II
Doctrine luthérienne sur l'état primitif de l'homme.
Luther ne révoqua nullement en doute que riiomme n'ait été créé juste et saint. Bien plus , il ne connut point la doctTÎne négative des protestans de nos jours , qui disent que Thomme a été créé dans un état de pure innocence, d'indifférence au bien et au mal ; doctrine qui rend absurde le dogme de la chute originelle : car il s'ensuivroit qu'il étoit nécessaire à l'homme de passer par l'état du péché pour arriver à la conscience de sa condition '. Mais Luther, d'un autre côté , ne tomba que trop dans de nombreux égaremens dont les conséquences ne sont, ni moins déplorables ni moins funestes.
Relativement à la justice primitive, il n'émit
* Il falloit qu'Adam fût éprouvé, afin qu'il se déterminât luimème^^et acquît la conscience de sa liberté , mais il n'étoit nullement nécessaire qu'il succombât à la tentation. A la vérité , par la chute originelle , il parvint également à la connoissance et à la libre possession du bien et de la vérité; car la bonté de Dieu lire le bien du mal même. Mais prétendre, purement et simplement , que le péché étoit nécessaire, c'est détruire la différence entre le bien et le mal.
( Nous ne doutons pas que , dans le texte , l'auteur n'ait eu en vue l'opinion qui s'est formée parmi les disciples de Hegel. ) [Noie du tr ad.)
aucune idée nouvelle , contraire aux opinions de l'époque : il choisit, parmi les nombreuses théories de l'Ecole, celle qu'il trouva la plus conforme à ses opinions ; puis , après l'avoir exposée avec assez de maladresse, il l'adapta telle quelle à son système : en sorte qu'on ne peut nullement comprendre sa doctrine sans bien connoître cette théorie elle-même. Aussi n'estce que plus tard que nous en verrons toute l'importance dans la théologie luthérienne. Contre les théologiens qui voyoient dans la justice primitive un don surnaturel , Luther avança qu'elle appartenoit à la nature humaine ; et niant également qu'elle eût été un attribut accidentel , comme l'avoient enseigné les scolastiques , il prétendit qu'elle étoit inhérente au premier homme, qu'elle formoit une partie intégrante de son essence, esse de naîurâ, de essentiel hominis'. L'homme encore pur, disoit-il ; l'homme sortant des mains du Créateur, possédoit en lui-même tout ce qui pouvoit le rendre agréable à Dieu. Par une vertu qui lui étoit propre, toutes les parties de son être étoient entre elles dans une
1 Luther wGmc5. c. îlI.Opp. éd. Jen. toni. I,p. 83 : « Quare statuamus, justitiam non esse quoddam donum, quod ab extra acccderet , scparatumque a naîurâ hcrainis ( ce n'est point ainsi que s'exprimoient les scolastiques), scd fuisse vere naturalem , ut natura» Adge diligere Deum, credere Deo, cognoscere Deuhi, etc. "
heureuse harmonie , et en rapport intime avec son auteur. Ses facultés religieuses , surtout , pouvoient se développer au plus haut degré : pour connoître Dieu , pour l'aimer et le servir, il n'avoit besoin d'aucun secours surnaturel. Confondant la faculté avec ses effets, les Réformateurs appelèrent image de Dieu et les dispositions religieuses et leur vivant développement. Par cela seul qu'Adam avoit ces dispositions , il étoit effectivement pénétré d'amour, de crainte de Dieu, soumis en tout à sa volonté'. Les théologiens catholiques,
* J'pologia de peccalo originali, § 7. pag. 66. « ïtaque justitia originalis habitura erat eequale temperamentum qualitatum ccrporis , sed etiam hœc dona : notitiam Dei certiorem , timorem Dei, fiduciam Dei, aut certe rectitudinem , et vim ista efficiendi. Idque testatur Scriptura , com inquit hominem ad imaginem et similitudinem Dei conditum esse. Quod qiiid est aliud , nisi in homine hanc sapientiam et jostitiam effigiatam esse, quae Deum apprehenderet , et in qua reluceret Deus , hoc est , homini dona esse data notitiam Dei , timorem Dei , fiduciam erga Deum et similia. » D'après ces paroles , Dieu a donné au premier homme non-seulement les facultés spirituelles (vim ista efficiendi), mais les actes même de l'intelligence (timorem Dei , fiduciam). Comment donc Gerhard a-t-il pu avancer que , selon la doctrine luthérienne , l'image de Dieu n'appartient point à la nature de l'homme ; mais qu'elle est seulement une qualité , une modification de son essence? (Joann. Gerhard, loc. t heolo g, éd. Cotta. 1765. tom. IV. p. 249. seq. cfr. Fjusdem Confess. cathol. 1. IL art. XX. c. IL p. 349.) Du reste, notre auteur prend la peine de se réfuter lui-même ; car il dit , d'une part , que la conscience est un reste de l'image de Dieu ; d'autre part , qu'elle ne doit point être expliquée par une action surnaturelle de Dieu sur l'homme. Or de ceci quelle est la conséquence ? C'est que la con-
au contraire , distinguèrent soigneusement entre ces deux choses ; et , pour en bien préciser la différence , ils appelèrent image de Dieu la faculté religieuse, et ressemblance avec Dieu le développement de cette même faculté'. Nous verrons quelles conséquences décisives entraîna cette contrariété si petite au premier coup d'œil; et d'avance, nous devons nous préparer à entendre , de la part de Luther, des opinions étranges sur le péché originel. Ce défaut de distinction , au reste, a également sa raison dans le désir qu*avoient les Réformateurs de mettre leurs écrits à la portée de tout le monde. Autant que possible, ils évitoient scrupuleusement, comme un vain produit de l'Ecole, toute distinction et toute expression abstraite : mais aussi tom-
science et par conséquent l'image de Dieu appartient à la nature humaine. Cependant le même Gerhard dit : La conscience est concreta humanœ suhstantiœ integritas , perfecîio ac rectitudo et proindein caiegoria qualitatis coîlocanda. Loci theol. 1. ï, p. 268. Cfr. Chemnit. loc. theol. P. I, pag. 217. cd. Leys. 1G15.
* Bellarm. de Gr. prim. Jwm. c. îî. loc. cit. p. 7. . . ff Imago, quse est ipsa natura mentis et voluntatis, à solo Deo fiei i potuit : similitudo autem , quœ in virtute et probitate consistit, a nobis qucque, Deo adjuvante , perficitur. » Et plus bas : « Ex his igitur tôt Patrum testimoniis cogimur admittere , non esse omnino idem imaginem et similitudinem , sed imaginem ad naturam, similitudinem ad virtutes pertinere. » Quand bien même cette distinction ne pourroit être appuyée sur les paroles de la Genèse , elle n'en reposeroit pas moins sur une base solide ; car elle a en elle-même une valeur indépendante de toute interprétation biblique.
Loieiit-ils souvent dans une confusion d'idées bien étrange et bien funeste.
La seconde contrariété a sa source dans la doctrine sur la liberté humaine. En effet Luther avança, comme un article de foi , que l'homme ne possède aucune liberté; que les actes qu'il croit libres ne le sont qu'en apparence ; que Dieu disposant toutes choses avec une nécessité irrésistible, les actions de l'homme ne sont dans le fond que les propres actions de Dieu '.
Telle est aussi la doctrine de Mélanchthon. Ainsi que Luther, il assujétit tout à la prédestination et
1 Luther, de Servo arbitrio, adv. Erasm. Kotcrod. 0pp. cd. lat. Jen. tom. III, fol. 170 : « Est itaque et hoc inprimis necessarium et salutare Christiano nosse , quod Deus nihil prsescit contingenter, sed quod omnia incommutabih et aeterna infalhbilique Yoluntate et providet et proponit et facit. Hoc fuhnine sternitur et conteritur penitus liberum arbitrium. Ideo qui h'berum arbitrium volunt assertum , debent hoc f uhuen vel «égare vel dissimulare , aut alia ratione a se abigere. » fol. 171 . « Ex quo sequitur irrefragabiliter, omnia quœ facimus , etsi nobis videntur mutabiliter et contingenter fieri et fiant, et ita etiam contingenter nobis fiant, rêvera tamen fiunt necessario et immutabiliter, si voluntatem Deispectes. » fol. 177. Alterum paradoxon : « Quidquid fit a nobis, non libero arbitrio, sed merâ necessitate fieri. » Luther finit son livre par ces paroles, f. 238 : « Ego vero hoc libro non contuli , sed asserui et assero , ac pênes nullum volo esse judicium, sed omnibus suadeo, ut prœstent obsequium. » Le livre de la Concorde II de libero arb. p. C39, confirme cet ouvrage du Réformateur, et en particulier ce qu'il dit de absolutâ necessitate contra omnes sinistras suspiciones et corrwplelas ^ et il termine ainsi : « Ea hic repelita esse volumus , et \\i diligenter legantur et expelantur omnes hortamur. «
à la nécessité ; il proclama la doctrine : Dieu opère toutes choses, un dogme essentiel du cliristianisme ; car, dit-il, elle humilie justement la sagesse et la prudence humaine. Notre réformateur ne s'arrêta point en aussi beau chemin ; cent fois il répète que le mot liberté étant étranger à l'Ecriture, doit être rejeté par le jugement de l'homme sensé : C'est la philosophie, ajoute- t-il, qui l'a introduit dans l'Eglise , ainsi que le terme funeste de raison. A son avis , c'est un grand crime aux professeurs de théologie dans le moyen âge , d'avoir si bien affermi parmi les chrétiens le dogme de la liberté, que l'on ne pourroit qu'avec peiné les arracher à cette erreur'. Aussi ne fait-il point de difficulté, sur cette inculpation , de les appeler sophistes , théolog astres, théologistes , etc. Plus tard cependant, l'expérience , la réflexion , et surtout la lutte avec les catholiques , lui firent apercevoir l'abîme sans fond dans lequel une semblable doctrine précipiteroit infailliblement l'Eglise. Pour lors il
* Mélanchthon Loc. theolog. éd. Aug. 1821 : « Sensim irrepsit Philosophia in Christianismum et receptum est impium de libero arbitrio dogma. — Usurpata est vox liberi arbitrii, a divinis litteris , a sensu et judicio spiiitûs alienissima... additum est e Platonis philosophia vocabulum raiionis œque perniciosis^ simum»ip. 10. « In quaestionem vocatur, sitne libéra voluntas et quatenus libéra sit ? Respons. quandoquidem omnia quae eveniunt, necessario juxta divinam praedestinationem eveniunt, nuUa est voluntatis nostrae libertas » p. 12.
abandonna ses premiers sentimens ; il alla même jusqu'à les combattre '.
Quant à Luther, nous ne savons pas qu'il se soit jamais rétracté , et le livre de la Concorde confirme expressément son écrit contre Erasme. Cette doctrine est devenue de la plus haute importance ; et d'après le témoignage même de Mélanchthon, son influence pénètre tout le système luthérien'.
A l'égard de l'état dans lequel fut créé le corps de l'homme , les symboles luthériens sont d'accord sur ce point avec la doctrine catholique. S'ils ne disent pas expressément qu'Adam n'étoit pas sujet
* Chose singulièrement remarquable ! Dans les éditions des Lieux théologiqueSf ipostérieure?> à 1535, Mélanchthon reproche aux scolastiques d'avoir enseigné la nécessité absolue; tandis que, dans les éditions antérieures, il les accuse d'avoir poussé l'audace jusqu'à soutenir la liberté. « Et quod asperior paulo sententia de prœdestinatione vulgô videtur : debemus illi impiae sophistarum theologiae, quae inculcavit nobis contingentiam et libertatem voluntatis nostrge , ut à veritate scripturœ molliculae aures abhorreant. » Voilà ce que nous lisons dans la première édition ; mais voici ce qu'il dit dans celles qui ont été publiées depuis 1535 jusqu'à 1543 : « Falla et plerique alii non recte detrahunt voluntati hominis libertatem. « Qui sont donc ces plerique? Nous trouvons , dans les écrits des réformateurs , un grand nombre de semblables impertinences. Dans les éditions qui ont paru depuis 1543 , Mélanchthon fait dériver cette doctrine des stoïciens : Hœc imaginatio orta est de stoicis disputationibus etc. Est-ce assez de contradictions?
^Mélancht. Loc. theol. éd. August. 1821. p. 1 3 : « ïn omnes disputationis nostrœ partes incidet. n
à la mort, c'est qu'il n'y a pas de contrariété sur cet article'.
Doctrine des Réformés sur l'état primitif de l'homme.
Dans sa doctrine sur l'état spirituel de l'homme paradisal ^ Calvin se met en opposition avec les catholiques, en ce qu'il conçoit cet état indépendamment de toute vertu surnaturelle ; et avec les luthériens , en ce qu'il enseigne formellement que l'homme primitif étoit doué de liberté '. Quant au reste , les écrits de Calvin ne renferment aucune contrariété sur ce sujet, et il en est de même des symboles réformés '\ Enfin le réformateur et ces
î Cf. GerhardiZoc. theol. t. IV. p. 268 (loc. IX. c. ÏV.§ 99. j.
2 Calvin. Instit. 1. 1. c. 16, § 8, fol. 65, éd. Gen. 1669 : « Animam hominis Deus mente instruxit , qiia bonum a malo , justum ab injusto discerneret -, ac quid sequendum vel fugiendum sit prœeunte rationis luee videret ; unde partem hanc directricem rà 5^//?/jioytzov dixerunt Philosophi. Hiiic adjunxit voluntatem, pênes quam est electio. His praeclaris dotibus excelluit prima hominis conditio , ut ratio , intelligentia , prudentia , judicium non modo ad terrenae vitae gubernationem suppeterent, sed quibus transcendèrent usque ad Deum ad œternam felicitatem. In bac integritate libero arbitrio pollebat homo , quo si vellet adipisci posset aeternam vitam. »
^Helvet. I. c. Yll( Corpus libr. Symbol, éccles. reform. éd. August. 1817.) p. 16. II. p. 96. ni. p. 103. Cependant ces symboles , à l'exception du premier, ne parlent point de la liberté ; mais ils disent seulement cpjc l'homme a été créé à l'image de
mêmes symboles , pour la plupart, enseignent que la mort est la suite du péché '.
Mais comment Calvin a-t-ilpu accorder la liberté au premier homme, lui qui partagea avec Zwingle les sentimens de Luther enseignant que tout arrive par la nécessité divine ; lui qui a poussé cette doctrine jusqu'à ses dernières conséquences? A la vérité il remarque , dans le sentiment de cette contradiction , que ce n'est pas ici le lieu d'examiner la question sur la prédestination divine; car , dit - il , il s'agit de la condition primitive de l'homme , et non point de ce qui a pu arriver ou ne pas arriver". Mais qui ne voit combien cette observation est loin de résoudre la difficulté? Comment, en effet, Calvin voudroit-il séparer deux doctrines dont l'une attribue tout à la nécessité , aux décrets éternels de la prédestination ; tandis que l'autre accorde la liberté à l'homme encore innocent ? Ces deux doctrines ne sont-elles
Dieu. La Confess. Scot. art. IL loc. cit. pag. 145, ainsi que le symbole des réformés belges , accorde la liberté à l'homme primitif ; tandis que la confession gallicane et l'anglicane gardent le silence sur cette question , différence qu'il est facile d'expliquer.
* Helvet. L c. VIII ( Corpus libr. Symlol. eccl. reform. éd. August. 1817.) p. 17. Belg. c. XIV. p. 178 : « Quo (peccato) se morti corporaii et spirituali obnoxium reddidit. »
^Calvin, instit. 1. 1. c. 15. § 8 : « Hic enim intempestive quœstîo ingeritur de occulta praedestinatione Dei : quia non agitur, quid accidere potuerit , necne , sed qualis fuerit hominis natura. »
pas étroitement liées entre elles? En admettant Tune , ne doit-on pas rejeter l'autre nécessairement ; à moins que Ton n'attaclie au mot liberté une idée qui n'auroit rien de commun avec la faculté humaine connue sous ce nom ? Or, c'est effectivement ce qui est arrivé ; car , à l'exemple de Luther ' , Calvin oppose à la liberté la coaction extérieure , mais non pas la nécessité proprement dite. Mélanchthon , au contraire, avoit reconnu l'affinité de ces deux questions ; il avoit cru devoir établir entre elles une liaison intime et les traiter en même temps '. D'ailleurs, selon Calvin , la chute originelle avoit été résolue de toute éternité ; doctrine qui renverse la proposi-
* Luther, de Servo arUtrioadErasm. Roierod.^ 1. 1, fol. 171 : « Optarim sane aliud melius vocabulum dari in hac disputalione , quam hoc , Nécessitas , quod non recte dicitur, neque de divinâ , neque de humanâ voluntate ; est enim nimis ingrats? et incongruae significationis pro hoc ioco , quamdam velut coactionem,et omnino id. quod contrarium est voluntati, ingerens intellectui. Cum tamen non hoc veiit causa ista quœ agitur ; voluntas enim , sive divina sive humana , nullâ coactione , sed merà lubentiâ vel cupiditate quasi vere libéra , facit quod facit , sive bonum sive malum. Sed tamen immutabilis et infaliibilis est voluntas Dei , quœ nostram voluntatem mutabilem gubernat , ut canit Boetius, stabilisque manens das cuncta moveri. «C'est à tort que Luther cite ici Manlius Torquatus Boetius , car jamais celui-ci n'a enseigné la nécessité de toutes choses.
^Melancht. Loc. theol. p. 13 : « Sed ineptus videar, qui statim initie operis de asperrimo Ioco, de prœdestinatione disseram. Quanquàm quid atlinel in compendio , primo an postremo Ioco id agam , quod in omnes disputa iionis nosirœ partes incidet? «
lion : le premier homme a été libre, c'est-à-dire , il a pu ne pas pécher. De là , au reste , les contradictions qu'on remarque dans les symboles réformés, les uns attribuant la liberté à l'homme encore innocent ; tandis que les autres , en cela plus conséquens , la lui refusent expressément.
Enfin, sur quelles preuves Calvin rejette-t-il la liberté humaine ? Telle est la question sur laquelle nous croyons devoir encore fixer l'attention ; car son examen jettera beaucoup de jour sur notre sujet; et nous verrons d'un autre côté, que la nécessité du réformateur ne doit pas , à tous égards, être confondue avec le fatum des payens'. La doctrine de la non-liberté, disoit Mélanchthon, est bien propre à réprimer l'orgueil de l'homme ' ; et voilà, à part force déclamations, la seule preuve qu'il apportoit en faveur de son sentiment. Selon
1 Calvin lui-même fait remarquer cette différence, il dit , Calv. liisîit. rel. christ. 1. î. c. 16. n. 8 : « NonenimcumStoicisnecessitatem comminiscimur ex perpetuo causarum nexu et implicitâ quàdam série , quœ in naturâ continealur : sed Deum constituimus iirbitrum ac moderatorem omnium , qui pro sua sapientiâ , aÎ3 ulîimâ aîternitate decrevit quod factums esset , et nunc sua potentià, quod decrevit , exequitur. 5> Gomme la doctrine de Calvin avoit été accusée de fatalisme par un professeur luthérien de Heidelberg , Bèze publia en défense de cette doctrine un écrit intitulé : Ahsteriiio calumnlar. quihus asperstis est Joann. Calv. a Tillemano Hessusio, p. 208 et seq.
2 Melancht. 1. c. : <t Mulfum enim omnino refert ad premendam damnandamque humanœ rationis tum sapienliam, tum prudentiam , constanîer credere , quod n Dco fiant omnia. »
Calvin , la croyance que non-seulement Dieu gouverne toutes choses par sa suprême sagesse, que non-seulement il assigne à tous les êtres la place qu'ils doivent occuper, mais que rien n'arrive que par un ordre spécial de sa providence ( destinante Deo ) ; cette croyance , selon Calvin , renferme les plus grandes consolations , puisque l'homme est alors entre les mains d'un père sage, toutpuissant, infiniment hon '. Il ne lui suffit pas que Dieu dispose toutes choses, même le mal, pour le bien de ceux qui le servent j il crut ne pouvoir assez bien déterminer l'idée de la prescience divine, ni assurer assez le salut des élus , qu'en enseignant que c'est Dieu même qui dirige sur eux les coups de l'ennemi. Plusieurs symboles réformés ont emprunté ces preuves à Calvin ; mais toujours ils les rapportent avec beaucoup de correctifs et
* Calvin. Institut, reh Christ. 1. 1. c. 17. § 3. Au reste , Luther de Servo arbitrio. 0pp. tom. lïl. fol. 171 . b. lui avoit déjà frayé cette route : « Ultra dico , non modo quam ista sint vera , de quo infra latins ex Scripturis dicetur, verum etiam quam religiosum , pium et necessarium sit , ea nosse , his enim ignoratis , nequc fides , neque ullus Dei cultus consistere potest. Nam hoc esset vere Deum ignorare, cum qua ignorantia salus stare nequit, ut notum est. Si enim dubitas , aut contemnis nosse , quod Deus omnia , non contingenter, sed necessario et immutabiliter praesciat et velit, quomodo poteris ejus promissionibus credere, certo fidere, ac niti? Cum enim promittit, certum oportet te esse , quod sciât, possit et velit prœstare quod promittit ; alioqui eum non veracem, nec fidelem aestimabis , quœ est incredulitas et somma impietas et negatio Dcialtissimi. ')
dans la crainte louable de reproduire celte doctrine avec tout ce qu'elle a de révoltant '. Le réformateur, au contraire , et son disciple Théodore de Bèze * admirent ces erreurs dans toute leur énormité; mais aussi, malgré toutes leurs protestations 5 ne purent-ils convaincre une foule de personnes qu'ils n'attribuoient point à Dieu l'origine du mal. Nous devons, pour nous, entrer plus avant dans cette question»