‹ La suture primitive dans le traitement des plaies de guerreChapitre 5 sur 49 · LES MICROBES · texte numérisé non relu

LES MICROBES

Nous allons passer en revue la flore microbienne des plaies de.guerre; puis, nous étudierons au sein de la plaié l’évolution des microbes dont nous indiquerons ensuite la valeur pathogène et cela nous permettra dans un quatrième paragraphe d’envisager d’une manière générale le mécanisme de l'infection des plaies de guerre et en particulier, la gangrène gazeuse qui a été et demeure encore pour quelques-uns la crainte et l'obstacle à la suture primitive.

a) Espèces microbiennes.

Comme le dit Tissier dans ses Recherches sur la flore bactérienne des plaies de querre, les infections des plaies de guerre ne sont pas dues à une espèce

— T8 —. spécifique mais à de nombreux microbes, soit aérobies soit anaérobies.:

1° Bactéries aérobies. — Ces microbes sont d'ordinaire des espèces banales et bien connues : la sarcine . lulescens, le micrococcus flaus liquefaciens, et surtout le micrococcus candidus. Mais l’espèce la plus fréquente de toutes les variétés aérobies est encore le staphylocoque. Le plus souvent, on rencontre la variété blanche, plus rarement, la variété jaune et jamais la variété dorée. À côté de ces cocei donnant comme le précédent des colonies assez grosses, on trouve sur les boîtes de Pétri, de fines colonies assez difficiles à différencier les unes des autres, appartenant à trois espèces distinctes : l’enterocoque, le streptocoque vrai et le diplococcus griseus ‘ non Ziquefaciens. Tous ces microbes ont des réactions biologiques spéciales eu égard à leur rôle de ferments. I n'entre pas dans le cadre de cette thèse de les envisager avec quelques détails. Par ailleurs, seul, le streptocoque, offre un réel intérêt pratique et nous aurons l’occasion d’y revenir, à différentes reprises, sans qu’il soit besoin d’y insister au cours de cette nomenclature à laquelle, pour être complet, nous ajouterons encore le bacille cuti-communis, le bacille pyocyanique, le proteus vulgaris, le bacille fluorescent vert, et enfin le bacille mesentericus [uscus. | ;

2° Bactéries anaérobies. — On sait que les bactéries anaérobies sont très fréquentes dans les

UN ee plaies de guerre, mais ce sont surtout les bactéries anaérobies strictes, telles que le perfringens,:le bifermentens, le putrificus, le vibrion septique ‘avec sa -variété, le bacille sporogène et enfin le coccobacillus preacutus isolé par Tissier. |

b) Valeur pathogène de ces différentes

espèces miecrobiennes.

Au sem des plaies qu'ils Imfectent, ces microbes n’ont pas tous la même valeur pathogène. Les inoculations aux animaux de laboratoire permettent d’acquérir au sujet de ces degrés de virulence des indications précises. C’est ainsi que lés surcines, le M. candidus, le D. griseus, l'entérocoque ne sont pas des espèces pathogènes.

Le Staphylocoque blanc, considéré comme inoffensif, contrairement aux variétés jaune et dorée, doit être, d’après Tissier, assimilé au point de vue pathogène à la variété jaune, il n’a du reste qu’une action toute locale, pyogène : pas plus que les précédentes, : le B. mesentericus fuscus et le B. proteus vulgaris ne paraissent être pathogènes. Toute autre est l’action du bacille pyocyanig ue ne itcncriqeilcgire èevse de son hémolysine et de ses corps toxiques. Mais, parmi ces aérobies, on ne saurait assez insister sur la valeur pathogène du séreptocoque. Cette action patho- gène, étudiée depuis longtemps, produit des accidents locaux et des accidents généraux. Nous aurons l’occasion cliniquement d’en apprécier les manifestations.

Expérimentalement, la mort se ferait par septicé-

ME EUR mie simple, par la sécrétion d’une hémolysime, détruisant 4 wivo les globules rouges et par la production d’une toxine active au demi-centimètre cube. Cliniquement, la tendance aux hémorragies dans la blessure, le facies blafard du blessé traduisent cette action hémolytique du streptocoque, à telle enseigne qu’un œil exercé et prévenu peut, en général, rien qu'à l'aspect du blessé et de la blessure soupçonner la nature streptococcique de l’infection.

A côté de-ces aérobies, il nous faut étudier Mantes nant la valeur pathogène des quatre grands bacilles anaérobies sporogènes : perfringens, bifermentens, putrificus et vibrion seplique. Ce Sont des espèces nettement pathogènes mais cette action ne se produit que dans des circonstances très spéciales qu'il importe de bien étudier et de souligner car, de cette notion se dégagent des conclusions pratiques, fondamentales, concernant le rôle des aérobies et du. milieu de culture. En effet, on a démontré expérimentalement, que la toxine qu'ils sécrètent semble peu active. C’est ainsi que Roux était obligé d’injecter 40 centimètres cubes de filtrat, dans le péritoine d’un cobaye pour

arriver à le tuer. De même, les inoculations de culture complète semblent peu virulentes. De ces notions il appert que les anaérobies ne peuvent nuire, ni se développer favorablement dans le tissu vivant. Mais, par contre si ils rencontrent ef s’associent à un aérobie : staphylocoque, mesentericus, streptocoque, ils deviennent immédiatement pathogènes et cela, d'autant plus, que le tissu au niveau duquel ils se trouvent, est un tissu mortifié, diminué mécanique-

ment ou chimiquement dans sa vitalité. En terminant cc chapitre sur la valeur pathogène des microbes des plaies de guerre nous retiendrons ces deux notions capitales : la virulence du séreptocoque, parmi les aérobies et pour les anaérobies, la nécessité de leur association en symbiose avec un aérobie comme condition essentielle de leur nocivité.

c) Evolution des espèces microbiennes

dans les plaies de guerre.

Dans les paragraphes précedents, nous avons pu acquérir la notion de la nécessité d’une symbiose aérobie anaérobie pour produire des accidents. Nous allons voir dans ce chapitre quel est le mécanisme intime de cette collaboration microbienne et quel est le rôle qui revient d’une part à l’aérobie et d’autrepart à l’anaérobie, Etant donné une plaie, lorsque l’on procède à des examens en série, on peut constater successivement les résultats bactériologiques suivants :

Avant la dixième heure, la plaie apparaît comme aseptique, puisqu'il faut faire de larges ensemencements pour obtenir quelques rares colonies, mais à partir de la dixième heure, la pullulation microbienne apparait: On voit d’abord des coccis isolés ou en diplocoques, puis des bâtonnets immobiles restant colorés par la méthode de Gram, bacille per fringens. « Rapidement, dit Tissier, ces germes se mettent à pulluler et entre la douzième et la vingt-quatrième heure,

leur développement devient considérable. De la plaie s’écoule alors un liquide séro-sanguinolent dégageant

une odeur fade et écœurante, Entre la vingt-quatrième et la quarante- huitième heure, le bacille perfringens qui, depuis la douzième heure était devenu Pespèce dominante, semble à lui seul composer toute la culture : à côté du bacille perfringens, on peut isoler le PB. bifermentens et il n’est pas rare de voir au milieu des colonies lenticulaires de ces deux bacilles apparaître lentement les colonies chevelues du putrificus et du vibrion septique. Mais déjà dans le courant du troisième jour, soit sous l’influence du traitement, soit du fait de l'élimination des tissus mortifiés le développement des anaérobies stricts semble s’atténuer. Le quatrième jour, cette atténuation est plus nette et, par une sorte d’alternance, ce sont les aérobies qui se développent au point qu'ils sont alors en nombre égal. Vers le cinquième et sixième jour, les aérobies s’atténuent à leur tour, mais moins rapidement que les anaérobies stricts dont les colonies sont d'heure en heure plus rares. | «Versles septième, huitième, neuvième ou | dixième jour, il n’est pas rare de les voir disparaitre. Quant aux aérobies, les microbes de l'air disparaitront d’abord, | lentérocoque survivra quelque temps encore aux anaérobies ; il n’en est pas de même pour les pyogènes vrais qui persistent pendant longtemps. Vers le dixième jour en moyenne, la plaie présente un minimum de germes, mais à partir de cette époque, on peut voir apparaître dans les cultures des bactéries nouvelles, acquisitions récentes ou apparitions tardives, bacille pyocyanique, bacille fluorescent vert. » De tout ce qui précède, il résulte que la virulence

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