‹ La suture primitive dans le traitement des plaies de guerreChapitre 8 sur 49 · COR VE · texte numérisé non relu

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l’œuvre de réparation chirurgicale. En un mot, le bactériologiste nous apparait comme la .conscience chirurgicale du chirurgien qu'il guide, rassure et réconforte.

Mais 1] était nécessaire, étant donné les conditions difficiles et précaires de la vie en campagne, de réduire à un strict minimum les moyens matériels par lesquels le bactériologiste pouvait apporter son oracle. Tissier, dont l’œuvre est née au milieu des formations chirurgicales de l’avant, avait bien compris cette nécessité impérieuse ét simplifié considérablement la suite des opérations bactériologiques nécessaires, mais suffisantes pour permettre la pratique de la suture primitive. Nous allons exposer 1c1 sa technique.

Voici quelles sont done les différentes opérations que le bactériologiste va effectuer une fois que, appelé | par le chirurgien auprès du blessé, il aura fait sur sa demande les prélèvements nécessaires au niveau de la plaie et avant l’acte opératoire.

Avant toute action d’un antiseptique et toute opération, le bactériologiste fait sur la table d'opérations un prélèvement.dans la plaie. Ce! prélèvement est fait au moyen d’une pipette flambée stérile. On prélève de 1 demi à 1 centimètre cube de sérosité dans les parties profondes et contuses, soit en promenant l'extrémité de la pipette à la surface de la plaie, si celle-ci est larsement ouverte, soit en suivant le trajet du projectile : il y a toujours avantage à recueillir du sang par la même occasion. Au besoin, si le sumtement est minime, on attendra que le débridement soit fait pour recueillir la sérosité et le sang qui recouvrent les

tissus meurtris. On ne saurait assez insister sur ce temps de l’examen bactériologique ; aucun antiseptique ne doit avoir été mis au contact de la plaie pour ne pas empêcher le développement ultérieur des colonies. Il faut ensuite pratiquer l’ensemencement du pré- - lèvement effectué ; en effet, l’expérience démontre que l’examen direct sur frottis des sérosités des plaies ne donne aucun renseignement suffisant.

Les milieux de culture usuellement employés sont : d’une part, un milieu solide, la gélose lactosée tour nesolée; d'autre part, un milieu liquide, le bouillon ordinaire, L’ensemencement se fait de la facon suivante : la plus grande partie du prélèvement est mise dans un tube de bouillon ordinaire et quelques gouttes dans l’eau de Condensation d’un tube de vélose lactosée tournesolée. Secondairement, avec un fil de platine rougi et refroidi, on étale en stries serrées, à la surface de la gélose, les produits déposés dans l’eau de condensation. On met les deux tubes à l’étuve à 31 degrés.

Les cultures sont examinées PA de heures après, dans la plupart des cas. Si la réponse est | urgente, on les regarde au bout de six heures. On obtient souvent, malgré ce temps court, des renseiognements utiles et suffisants, au moins dans les milieux liquides. æ La présence du s{reptocoque étant très importante à déceler rapidement, on dépistera aussitôt que possible ses caractères dans les milieux ensemencés et on doit penser qu’on se trouve en présence du s#reptocoque quand les résultats sont les suivants :

> Dans une culture en bouillon ordinaire, le bouillon

reste clair, mais on trouve un dépôt se transformant par agitation en grumeaux caractéristiques, le sang est hémolysé, ce qui est un phénomène très important à constater.

Dans la gélose lactosée tournesolée, le séreptocoque à fait virer le tournesol au rouge, la gélose est couverte de fines colonies bleutées assez nombreuses également réparties à la surface, et en général ces colonies restent séparées les unes des autres. Voici, pour les caractères morphologiques des cultures du streptocoque. Le microscope nous permettra de porter un diagnostie plus précis quand, après coloration, nous trouverons dans le champ microscopique des cocei prenant le Gram, disposés en chainettes, celles-ci sont plus courtes sur les milieux solides, anssi on les recherchera de préférence dans les milieux liquides, bouillon et eau de condensation de la gélose où elles sont le plus souvent typiques, très longues, enroulées et enchevêtrées. Il fait faire le diagnostic différentiel d'avec l’entérocoque qui se présente sous la forme de courtes chaïnettes, mais ce microbe est en général polymorphe, n’hémolise pas et donne en bouillon un

. dépôt filant muqueux qui s'élève en vrille quand on

agite le tube, le bouillon présente en outre un trouble persistant.

Les autres germes, quoique moins importants pour

* l’évolution des plaies de guerre, ainsi que nous l’avons

dit dans l'étude de la flore bactérienne de ces.plaies, doivent cependant être décelés dans les cultures et

K A 1 = *. nous allons donner un exposé rapide de l’aspect mor-

phologique de leurs cultures et de leur différenciation microscopique. |

Le staphylocoque pousse sur les milieux employés usuellement : nous ne distinguerons pas les variétés jaune ou blanche, les cultures étant, en somme, les mêmes pour ces deux microbes.

Sur gélose, les colonies poussent bien en trente heures, elles sont moyennes, opaques, circulaires, les bords sont nets; ces colonies, plutôt difluentes, sont colorées en blanc ou jaune, suivant la variété. Sur. bouillon, la culture présente un trouble uniforme’ Vues au microscope, nos cultures nous présentent un coccus petit, qui peut se trouver isolé, en diplocoque, en très courtes chaînettes, mais le plus souvent en grappes, forme caractéristique. Ce microbe prend le Gram.

Le bacille pyocyanique, en bouillon, fait troubler le milieu de culture en vingt-quatre heures; après un ou deux j jours, se montre un voile bleu assez épais, chagriné. Le bouillon présente, en outre, quatre modi- fications importantes :

a) Une teinte verdâtre fluorescente apparaît dès le premier jour : d’abord à la surface, puis propagée à toute la culture, elle fonce par agitation; les Jours suivants, il y a accentuation de la teinte, ii passe au vert foncé. |

b) La culture déchet une odeur pénétrante aromatique. 4

c) Les vieilles cultures sont nt eine

d) Les vieilles cultures sont filantes, visqueuses.

Sur gélose, la culture est abondante, grisâtre, glaireuse, le milieu présente une fluorescence verte, Au

microscope, on.trouve un bacille court, isolé ou réuni en petits amas peu cohérents. Ce bacille ne prend pas le Gram. |

Ces microbes étant les plus fréquents et les plus importants à déterminer, nous ne donnerons pas dans cette étude les caractères particuliers des autres aérobies des plaies de guerre.

Microbes anaérobies.

L'ensemencement est fait sur tubes de Veillon.On se trouve en présence de colonies lenticulaires ou de colonies chevelues.

Dans le premier cas, il nous faut penser au perfringens. Le perfringens donne en bouillon un trouble uniforme, mais le liquide redevient rapidement clair, en même temps qu'il se forme un dépôt Sur gélose, les colonies sont blanches, à bords nets ; il se dégage des gaz en abondance.

Au microscope, on trouve des bâtonnets rectilignes à bouts carrés, isolés, sporulés, prenant le Gram.

Dans le cas où nous nous trouvons, en présence de colonies chevelues, nous devons penser au vibrion septique où au putrificus. Le vibrion septique en bouillon, après quinze ou vingt heures, trouble uniformément la culture, celle-ci dégage une odeur nette de putréfaction, grâce à la formation abondante de vaz. En gélose, le culot de gélose présente une trainée blanchâtre à contours festonnés ; des gaz se dégagent en abondance et disloquent la gélose, qui présente des fissures, Au microscope, on découvre uu long bâtonnet

AU de à extrémités coupées net, à cils très apparents. C’est un bacille sporulé prenant le Gram.

Le putrificus en bouillon donne un trouble uniforme . avec dégagement de gaz putrides. En gélose, en quarante-huit heures, les colonies sont formées d’un noyau central entouré de filaments très nombreux. Au microscope, on trouve un bacille droit ressemblant à une baguette de tambour très mobile, prenant le Gram!. | Telle est donc la conduite tenue par le bactériologiste. Tout au début, lorsque nous avions commencé à faire systématiquement la suture primitive, nous faisions précéder toute opération par une prise bacté— riologique, mais par la suite à mesure que notre confiance étayée sur une succession merveilleuse de résultats se raffermissait de plus en plus; étant donné aussi qu’à cette époque nous nous sommes trouvé devoir fournir un débit opératoire considérable, nous basant sur ce fait qui a été bien mis en lumière par Tissier, à savoir que le nombre des plaies infectées par le streptocoque était dans la proportion de 8 à 10 pour 100, nous basant aussi sur le fait que seules ces plaies infectées par le streptocoque nécessitent une surveillance toute spéciale, car susceptibles de donner lieu à des accidents généraux et locaux, nous rappellant enfin que bien avant que Tissier nous ait apporté

1 Nous adressons -ici tous nos remerciements à notre camarade Pruvost, bactériologiste à l'Auto-chirurgicale 1°, qui, pour la rédaction de ce chapitre, a bien voulu nous donner tous les renseignements nécessaires, suivant la tradition de Tissier, auquel il a succédé dans la formation.

4 BE LE ee en somme lexplication bactériologique des succès de la suture primitive des plaies, nous avions pra tiqué au cours d’un fonctionnement intensif 40 sutures primitives avec 4 échecs (par échec, nous entendons les cas où la suture n’a pas tenu); remarquant cette proportion de 10 pour 100 correspondant en somme au même pourcentage de la présence du streptocoque dans les plaies, nous avons de moins en moins fait faire préalablement à l’opération l’examen bactérlologique, nous bornant à faire examiner uniquement celles de nos sutures qui, dans les douze premières heures de leurexécution, s’accompagnaient de réactions : générales ou locales importantes.

Cette mamière de faire qui pourrait paraitre quelque peu imprudente aux yeux de ceux qui n’ont pas vécu notre pratique chirurgicale, est parfaitement légitime puisque des faits indiscutables sont là pour la faire accepter. Ainsi, en faisant la statistique de tous les cas : de suture que nous rapportons ici, et que nous rapportons seul, parce que nous les avons tous vécu étant l’aide et le collaborateur de tous les instants du chirurrien qui lesa exécutés, en faisant donc cette statistique que sur plus de 450 sutures nousn’avons fait faire que 0 examens bactériologiques, nous exposerons plus loin les résultats cliniques observés et ce troisième chapitre sera la meilleure réponse aux critiques et une justification nous semble-t-il suffisante, de notre

- manière de faire.

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