LA THÉORIE
Là méthode allemande fixe d'abord la révolution, et le principe de cette opération s'établit par les considérations suivantes.
Comme tous les êtres organisés, Tarbre naît, vit et meurt. Il naît d'une graine, et son volume, très faible à l'origine, augmente d'année en année. Cette augmentation est l'accroissement annuel, qui est progressif d'abord, devient plus tard stationnaire, puis diminue jusqu'au dépérissement et à la mort de l'arbre. Par suite, l'accroissement annuel de l'arbre,
qui est d'abord a, est successivement a , a'\ a"'
a", et Ton a a<a'<a"<a"' <a", tandis que dans
la période décroissante, l'accmissement, qui est d'abord 6, est successivement b\ 6", 6'", et l'on a a^'^b^b'^b'', jusqu'au dépérissement et à la mort de l'arbre, et ces deux phases de la croissance sont séparées par une période d'un certain nombre d'années pendant laquelle l'accroissement ne varie point et est égal chaque année à a**.
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L'accroissement moyen, le quotient du volume de Tarbre par son âge, suit une marche analogue, mais il augmente encore quand l'accroissement annuel n'augmente plus, et c'est dans la période décroissante de ce dernier qu'avant de diminuer lui-même il devient égal à l'accroissement annuel et atteint son maximum. A ce moment l'arbre est à sa maturité et rend par l'exploitation la matière ligneuse la plus abondante et la plus utile.
Il en est de même de la forêt, qui rend les produits les plus considérables et les plus utiles à l'époque du maximum de l'accroissement moyen. Dans le type classique, l'évolution de la forêt d'âge gradué est assimilée à celle de l'arbre, et les peuplements sont exploités à leur tour à mesure qu'ils arrivent à l'âge de ce maximum qu'il s'agit de déterminer et qui est le nombre d'années de la révolution.
Telle est la théorie; mais dans la pratique, lorsqu'on essaie de déterminer l'âge du maximum d'accroissement moyen sur les arbres d'une forêt, on ne tarde pas à reconnaître que cette recherche est chimérique.
La raison de ce fait, qui renverse le principe théorique de la révolution, tel qu'il vient d'être exposé, s'explique par la végétation des arbres croissant en forêt.
Dans la forêt, les arbres forment en quelque sorte une société où se reproduisent incessamment les pé-
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ripéties de la lutte pour Texistence. Cette lutte se traduit dans la croissance de chaque arbre par des accélérations et des ralentissements reconnaissables sur la section du tronc, à l'épaisseur variable des couches ligneuses, résultat de la végétation annuelle, et à leur groupement par zones alternant entre elles et se composant de couches minces ou épaisses, ou de couches épaisses d'abord et progressivement décroissantes. Ces zones correspondent aux alternatives de l'accroissement tantôt lent ou rapide et tantôt rapide et progressivement ralenti. Au centre de la section, un cercle de couches ligneuses plus minces que les autres, souvent nombreuses et pressées, atteste que la végétation, faible au début, est quelquefois pour ainsi dire arrêtée et la vie de l'arbre comme suspendue pendant un certain nombre d'années. Ces variations de l'accroissement, ces vicissitudes de la lutte pour l'existence qui se retrouvent partout, quelle que soit la consistance des peuplements, qu'ils soient en bois de même âge ou en bois de différents âges mélangés, résultent de modifications survenues dans les conditions de la végétation et occasionnées par des disparitions d'arbres qui peuvent être naturelles, provenant de la lutte des arbres entre eux, ou artificielles, c'est-à-dire produites par des coupes faites à des titres quelconques. Dans une forêt régulièrement exploitée, les coupes peuvent être fortes ou faibles, et il n'est indifl^érent ni de les renouveler plus ou moins sou-
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vent, ni de Içs faire complètes ou partielles. L'accroissement est l'augmentation de volume produite sur les bois existants par la végétation de Tannée. Si la coupe est rase, le matériel ayant cessé d'exister, l'accroissement cesse aussitôt et ne recommence que peu à peu, à mesure que le matériel se rétablit. Si la coupe est partielle, elle stimulera l'accroissement d'autant plus que les autres arbres restants seront plus vigoureux et mieux agencés au profit de la végétation.
L'émigration et les guerres de la république et du premier empire nous ont fait connaître les forêts de l'Allemagne au moment où brillait de tout son éclat la méthode de traitement et d'aménagement que nous connaissons sous le nom de méthode allemande. Ces forêts, dans lesquelles les arbres étaient en quelque sorte classés par peuplements de même âge, frappèrent par leur régularité. Chaque peuplement était exploité à son tour lorsqu'il arrivait au terme de la révolution. Jusqu'à ce moment, il était périodiquement éclaire! , et les soins dont il était Tobjet ressorlaient à merveille. On conçut une haute idée de la méthode d'exploitation de ces forêts, et elle fut adoptée sans examen par l'Ecole forestière française, enseignée par elle et appliquée dans les bois soumis au régime forestier.