CHAPITRE V
PRATIQUE DU JARDINAQE
Le jardinage est le second mode de la coupe par contenance, la dernière et la plus parfaite expression de Tart forestier au xviii^" siècle. L'enseignement officiel a pu se tromper dans le mode à tire et aire par suite de la difficulté d'en discerner l'esprit dans des pratiques contradictoires, confuses et discutées avec passion sans avoir jamais été nettement formulées, mais il donne du jardinage une définition inexacte *.
Le jardinage ^ consiste à adopter une période de 10 ans 3 pour la révolution des coupes, à partager la forêt en un pareil nombre de divisions égales ou assiettes, à afl'ecter chaque assiette à une année de la
* Voir cette définition, page 261 du Cours de culture des bois créé à l'école forestière par M. Lorentz. Dans cette définition , la méthode du jardinage est évidemment confondue avec la coupe extraordinaire par pieds d'arbres, qui se faisait sous le régime des défends, avant l'établissement des coupes ordinaires, et par conséquent avant toute méthode d'exploitation dans les futaies pleines.
* Arrêt du Conseil du 29 août 1730.
3 La période de révolution du jardinage a été portée quelquefois à 20 et. à 25 ans (Règlement Maclot de 1727, homologué le 29 août 1743.)
révolution, à distinguer dans le peuplement le sousétage , composé de tous les arbres d'un mètre < de tour et au-dessous, et l'étage supérieur, de tous les arbres plus forts, à fixer la possibilité de chaque coupe par volume, en prenant pour unité l'arbre moyen dans la futaie et la perche dans le sous-bois, et à marquer la coupe en délivrance en préférant les arbres dépérissants.
Le second mode de la méthode française est en progrès certain sur le premier. Par l'abréviation de la révolution des coupes et par l'adoption du martelage en délivrance, il permet au praticien d'acquérir de l'expérience, mais il ne donne pas le moyen de déterminer pratiquement l'accroissement qu'il est nécessaire de connaître non seulement en volume, mais encore dans ses conditions de production, pour arriver au rapport soutenu et à l'amélioration progressive de la forêt par la manière de faire la coupe.
Le jardinage assure la régénération naturelle de la manière la plus complète et la plus profitable, par suite de la dimension et de la qualité des sujets qu'il procure pour le recrutement de la futaie. Par l'amélioration qu'il apporte dans la végétation et la consistance des peuplements, il prévient tout dépérissement dans les massifs et obvie à tous les dangers qui
1 Le minimum de grosseur des arbres de la futaie a été porté à X'SZ de tour dans le règlement Maclot.
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peuvent menacer les forêts, en raison des météores, des insectes et surtout des préjugés antiforestiers.
La réformation, qui, sous l'ancien régime, était le service du contrôle, n'aurait pas accepté la méthode allemande et aurait certainement accompli son œuvre sans le malheur des temps, car dès qu'on est dans la logique des faits on arrive plus sûrement à la vérité qu'aux limites de l'arbitraire, lorsqu'on s'en est écarté au point de départ.
Le plus grand dommage que l'adoption de la méthode allemande ait causé à l'art forestier est la destruction, maintenant très avancée, de la forêt domaniale de Levier, qui était soumise au jardinage depuis 1727, le plus ancien et le plus beau spécimen de cette méthode et comme un monument de la sylviculture française.
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