‹ La symbolique (volume 2)Chapitre 15 sur 37 · IX · texte numérisé non relu

IX

Sentiment de Zwingle sur lePéf;hé orijrinel.

Pour éclaircîr quelques points de doctrine dans les svmboles réformés, nous exposons comme supplément l'opinion de Zwinr/le sur le péché orirrinel. ]Von-seuiement ce hardi réformateur prétendit trouver dans l'Ecriture sainte la claire notion du mal héréditaire ; mais encore il entreprit de l'expliquer d'une manière psycolorrique ; tentative infiniment au dessus de ses forces . et devant laquelle viendront à jamais se briser tous les efforts de la sagesse humaine.

D'abord il fait une inconvenante et froide plaisanterie : la formation de la femme . dit-il , fut d'un mauvais présage pour le futur époux. Adam ne s'étant pas éveillé pendant que Dieu tira Eve d'une de ses côtes , dès ce moment il fut clair qu'il pouvoit facilement être trompé. Alors le démon voyant la simplicité de la femme et en même temps l'esprit d'intrigue qui sVheilloit en elle , fortifia le désir qu'elle avoit conçu de jouer un tour à sa chère moitié ; puis il lui fournit les movens de réussir dans cette entreprise : de là ]f péché originel.

Après s'être ainsi joué avec le péché, notre

auteur ajoute d'un Ion sérieux : par la tentation de Satan non moins que par ses promesses , il est facile de voir que l'amour-propre a été la cause de la désobéissance d*Adam ; d'où il suit que toute la misère humaine découle de Torgueil. Or, d'après une loi constante du monde phénoménique , toute cause produit un effet semblable à ellemême ; donc , depuis la chute , tous les hommes naissent avec l'amour-propre , seule cause du mal moral. D'après cela, Zwingle définit le péché originel, qui en lui-même n'est pas péché, l'inclination, le penchant qui nous porte au mal; ensuite il cherche à éclaircir cette définition par la comparaison suivante : Un jeune loup est loup par toute sa nature, c'est-à-dire, sa férocité naturelle le porte à dévorer les brebis ; et lors même que déjà il n'en a dévoré aucune, les chasseurs le tuent tout aussi bien qu'un vieux loup; car ils n'ignorent pas qu'il commencera ses ravages aussitôt qu'il pourra compter sur ses forces. Ainsi les dispositions naturelles constituent en lui le péché ou vice héréditaire ; et la rapine qui a sa source dans ces dispositions , est proprement appelée péché , tandis que le premier ne peut être considéré comme une faute imputable'.

^ Zwinglii de Peccat. orig. declar. 0pp. tom. II. fol. UT: « Quara ergo tandem causam tam imprudentis facti aliam esse putemus, qiiam amorem sui? etc. Habemus nimc prsevaricationis

Or, d'une part, cette explication n'expliqué rien; d'autre part , elle est très conforme à l'esprit du protestantisme. D'abord elle n'explique rien; car si le péché originel a sa cause dans l'amourpropre , celui-ci étoit déjà dans le cœur de l'homme avant sa chute , et il n'a fait que se produire au dehors par le péché. D'un autre côté, le Réformateur considère l'orgueil, ce fruit de l'arbre défendu, comme une disposition naturelle à l'homme ; donc il n'est point un héritage d'Adam ; donc il a Dieu pour auteur immédiat. Et voilà pourquoi cette explication est tout-à-fait dans les principes du protestantisme. Attribuant à Dieu la cause du mal , elle fait des péchés actuels les rejetons nécessaires, les formes visibles des dispositions naturelles ; ce qu'on voit clairement par l'exemple du jeune loup qui, privé de toute liberté, ne peut résister à l'instinct. Ainsi le péché originel ne constitue point un véritable péché:

fonlem, mla^j-iv.-^ scilicet, hoc est sul ipsius amorem : ex hoc manavit qiiidquid uspiam est malorum iiUer mortales. Hoc mortuus jam homo filios dégénères procreavisse neiitiquam cogitandus est : non magis, quam quod ovem lupus aut corvus cygnum pariât... Est ergo ista ad peccandum amore suî propensio peccatum originale : quce quidem propensio non est proprie peccatum , sed fons quidem et ingenium. Exemplum dedimus de lupo adhuc catulo. . . . Ingenium ergo est peccatum sive vitium originale : rapina vero peccatum , quod ex ingenio dimanat , id ipsum peccatum actu est, quod recentiores artuale vocant, quod et proprie pecra'tiim est » .

mais il est un vice inhérent à la nature humaine. Zwingle tombe dans une contradiction manifeste , quand il enseigne que les péchés actuels sont de vrais péchés ; car ils ne sont , dans son système , que le développement nécessaire des inclinations que le Créateur a mises en nous. D^ailleurs , s'il n'eût envisagé aucun crime comme imputable à l'homme, il eût été plus fidèle à ses principes sur l'origine du mal.

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