dans la cavité (cette façon de faire, si elle

était encore admise, enlèverait toute valeur à ce procédé); ou bien on en fait glisser la pointe entre la musculeuse et la muqueuse. L'aiguille ressort à une ligne du bord saignant, se dirige vers le bord opposé, pénètre à

une ligne du bord saignant

Fig. 53. — Suture de Lembert. — Passage du fil, vu en coupe longitudinale.

Fig. 54. — Suture de Lembert.

à nouer. Vue en coupe.

Fil

gauche et reparait à deux lignes de distance {Fig. 53). En somme, le même til pénètre deux fois dans la paroi et en sort deux fois ; si l'on serre le fil, chaque partie s'accole à l'autra par sa surface séreuse. Les bords libres sont renversés en dedans et font saillie dans l'intestin. Pour faciliter ce renversement des bords en dedans {Fig. 54), lors de la suture, on peut utiliser une tige quelconque ou un poinçon.

On procède delà même façon pour les plaies transversales, en prenant seulement la précaution de mettre un fil de chaque

(1) A. Lembert. Mémoire sur l'ISntérorraphie, avec description d'un, procédé nouveau pour pratiquer cette opération chirurgicale. — Répertoire général d'Anatomie et Physiologie pathologiques et de Clinique chirurgicale, Paris, 1826, n° 2, 104-198. '

côté du mésentère. Les fils sont coupés au ras {Fig. 55), près des nœuds, sauf l'un d'eux qui est fixé à une extrémité de la plaie abdominale. Les fils placés sur l'intestin doivent

être aussi nombreux que possible.

Cette méthode, au dire de Lembert, a de notables avantages. Elle est applicable à tous les cas, d'une exécution facile, ne donne pas lieu à un écoulement de sang-, et permet une contention parfaite des matières intestinales. Elle agit sur une faible étendue de paroi, juste ce qu'il faut pour qu'il y ait un exsudât suffisant, et ne laisse pas après elle de « vice de conformation » formant obstacle, c'est-à-dire de rétrécissement du ce qui est peut-être beaucoup dire.

Fig. 55. — Suture de Lembert, vue en coupe verticale.

(Von Freyj.

calibre de l'intestin

Jusqu'à cette époque, on le sait, toutes les sutures qui avaient été utilisées étaient pénétrantes, c'est-à-dire fatalement infectées. C'est à Lembert qu'on doit la suture non pénétrante, non fatalement infectée.

Mais il n'a pas eu de suite cette conception de la suture intestinale; toutefois il a vite remarqué qu'il valait mieux adosser les séreuses, sans perforer la paroi.

Cette manière de faire est donc autrement importante que celle de Jobert. C'est celle d'où dérivent la plupart des autres sutures modernes. De plus, Lembert a utilisé, comme Jobert, Y adossement des séreuses, autre notion également capitale.

Au point de vue historique, on remarquera avec soin que Lembert n'est pas arrivé d'emblée à l'idée de la non pénétration. Il a d'abord fait des sutures pénétrantes, comme l'indique une phrase de son mémoire. D'un autre côté, il ne s'est pas débarrassé complètement de l'idée de suspension de l'anse intestinale, qui remonte à Pallîn; car il recommande de ne pas couper ras un des fils de la suture et de le fixer à la

plaie. Malgré ces quelques remarques, il est indiscutable que Lembert a ouvert une voie nouvelle, qui a été dans la suite dune véritable fécondité.

Et cependant, après eette mémorable découverte, J.-F.

Reybard de Coisiat(i) cher-

mm

Fig. 56. — Lamelle d'ivoire de Reybard pour fixation de l'intestin. (D'après Reybard).

ehait encore en 1827 à fermer les plaies intestinales par la soudure de l'intestin à la paroi. Une lamelle d'ivoire ou de bois, percée de deux trous, par où passe une anse

Fig. 57. — Procédé de suture, avec suspension de l'intestin, de Reybard. (D'après von Frey).

de 111 armée d'aiguilles aux deux extrémités (Fig. 56), est placée dans l'intérieur de l'intestin. Avec les deux aiguilles, on perce les deux lèvres de la plaie intestinale et abdominale (Fig. 57). Les fils sont arrêtés par de petits rouleaux. Ce n'est là, en somme, qu'une variante de la méthode de Palfin et de Petit, qui date de 1753. Dans l'Observation I de son mémoire (p. 35), dans laquelle il y avait une deuxième plaie du gros intestin, Reybard fit môme un anus contre nature et son malade ne guérit qu'avec peine. — C'était un retour en arrière de plus de soixante ans !

(1) J.-F. Reybard de Coisiat. Mémoire sur le traitement des anus artificiels, des plaies de l'intestin et des plaies pénétrantes de poitrine. Paris et Londres, J.-B. Baillière, 1827, in-8°, 205 p. (3 PI.).

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