CHAPITRE ni
Dans la forêt telle qu elle vient naturellenient, les bois de différents âges sont confusément mêlés. Le type naturel de peuplement est donc le mélange des bois de différents âges, que la méthode française a pour principe de conserver, mais en y introduisant une certaine ordonnance qui le régularise sans l'altérer.
Cette ordonnance consiste à avoir dans chaque coupe un sous-bois où se recrutent les arbres de la futaie, et un étage supérieur, formé de ces arbres mêmes, qui diffèrent entre eux d'une, deux, trois révolutions et plus, et sont confusément mêlés, non toutefois sans un certain art qui est de les choisir de bonne qualité, d'essences propres à la futaie, ni trop nombreux ni groupés de façon à pouvoir se nuire et préjudicier à l'accroissement.
Les coupes se font à tire et aire et à blanc étôc. <c Couper à tire et aire signifie couper tout d'un train
Digiti
et sans laisser de bois entre deux ^ » Le blanc étoc est le ravalement des souches ou étocs des bois de délit, chablis et abroutis.
Ce second principe, qui a donné son nom à la méthode, est celui de l'ordre dans les exploitations et de la suppression de tout ce qui ne peut que nuire à l'accroissement et tout particulièrement des vieilles souches de bois de délit. Ces vieilles souches noires, couvertes de mousse, avec quelques rejets mal venants, étaient partout très nombreuses avec le régime des défends, car ce régime occasionnait le pillage des forêts en interdisant toute exploitation régulière. Elles donnaient aux anciennes futaies un aspect misérable qu'augmentaient encore les coupes extraordinaires, qui se faisaient par pieds d'arbres, en prenant toujours les plus beaux et ne laissant que le rebut 2.
La proportion du matériel à enlever par la coupe doit être telle qu'au bout de la révolution le peuplement se soit rétabli 3. Le principe de la coupe équivalente à l'accroissement est posé, l'accroissement qui s'est produit pendant la révolution précédente se reproduira dans la révolution suivante, pourvu que l'exploitation en soit faite par une coupe bien entendue.
Il n'y a pas ici de théorie fondée sur des données
* Smnt-Yon, page 304.
* Saint-Yon, page 304.
s Ord. de Charles IX. Août 1573.
Digiti
d'apparence scientifique ; Tobservation de la nature, Tordre dans les exploitations, les enseignements de l'expérience, tels sont les principes de la méthode française.
Elle fut généralisée dans les forêts d'essences feuillues par le règlement d'août 1573, et appliquée avec le martelage en réserve, bien que ce mode n'ait plus sa raison d'être après le rétablissement du droit de propriété, par le fait de l'extinction du droit au bois d'origine germanique.
Dans les sapinières, le régime des défends se maintint plus longtemps, et ces forêts restèrent soumises au régime de la coupe extraordinaire par pieds d'arbres jusqu'au xviii® siècle. C'est seulement à cette époque que la méthode des coupes par contenance leur fut appliquée, non plus avec le mode de martelage en réserve, mais avec le martelage en délivrance. Les sapinières furent rapidement améliorées par ce nouveau mode de la coupe par contenance, qui reçut le nom de jardinage.