XVIII
Examen des preuves tirées de la pratique.
Pesons maintenant à la balance du raisonnement les preuves pratiques alléguées par les protestans, et d'abord voyons quelles sont ces preuves.
I. Ce n'est que dans notre doctrine , disent les adversaires , que les consciences alarmées trouvent de vraies , de solides consolations. Si la foi comme organe peut justifier devant Dieu, les cœurs , on le voit assez , jouissent d'une paix sûre et profonde ; mais si vous enseignez au contraire que la foi vive obtient seule l'amitié du Ciel , vous les livrez en proie aux angoisses les plus cuisantes, au désespoir le plus affreux. Qui peut en effet
contritio, neque dilectio, neqne ulla alia virtus est illud instrumentum , quo graliam Dei , meritum Christi et remissionem peccatorutA apprehendere et accipere possumus. »
s'assurer qu'il aime d'un amour véritable? Quel homme dira que ses pensées , ses affections , que tout son être est saint aux yeux du Seigneur ?
IL Les protestans continuent : Dans la doctrine qui attribue la justification à la foi instrumentale, le salut repose uniquement sur la miséricorde divine et toute gloire revient au Sauveur. Mais voulez-vous que la foi ne justifie que par Tamour? de ce moment la gloire qui n'appartient qu'à Dieu, est partagée entre Dieu et l'homme; disons mieux, elle est enlevée à Dieu sans réserve. En un mot , ce n'est que dans nos principes que l'on reconnoît le prix immense de la rédemption '.
IIL D'avance , par ce qui vient d'être dit , poursuivent toujours les protestans , l'on voit quelle base féconde nous donnons à la vertu. En effet, notre doctrine est le plus solide fondement de
* Jpolog., IV. de dilect. et împlet. leg. § 48. p. 90 : « De magna re disputamus, de honore Christi et unde pétant bona? mentes certam et tirmam consolationem. » Calvin, instit. 1. lïl. c. 13. § 1. p. 273 : « Atque omnino quidem duo hic spectanda sunt , nempe ut domino illibata constet et veluti sarta tecta sua gloria , conscientiis verè nosîris coram ipsius judicio placida quies ac serena tranquillitas. » — De necessitate reformandœ eccles. opusc. p. 429 : « Neque inter opéra et Christum dimidiat, sed in soîidum Christo adscribit ( Paulus) , quod coram Deo jusîi censemur. Duo hic in quœstionem veniunt : utrum inter nos et Deum dividenda sit saniti? nostrae gloria, etc. '>Voy . aussi Chemnit. , Eocam. Candi. Tria. P. 1. p.. 59fi, etpassim.
l'humilité ; car elle rapporte tout à Dieu , et n'attribue rien à l'homme , rien excepté le mal '.
Examinons maintenant la première preuve. Sans doute il appartient à la vraie Eglise de consoler les âmes en proie à la douleur ; mais elle ne doit point leur donner de fallacieuses consolations. Or , qu'il n'en soit ainsi dans la doctrine protestante , déjà nous n'avons que trop sujet de le craindre par la distinction entre la foi instrumentale et la foi active par Tamour. Ecoutons le dialogue suivant entre Luther et une âme affligée :
* Luth. Adv. Erasm. Roterod. 0pp. tora. III. p. 176. b, « Duœ res exigunt talia prœdicari. Prima est humilitatio nostrœ superbiae et cognitio gratiœ Dei, altéra ipsa fides christiana. Primum , Deus certo promisit humiliatis , id est , deploratis et desperatis, gratiam suam. Humiliari verô penitus non potest homo , donec sciât , prorsus extra suas vires , consilia , studia , voluntatem, opéra, omnino ex alterius arbitrio, consilia, voluntate, opère suam pendere salutem , nempe Dei solius. Siquidem , quam diu persuasus f uerit , sese vel tantulum posse pro sainte sua , manet in fiducia suî , nec de se penitus desperat , ideo non humiliatur coram Dec , sed locum , tempus , opus aliquod sibi prœsumit , vel sperat, vel optât saltem, quo tandem perveniat ad salutem. Qui verô nihil dubitat, tolum in voluntate Dei pendere, is prorsus de se desperat, nihil eligit, sed expectat operantem Deum, is proximus est gratiae , ut salvus fiât. Itaque propter electos ista vulgantur ut isto modo humiliati et in nihilum redacti , salvi fiant , ctTteri resistunt humiliationi huic , imo damnant doceri hanc desperationem sui , aliquid vel modiculum sibi relinqui volunt , quod possint , hi occulte manent superbi et gratiae Dei adversarii. Haec est , inquam , una ratio , ut pii promissionem gratiœ humilitati cognoscant, invocent et accipiant. » — Calvin. ^sîit. 1, ÏIÎ. ç.i?. § G. p. 272 : «Hactenusperniciosamhypocrisin
« Je n'ai jamais l'ait ie bien, dis-tu; et avec cela je suis foible et fragile. — Sans doute , tu ne pourras jamais , de toi-même , amasser un semblable trésor; mais écoute la bonne, l'heureuse nouvelle que t'annonce le Saint-Esprit par la bouche du prophète : « Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantes pas (qui n'agis pas par la charité). » Dieu ne te dit-il point par là : Pourquoi t'affliger, t'attrister ainsi , toi qui n'as pas lieu de t'abandonner à la douleur? — Mais je suis seule, stérile et n'enfante pas. — Que tu édifies ou non sur la justice de la loi , que tu n'enfantes point comme Agar ' , n'importe : ta justice n'en est que meilleure et plus élevée , savoir Jésus-Christ , qui saura bien te délivrer de la terreur de la loi ; car il est devenu malédiction lui-même, afin de te délivrer de la malédiction des préceptes '. »
docuerunt, qui haec duo simul junxere, humiliter sentiendum et justitiam noslram aliquo loco habendam. » ^ Y. Gai, A. 21.
~ Luther, Jusle g. des Brief... {Commentaire sur l'Epitr^ aux Gai.), endroit cité, p. 258. Il est clair que, dans ce dialogue, il ne s'agit pas d'une âme affligée parce qu'elle ne peut faire tout le bien qu'elle désire , parce que sa position ne lui permet pas de montrer par les œuvres l'amour qu'elle a pour son prochain. Dans ce cas Luther lui eût donné de tout autres consolations ; surtout il n'eût point cité l'exemple d'Agar. 11 auroit alors suffi de dire à cette âme : f^ous avez l'amour., c'est assez; l'amour est l'accomplissement de la loi. Mais c'est là précisément ce que Luther ne vouloit , ne pouvoit pas dire.
Quel dangereux abus de l'Ecritare sainte î N'estce pas là remplacer la foi vive par la foi instrumentale? Loin de trouver des consolations dans cette doctrine, nous n'y voyons et l'on ne peut y voir qu'une fausse sécurité , qu'un mortel assoupissement. Quoi ! la foi vive , ce don céleste , cette vertu justifiant par l'amour, seroit incapable de s'élever au dessus d'une justice purement légale ! Puis quelles flagrantes contradictions ! Plus haut Luther appeloit la foi la volonté droite; ici nous n'apercevons qu'une foi sans volonté ; là elle étoit un principe de vie, ici elle est l'inertie même; là elle faisoit constamment le bien , toujours elle avançoit dans le sentier de la vertu ; ici elle ne sait que soupirer et gémir; et cela c'est la vraie foi !
Vainement voudroit-on le nier : si la distinction des réformateurs signifie , d'une part , que la foi rend juste , mais non pas en tant qu'elle est acfîv.e, elle signifie également, d'un autre côté, qu'elle justifie lors même qu'elle n'est point active. Qu'on relise quelques-uns des passages cités plus haut; ce n'est peut-être qiik ce moment qu'ils paroîtront dans tout leur jour. Mais avant tout , nous appelons la réflexion sur ces paroles : « Lorsque l'homme entend qu'il doit croire en Jésus- Christ, mais que la foi ne peut lui être d'aucun secours, d'aucun avantage, si l'amour ne se joint
à cette même foi pour lui donner la force et la propriété de justifier ; quand l'homme entend cela j disons-nous , nécessairement il doit tomber de la foi dans le désespoir, et se tenir à lui-même ce discours : Si la foi ne rend pas juste sans la charité 5 la foi est inutile et ne vaut rien , et c'est la charité qui seule justifie. Car si la foi ne renferme pas la charité qui lui donne sa due forme , c'està-dire la qualité et la propriété de rendre juste, alors la foi n'est rien ; mais si la foi n'est rien , comment peut- elle rendre juste? » Enfin, que l'on se rappelle la description des richesses conférées au chrétien par le baptême.
Or tous ces passages établissent le sentiment que nous avons émis , en assignant le sens pratique de la distinction que nous combattons. Evidemment , selon Luther, la foi active ne peut exister sans celle qui embrasse Jésus-Christ par la confiance ; mais celle-ci peut exister indépendamment de celle - là ; bien plus elle perd tout prix, toute valeur, quand elle en est accompagnée. Certes , ce n'est pas là la doctrine de saint Paul (Comp. Rom. V, 1-6. YIII, 1-16 ; Gai, Y, 6-22. ), Nous nous écrierons en l'Esprit saint : Père, tendre Père ! Mais les fruits de l'Esprit sont l'amour, la joie, la paix, la patience, la charité, la bonté, la longanimité , la douceur , la fidélité , la modestie, la chasteté. Ainsi donc, sans la charité, comme
sans les autres vertus, nulle paix, nulle sécurité pour le fidèle , nulle délectation dans le Saint- Esprit ; et c'est ce que prouve l'exemple même de Luther. Comme il n'avoit point une foi douce , humble, affectueuse, il ne goûta point la paix de l'âme , et il ne pouvoit la goûter qu'en tombant dans une torpeur léthargique , qu'en s'endormant du sommeil de la mort. Quant aux consolations que le dogme catholique offre au chrétien , nous en parlerons plus bas.
Passoîis à l'examen de la seconde preuve , celle que les protestans apportent avec le plus de confiance et qui renverse, à leur jugement, toute la doctrine catholique. Assurément ce seroit, de la part des différentes églises , une émulation bien digne d'éloges, que de glorifier à l'envi, mais avec discernement , celui qu'elles honorent de concert comme la seule source du salut. Mais cherchons à bien comprendre les allégations des réformateurs. Ils disent : Le dogme catholique selon lequel l'homme aimant Dieu est seul aimé de Dieu, ravale la bonté divine au niveau de celle de l'homme ; car .aimer qui nous aime , cela n'est pas rare même ici-bas. Si donc nous ne devenions agréables à Dieu qu'autant que la vertu du Christ efface nos péchés et renouvelle notre être moral , dès lors tous les mérites du Médiateur seroient mis au néant. Au contraire.
la rédemption nous ouvre-f-elle le ciel sans qu'auparavant nous soyons purifiés du péché ; alors , mais seulement alors , apparoissent dans toute leur splendeur, et les mérites de Jésus- Christ, et sa puissance auprès de son Père '. Ainsi -, comme une personne de condition témoigneroit d'autant plus d'amitié à son ami, qu^elle feroit un accueil plus favorable aux étrangers que celui-ci lui présenteroit en leurs habits de voyage; de même, ou à peu près, en est-il ici dans l'opinion des réformateurs. Mais est-il question d'une vaine étiquette, de pures cérémonies? Ne s'agit-il pas, au contraire, d'un ornement intérieur, de cette robe nuptiale sans laquelle on ne peut être admis au festin , dit celui qui est miséricorde , mais qui est en même temps la sainteté et la justice. D'ailleurs , cette personne de qualité ne supposeroit-elle pas, dans ces étrangers, autant de dévouement pour sa personne que dans son ami ? Au reste , maintenant que nous savons comment les différentes églises croient devoir célébrer la gloire du Sauveur, nous devons déjà- voir laquelle lui
1 Chemnit. , Eœam. Conc. Trid. P. I. p. 265 : « Videt enim pius lector, remissioncm peccatorum , adoplionem , ipsam denique salutem et vitam seternam adimi et detrahi satisfactioni et obedientiœ Christi , et transferri in nostras virtutes , Christo verè mediatori hoc /«w^wmrelinquitur, quod propter ipsiiis meriîum
accipiamiis charitatem Exiuanita est fidcs , et abolita pro-
misr.io , si luTieditas ex lege, ciijus summa est cîmritas! »
rend les plus dignes hommages. Mais sur quel fondement s'appuie le reproche adressé à l'Eglise ? Voilà ce que nous allons examiner.
Nous l'avons entendu : le dogme catholique que la foi vive rend seule agréable à Dieu , considère la justification, partie comme l'ouvrage du Christ, partie comme l'ouvrage de l'homme ; il partage la gloire de la rédemption entre le Sauveur et son disciple. Or cette objection , pour avoir été mille fois répétée , n'en est ni moins injuste ni moins absurde. En effet si TEglise enseignoit que la charité naît dans l'homme , qu'elle renouvelle , purifie, consacre sans la grâce; ou bien encore si elle ne faisoit intervenir le Sauveur que pour consommer notre justice imparfaite , alors cette objection seroit fondée ; mais tout au contraire , elle voit dans Jésus-Christ la source de tout bien , elle fait de toute la vie intérieure un écoulement du Saint-Esprit. Comment donc peut-il être question d'un partage de gloire ? Comment nous parle-t-on d'ingratitude envers le Rédempteur ? Sans doute l'Eglise exhorte ses enfans à s'approprier toute la vertu qui leur est offerte en Jésus-Christ; sans doute elle enseigne que, pour obtenir l'amitié de Dieu , il faut être transformé , vivifié en Jésus- Christ; mais voir dans cette doctrine un partage de gloire , c'est prétendre que l'homme mourant de faim , partage l'honneur de sa délivrance avec
îû main qui lui donne des alimens. Car ce malheureux ne doit-il pas aussi faire usap-e de la nourriture qu'on lui présente ? Ne périroit-ii pas infailliblement, s'il se contentoit de jeter sur son bienfaiteur un regard plein de confiance ? Or telle est la conduite du protestant à l'égard du Christ : mais en ^ain se flatte-t-il de rendre seul gloire à Dieu ; s'il ne se réveille de son assoupissement , il périra dans le péché. Seigneur! Seigneur! s'écrie-t-il , (soyez seul loué), et il ne fait point la volonté du Père céleste.
Mais comment les réformateurs furent-ils conduits à cette nouvelle erreur ? ils confondirent l'objet et le sujet, les mérites du Christ considérés en eux-mêmes , et l'application qui en est faite au fidèle'. D'autre part, ils regardèrent la charité,
* Le concile de Trente distingue cinq causes de la justification , distinction dont Sarpi auroit dû approfondir le sens , avant d'oser la Wâmer : « Hujus jiîstificationis causse sunt fmalis quidem gloria Dei et Christi , ac vita aeterna : efftciens vero , misericors Deus , qui gratuiîo abluit , meriîoria autem, dilectissimus unigenitus suus , Dominus noster Jésus Christus , qui cum essemus inimici , propter nimiam caritatem , qua dilexit nos , sua sanctissima passione in ligne crucis nobis justificationem meruit et pro nobis Deo Patri satisfecit. Instrumentalis item , sacrarnentum baptismi... demum unica formalis causa est justitia Dei; non qua ipse justus est , sed qua nos justes facit : qua videiicet ab eo donati , renovamur spiritu mentis nostrae , et non modo reputamur, sed verejusti nominamur et sumus , justitiam in nobis recipientes.... Sess. YI. c. VIII. » Or c'est la cause formelle qui Messe les Protestans. Dans le langage savant du moyen âge , la
qui pourtant est un don du Ciel , comme le fruit de la confiance, par conséquent comme le fruit des forces naturelles ; et, de cette manière , ils s'imaginèrent que, dans les principes catholiques , les péchés sont remis à l'homme à cause de ses propres mérites. Sans doute de fausses interpré-
cause formelle est le dans esse in aliquo , dans actuaîitatem : ici donc elle est ce par quoi la justice se forme , se réalise et de- Yient dans l'homme un principe vivifiant. Or la justice devient formée , vivante en nous , dit le concile de Trente , par l'infusion de la justice divine qui rectifie notre volonté. Précédemment, en parlant de la cause finale , de l'efficiente et de la méritoire , le même concile avoit dit que le pardon des péchés prend sa sa source , et dans la miséricorde divine , et dans les mérites du Sauveur ; que Dieu lui - même imprime sa volonté dans nos cœurs : Nos justos facit (Deus). Or les protestans oublièrent ces paroles , et s'imaginèrent que , dans la doctrine catholique , la volonté droite obtient seule la faveur du Ciel. Luther dit ( Jusleg. des Br. a. d. Gai. à l'end, cit. p. 70 ) : La foi instrumentale , la foi comme organe , est la cause formelle de la justification : doctrine vraie dans son système ; car , selon lui , l'homme est justifié dès qu'il possède cette foi , c'est-à-dire , dès qu'il perçoit Jésus-Christ , la justice hors de nous. Mais cette doctrine satisfait-elle à l'idée biblique , et même rationelle , d'appropriation vivante? Voilà ce que nient les cathohques; et ils soutiennent que , tout en maintenant cette idée rigoureusement, ils n'enlèvent pas la gloire à Jésus-Christ , ni ne diminuent le bienfait de la rédemption. Calvin , Antidot. in Concil. Trident, opusc. p. 704, s'exprime avec beaucoup de naïveté : «. Porrô quam frivola sit el nugatoria causarum partitio.... supersedeo dicere. » Calvin avoit raison , grandemement raison , de ne s'engager dans aucune distinction ; car de là dépendoit l'existence du protestantisme.
Chemnitz , Exam. P. I , p. 266 , fait cette remarque : « Sed Andradius banc Christi mediatoris justitiam fide nobis imputatam blasphémât esse commcntitiam , adumbratam et fictitiam. Nul-
iations de l'Ecriture sainte exercèrent encore ici une influence bien funeste. En effet, dans les Ecritures , Dieu est représenté comme aimant l'homme avant que l'homme aime Dieu (I. Jean IV, lOetsuiv.); et l'Eglise enseigne que Dieu n'aime que celui qui a la charité. Par cette doc-
lum autem habent aliud argumentum : nisi ( ! } qiiod opponunt absurditatem ex Physica et Etîiica : absmdum scilicet esse (sicut Osius inqiiit) dicere aliciijus rei formam esse, quae ipsi rei non insit , ut si dicam , parietem esse album albedine , quœ vesti meae inhaereat , non parieti : vel Ciceronem esse fortem fortitudine , quae non ipsi , sed Achillis animo inhœreat. Quid verô haec argumenta aliud ostendunt , quam Pontificios in doctrina justificalionis , relicta evangelii luce , quœrere sententiam , quœ conformis et consentanea sit philosophicis opinionibus, aut certe legalibus sententiis de justitia? Evangeiium verô pronuntiat esse sapienliam in mysterio absconditam , quam nemo principum hujus s^culi cognovit. Idée ,cum habeamus sententiae nostrœ in scriptura certa et firma fundamenta (?), non est cmandum , etiamsi in currat in absurditatem philosophicam. » Nous l'avons entendu : dans le système protestant , l'on ne peut , philosophiquement , concevoir l'appropriation des mérites du Christ. Et en effet , l'obéissance appropriée à l'homme, dans ce système, ne lui ap,partient pas , n'est point sa propriété intime ; ce qui est une absurdité en philosophie. Et voilà pourquoi l'on ne conçoit [)oint non plus la foi protestante : elle devroit également nous approprier les mérites du Christ , et cela sans nous les approprier. C'est sur cette confusion d'idées que repose l'objection suivante : -( Sed hoc dicunt esse totum meritum Christi , quod propter illud misericordia Dei infundat nobis novam quahtatem justitiae inhae rentis , quae est charitas , ut illâ justificemur : hoc est , ut non propter Christi obedientiam , sed propter nostram charitatem absolvamur coram judicio Dei, adoptemur in filios... » Chemnit., 1. I. p. 263. Ici encore, on le voit assez, le divin et l'humain , l'objet et le pnjet sont confondus. Quand Chemnitz ajoute ; « Ut
trîne , nous paroissons méconnoître la grâce purement gratuite; nous paroissons vouloir mériter Famitié de Dieu par notre amour. Pour répondre à cette difficulté, les catlioîiques apportent un grand nombre de passages qui semblent contredire celui qui vient d'être cité^ puis ils ajoutent :
ita misericordia Dei tanium sit causa efficiens , et obedientia Cliristi tantum sit meritoria causa , » on ne peut être que frappé d'étoimemeiiî ; car la miséricorde divine et les mérites du Sauveur , si on les considère en eux-mêmes , peuvent-ils être autre chose? Que veut donc Ciiemnitz? Il veut que l'obéissance du Christ soit la cause formelle de la justification , c'est-à-dire il veut qu'elle nous devienne propre , sans que toutefois nous devenions, nous aussi, obéissans. En un mot, l'auteur prétend que, pour mettre les mérites du Sauveur en leur vraie lumière, il faut dire qu'ils remettent nos péchés , non-seulement quand nous les quittons nous-mêm,es , mais alors que nous les continuons et n'avons que la foi.
L'auteur que nous venons de nommer dit aux pages 263
264 : « Les catholiques nient le pardon des péchés par les mérites du Sauveur ; car ce même pardon , pour eux , c'est tout à la fois et la destruction des pécliés , et l'infusion de l'amour divin . « Mais voici ce qu'enseignent les Catholiques : Embrassant la miséricorde divine en Jésus - Christ , la foi, enfante nécessairement l'amour de Dieu , et détruit par cela même l'amour du péché. Or est-ce là nier le pardon des péchés en Jésus-Christ? Calvin reproche à l'Eglise de faire consister la justification, en partie dans le pardon des péchés, en partie dans la régénération spirituelle. Anîiàot. in Concil. Tridenîin. opuscul. p. 704 : « Sed quid facis istis bestiis (aux Catholiques }?.... Nam justitiae partem operibus hinc constare colhgunt , quod nemo absque spiritu regenerationis per Christum Deo concil ietur ; « et plus haut : « ac si partim remissione , partim spirituali regeneratione justi essemus. ^> Comme la foi justifie , aux yeux du Réformateur, indépendamment de toute vie nouvelle, il devoii , pour
D'après Foracle de saint Jean , il est vrai , l'amour de Dieu embrasse toutes les créatures (rot/ yJo'^iJ.ov) ; mais pour que l'amour infini se réalise dans l'homme, il faut que l'homme entre lui-même dans cet amour, qu'il le reçoive dans son cœur et sa volonté ; c'est-à-dire , il faut que Tamour devienne réciproque (Jean , XÏY. 21 , 23. ). Ainsi dans l'Ecriture sainte deux sortes d'expressions pour désigner une seule et même vérité. Or, dans le point de la justification , où il s'agit de Vacte par lequel l'homme entre dans l'amitié de Dieu, l'Eglise maintient le dernier genre d'expressions ; seule vraie manière , dans cet article , d'interpréter les Livres saints.
Venant enfin à la troisième preuve, considérons la doctrine protestante dans ses rapports avec l'humilité. Sans doute la première vertu de la foi décrite par saint Paul, c'est l'humilité, l'abnégation de soi-même en Jésus-Christ ; et l'on ne peut nier que les réformateurs , lorsqu'ils définirent la foi , n'aient été conduits par la vue
être conséquent , soutenir que nous devenons justes par le seul pardon des pochés. Mais si les catholiques , au contraire , allient la justice à la régénération, il n'est pas moins vrai que la justification consiste , en partie dans le pardon des péchés , en partie dans la restauration de l'homme ; car la foi crée nécessairement un cœur, une âme , une vie nouvelle. Ainsi dans le juste , la foi et la vie nouvelle sont une unité indivisible {fides formata) , comme en Dieu le pardon des péchés et la sanctification ne font qu'un.
de cette vérité. Mais quand ils imaginèrent que la foi justifie sans les vertus qui l'accompagnent nécessairement , c'est-à-dire, sans l'amour, sans le renoncement à ses propres mérites, ils inventèrent le moyen de se dispenser de l'humilité par l'humilité même , et pour se montrer vraiment humbles , ils enseignèrent que l'humilité ne rend pas agréable à Dieu. S'ignorer elle-même, se cacher à ses propres yeux , c'est là^ nous le savons, le caractère de la mère des vertus : mais quel homme vraiment humble , nous le demandons, prétendit jamais que l'humilité ne rend pas agréable à Dieu? Que si, outre la croyance aux mérites du Sauveur, croyance qui seule nous force à chercher notre salut hors de nous , il existoit un moyen capable de faire naître l'humilité dans nos cœurs , dès lors nous n'aurions plus besoin de ces mérites : tant il est vrai que tout dépend de l'abnégation de soi-même , qu'elle doit précéder tous les autres mouvemens excités par le Saint-Esprit. Cependant , suivant les réformateurs, elle ne peut nous rendre justes devant Dieu; car, disent-ils, elle consiste dans la persuasion même qu'elle ne possède point cette vertu. Ici encore des sentimens vagues et confus , quoique très louables d'ailleurs, abusèrent les nouveaux prophètes. Ce que l'humilité a d'agissant , de positif, jamais ils ne purent le saisir; et bien moins encore comprirent-ils qu'autre chose est
d'enseigner que l'homme peut devenir juste , autre chose de se regarder personnellement comme tel. En effet, ce dernier sentiment seroit l'extinction , la mort de toute vie spirituelle; le premier, au contraire, en est la condition unique, indispensable.
Remarquons , au reste , les contradictions dans lesquelles s'enveloppent les protestans. La vraie humilité , disent-ils, a son fondement dans la doctrine qu'elle n'est point nécessaire à la justification; et ils allèguent, pour raison de cette nonnécessité, que toujours dans l'homme elle est impure, ternie par l'orgueil et l'amour-propre. Ainsi , pour enfanter l'humilité dans les cœurs , les réformateurs disent qu'elle n'est qu'un vain nom ; pour lui donner une base solide , ils en nient la possibilité ou du moins l'efficacité. Mais enfin , ou il n'existe point de vraie humilité ; et alors la doctrine protestante est fausse, car elle ne peut rendre humbles ses adhérens : ou il existe une vraie humilité ; et alors encore la doctrine protestante est fausse, car elle prétend le contraire.
Voici une contradiction semblable , ou plutôt c'est la même reproduite sous une autre forme. Quand, on lit les réformateurs, souvent on ne peut se défendre de cette funeste pensée : « Dans l'opinion des nouveaux docteurs, se dit-on à soimême , la vertu , la justice , la perfection morale , est une chose extrêmement dangereuse; car le
principe de la sainteté , sitôt qu'il s'est emparé du fidèle, développe le germe de sa destruction. L'homme justifié tombe nécessairement dans l'orgueil; il en vient jusqu'à s'égalera Dieu, jusqu'à lui disputer la majesté suprême. Il faut donc, semblent continuer les apôtres de la réforme , il faut que le chrétien conserve toujours le mal dans son cœur ; le bien est incompatible avec l'humilité ; c'est au milieu du vice qu'elle porte ses plus beaux fruits. »
Qu'on écoute au reste le passage suivant, empreint d'une admirable naïveté : « Un soir, pen- » dant le repas, le docteur Jonas dit au docteur » Martin Luther, que le même jour il avoit , dans » son prêche , commenté les paroles de saint Paul » (IL Timotlî. 4.) : Reposita est mihi corona » justitiœ ; puis il ajouta : Avec quelle magnifi- » cence d'expression saint Paul parle de sa mort ! » Pour moi je ne puis croire cela^. Là dessus, » le docteur Martin Luther répondit : Je crois » que l'Apôtre lui-même ne le croyoit pas avec » autant d'assurance qu'il en a parlé. En vérité , je » ne puis, hélas î le croire avec autant de force que » je puis le prêcher, le dire et l'écrire, ni que les » autres veulent bien le penser de moi. Disons-
* Ce que le docteur Jonas ne peut croire , c'est que la couronne de justice lui soit réservée. { Note du trad. )
» le sans détour, il ne seroit pas bon que Vhomme » Jit tout ce que Dieu commande ; car alors cen » seroit fait de sa divinité , et il deçiendroit men- 3> teuTy et il ne pourroit rester veridique. Alors » aussi saint Paul seroit réfuté, lorsqu'il écrit » aux Romains : Dieu a tout enseveli sous le péché, » aiin qu'il ait miséricorde'. »
§ XÏX.
Exposé succinct des coiilranétf''S concernant la Foi.
Voici , en peu de mots , les points sur lesquels s'accordent et se contredisent les différens symboles dans l'article de la foi :
î. Si par la foi l'on entend l'objet de notre croyance , c'est-à-dire , l'établissement fondé par Jésus-Christ , le catholique dit sans réserve : Par la foi nous pouvons obtenir la faveur du Ciel. En effet , Jésus-Christ Fils de Dieu , voilà le seul nom dans lequel nous puissions être sauvés ; nom divin qui nous a été donné par la miséricorde , sans aucun égard aux mérites de l'humanité en général , ni de tel homme en particulier. Ainsi donc point d'opposition à cet égard.
^ Luther Tischreden (Discours familiers), Jena, 1603, p. 166.
IL Mais comment la foi objective passe-t-elle dans son sujet? Comment le remède offert en Jésus- Christ est-il appliqué à l'homme ? Ici commence la contrariété. Cependant toutes les églises enseignent de concert que, pour devenir enfant de Dieu , l'homme doit s'attacher à Jésus-Christ et former avec lui une société spirituelle. Mais à cela le catholique ajoute : Si cette alliance ne s'opère que par l'intelligence et non par le sentiment ; si ce commerce n'est fondé que sur une foi purement spéculative, une simple profession des vérités chrétiennes ; en d'autres termes , si l'homme ne s'unit au Sauveur, tant par la volonté et les œuvres , que par la charité et les autres vertus , alors la foi ne peut , en aucune façon , rendre juste devant Dieu. Mais au contraire entendons-nous par le mot foi , ce divin sentiment qui nous fait nouvelles créatures, cet esprit supérieur qui restaure, vivifie tout notre être , dans ce sens la foi nous fait seule les enfans de Dieu ; car alors elle renferme tout le reste'. Observons toutefois que, dans la doctrine catholique , la charité est la forme pre-
1 A l'origine de la réforme , souvent la proposition la foi justifie seule, signifioit aussi que les sacremens ne sont pas nécessaires. C'est pour cela que , dans plusieurs conférences , les catholiques insistèrent sur ce point , que les sacremens sont le moyen premier, indispensable de la justification. Il n'est point ici question de ces moyens extérieurs de la grâce , mais seulement des saintes dispositions du cœur, ainsi que de leur manifestation.
niière, essentielle dô la foi justifiante; et Lien loin que l'amour naisse après la justification, il faut que la foi , pour rendre juste , soit animée par l'amour. C'est la foi dans l'amour et l'amour dans la foi qui justifient; ces deux vertus sont, à cet égard, une unité inséparable'. Vertu négative et positive en même temps, la foi justifiante n'est pas seulement l'espérance au pardon des péchés :
> A cet égard , le cardinal Sadolet , évêque de Carpentras , s'exprime excellemment dans sa Lettre aux Genevois. Il dit (Epp. l. XVIt, n. 25. opp. éd. Veron., 1738, tom. II. p. 176): " Assequimur bonum hoc nostra» perpétuas universa^que saîutis, fide in Deum sola et in Jesum Christum. Cum dico fide sola, non ita intelligo , quemadraodum isti novarum reruni repertores intelligunt, ut sedusa charitate et cœteris christianœ mentis officiis, solam in Deuni crednlitatem et fiduciam illam qua persuasus sum in Christi cruce et sanguine mea mihi délecta omnia esse ignota : est hoc quideni etiam nobis necessarium , primus hic nobis patet ad Deum introitus : sed is tamen non est satis. Mentem enim prseterea afferamus oportet pietalis plenam erga summum Deum , cupidamque efficiendi qua?cunque illi grata sint : in quo pra^cipue virlus Spiritiis sancti inest. Quae mens , etiamsi interdum ad exteriora opéra non progreditur, ipsa tamen ex sese ad beue operandum jam intus parata est , promptumque gerit studium, ut Deo in cunctis rébus obsequatur : qui verusdivinaîjustitiœ in nobis esthabitus. » Après avoir cité plusieurs passages de l'Ecriture , Sadolet continue : « Certè Mes , quœ in Deum nostra per Jesum Christum est, non soluin ut confidamus in Christo, sed bene in illo opérantes , operarive instiluentes , ut confidamus , imperat nobis ac prœscribit. Est enim amplum ac plénum vocabulum fides , nec solum in se crednlitatem et fiduciam continet : sed spem etiam et studium obedicndi Deo , et illam , quae in Christo maxime perspicua nobis facta est , principem et dominam . Christianarum omnium virtutum charitatem. »
elle est de plus la volonté sainte , agréable à Dieu. Sans doute la charité est le rejeton de la foi, mais la foi ne justifie qu^'après avoir porté ce fruit; sans doute la foi est un principe de vie , mais , pour obtenir la faveur du Ciel , il faut qu'elle ait déployé sa force vivifiante '.
lîL Ecoutons maintenant les protestans. Si nous considérons la foi dans son sujet , disent-ils , nonseulement elle est la croyance aux vérités chrétiennes'; mais elle embrasse et la certitude de
^ Sadoleti Epp. 1. XïlI. n. 2. Gaspari Conlareno Cardiiiali. 0pp. edit. Veion. tom. 11. p. 45 : « De justiiicatioiie et justitia, placet mihi vehementer tuariim rationum contextus et distinctio ex Aristotele sumpta. Seqiiitur enim certe charitas cursum illom antecedentem , quo ad justiliam pervenitur : non tamen sequitur eadem charitas (meo quidcm animo opinioneque) justitiam, sed eam ipsa constituit : vel potins charitas ipsa est justitia. Habet enim forma? vim charitas : forma autem est id quod ipsa res. Cum ergo acceditur prœeunte ilUi prœparatione ad justitiam acceditur una et ad charitatem : ad quam cum est perventum , tum justitia per ipsam charitatem constituitur. Justitiam voco , non vulgari , neque Aristotehco nomine , sed christiano more ac modo , eam quae omnes virtutes compîexa continet : neque id humanis viribus , sed instinctu influxuque divino , etc. »
2 Cependant , sur ce point comme sur beaucoup d'autres , Luther flotloit entre plusieurs sentimens ; vacillation dont il faut chercher la cause dans l'idée obscure qu'il attachoit au mot foi. Souvent il emploie le terme croire, dans le sens de tenir pour vrai; ainsi par exemple [Ausleg. des Briefes an die Gai. endroit cité, p. 70.) il appelle la foi une croyance élevée, cachée, incompréhensible. Mais deux lignes plus bas, il dit qu'elle est la vraie espérance et la confiance du cœur. Dans un autVe endroit , il compare la foi à la dialectique , et l'espérance
l'amitié céleste , et l'espérance au pardon des péchés. Or cette seule confiance, continuent-ils, réconcilie l'iiomme avec son auteur , le rend juste devant Dieu. A la vérité , ce sentiment de l'amitié divine doit avoir à sa suite la charité et les bonnes œuvres ; mais comme ces œuvres , par leur présence 5 ne contribuent nullement à la justification , de même leur absence n'ôte rien à Thomme justifié. En conséquence, la charité n'est point la forme de la foi; mais l'homme est justifié sitôt qu'il a confiance au Sauveur. De ce moment il a reçu la rosée du ciel; et s'il ne porte point de fruits, il n'est pas moins Tarbre planté par la main de Dieu. Ainsi les protestans , en attribuant à la foi seule la vertu de justifier, excluent les
à la rhétorique ; ce qui veut dire que la prismière est purement spéculative, et la seconde purement pratique. Dans son ouvrage De^ servo arbitriol. I. p. 177 b., il représente de nouveau la foi comme une ferme croyance ; observation qui s'applique à un grand nombre de passages où il l'oppose à la contemplation future. Dans l'écrit de Captivit. Babijl. 0pp. tom. IL p. 279 b. il dit : « Verbum Dei omnium primum est, quod sequitur tides , fidem charitas , char i tas deinde facitomne bonum opus. » Ici la foi est un acte de l'homme (à la prédication succède la foi, puis vient la confiance)^ mais quel est cet acte? C'est probablement la croyance et la confiance tout ensemble. Quelles n'ont point été les suites funestes de ces fluctuations , de ces élernelics oscillations dans la foi! C'est de là qu'est née l'indifférence dogmatique qui , de nos jours , mine la réforme par le fondement ; c'est de là qu'est née cette opinion qu'il suffit d'avoir la confiance , comme si l'on concevoit la coniiance sans la foi.
œuvres faites soit avant, soit après la justification; disons mieux, ils rejettent toutes les saintes dispositions du cœur. Or , pour le remarquer en passant , cette doctrine n'a pas le moindre fondement dans TEcriture : saint Paul n'a jamais ainsi distingué entre la foi et la charité , et saint Jacques est formellement contraire à cette distinction '.
^ C'est d'après les éclaircissemens donnés dans les paragraphes précédens, qu'il faut apprécier le passage de Gerhard [Loc. theoL tom. VIL p. 20G etseq. loc. XYIÏ. c, 3. sect. V.) où il cherche à prouver par la tradition la doctrine protestante concernant la foi. Tout ce passage est une compilation indigne d'un homme tei que Gerhard. Un Père enscigne-t-il que la foi dans Jésus-Christ conduit au salut, aussitôt sans tenir compte du sens de l'auteur, il le cite en faveur du dogme protestant. Saint ïrénée dit que la foi catholique^ à l'exclusion de la foi des sectaires, nous donne seule droit à l'héritage éternel. Eh bien! qui le croiroit? notre docteur allègue ces paroles pour montrer que la foi prêchée , enfantée par Luther, nous ouvre la porte du Ciel! Quand sur le péché originel, sur la grâce et la liberté, un Père de l'Eglise, par exemple Saint Chrysostôme, n'a rien moins enseigné que le dogme protestant, il ne peut avoir érigé les principes de Luther touchant la foi. Cela n'est certes pas si difficile à voir; mais exiger autant de pénétration dans Gerhard, ce seroit être par trop exigeant, puisque jamais il n'a senti le besoin d'envisager deux questions dans leur connexité réciproque.