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De la Certitude de la justification et du salut.
Le chrétien doit être certain de posséder le ciel un jour, tel est un nouveau dogme qui , dans le système protestant, se rattache intimement à la doctrine touchant la foi'. Ce dogme, disoit Mélanchthon , est tellement clair, tellement conforme à l'Ecriture, que les scolastiques , par cela seul qu'ils l'ont rejeté, ont fait preuve d'une étrange ignorance, d'une rare ineptie'. Quant à la liaison de cet enseignement avec tout le système , elle est certes plus évidente que la lumière du jour. Déjà nous l'avons vu , en détruisant dans l'homme toute faculté spirituelle , les réformateurs vouloient procurer au chrétien, dès qu'il éprouve quelques
^ JpoL IV. § 40. p. 83 : « Non diligimus, nisi cerlô statuant corda, quod donata sit nobis remissio peccatorum. » XII. De Pœnitent., § 20. p. 157 : « Hanc certitudinem fidei nos docemus requiri in Evangelio. » L'Apologie revient souvent sur cette doctrine. Calv. Instii. 1. III. c. 2. § IG. fol. 197 : « In summa : vere fidelis non est, nisi qui solida persuasione Deum sibi propitium benevolumque patrem esse persuasus deque ejus benignitate omnia sibi poUicetur : nisi qui divinae erga se benevolentiœ promissionibus fretus , indubitatam salutis expectationem prsesumit. »
2 Melancht. Loc. theolog., p. 116 : « Ut vel hoc solo loco satis appareat , nihil fuisse spiritûs in toto génère. »
Lons désirs , quelques mouvemens vers les choses d'en haut 5 la certitude que Dieu a commencé d'agir en lui, et qu'il continuera son ouvrage. Nous avons aussi entendu les mêmes docteurs s'écrier : 0 homme , détourne tes regards de toi-même , et embrasse la miséricorde divine '. Or de ceci quelle est encore la conséquence? Evidemment l'erreur que nous signalons. Au surplus, la certitude du salut suppose, d'une part, que Dieu a prédestiné tel homme à la gloire; d'une autre part , que Dieu n'agit , ne plante , ne vivifie que dans ses élus : car si jamais l'homme pouvoit éloigner la grâce qu'une fois il a sentie , cette seule pensée anéantiroit la certitude dont il s'agit. Aussi les réformés ont-ils seuls donné à cette doctrine tous ses déve-
* Mélancht. Loc. theoîog., p. 92. dit : « Debebant enim non opéra sua, sed promissionem misericordiae Dei contemplari. Quid est enim iniquius, quàm œstimare voluntatem Del ex operibus no.siris, qiiam ille suo vcrbo nobis decîaravit? » Rien sans doute , si l'homme ne possède aucune liberté. Si après ces paroles , nous ajoutons qu'aux yeux des réformateurs , la certitude du pardon des pécliés et la certitude du salut sont une seule et même chose, on n'est plus surpris de voir Mélanchthon exiger qu'on se tienne pour assuré de son salut éternel , bien qu'on ne puisse l'être de sa persévérance : « Certissima senlentia est , oportere nos certissimos semper esse de remissione peccali , de benevolentia Dei erga nos , qui justificati sumus. — Et norunt quidem fide sancti , cerlissime se esse in gratia , sibi condonata esse peccata. Non enim failit Deus, qui poliicitus est, se condonaturum peccata credentibus, iamctsi incerli sint, an persever aturi sint. »
îoppemens; les lutîiéri.ens au contraire, après avoir admis la conséquence , ont enfin rejeté le principe; et voilà pourquoi nous remarquons d'aussi grandes lacunes dans tout leur système.
Par les raisons contraires , les catholiques n'admettent point que l'homme puisse avoir une certitude entière de son salut éternel '. Comme , selon leur doctrine , la nature déchue n'est point dépouillée de tout germe de vie^ de toute faculté
* Concil. Trident. Sess. Vî. cap. iX : « Sicut nemo pîus de Bei misericordia , de Ghristi merilo , de sacramentorum virtiite et efficacia dubitare débet : sic quiiibet, diim se ipsiim suamque propriam iniirmiîatem et indispositionem respicit, de sua gratia formidare et timere potest, cuni nullas scire valeat certiiudine fidei , ciii non potest subesse falsiim , se gratiam Dei esse consecutum. » Cap, XIÏ : « Nemo quoquc, quaradiu in bac mortalitate vivitiir , de arcano divinœ procdestinationis mysterio usque adeo prœsumere débet, ut certo statuât se omnino esse in numéro prœdestinatoium : quasi verum esset, quod justificatus amplius peccare non possit, aut si peccaverit certam sibî resipiscentiam promittere debeat. Nam , nisi ex speciali revelatione , sciri non potest, quos Deus sibi elegerit. » Cap. XIIÏ : « Similiter de perseverantiœ munere , de quo scriptum est : Qui perseveravit usque in fmem , bic salvus erit : quod quidem aliunde haberi non potest , nisi ab eo , qui potens est eum , qui stat , statuere ut perseveranter stet , et eum , qui cadit resîituere : nemo sibi certi aliquid absoluta certitudine polliceatur : tametsi in Dci auxilio firmissimam spem collocare , et reponere omnes debent. Deus enim , nisi ipsi iîlius gratiœ defuerint , sicut cœpit opus bonum , ita peiTiciet , operans velle et perficere. Verumtamen qui se existimant starc , videant , ne cadant , et eum timoré ac tremore salutem suam operentur. (Phil. IL 12).... Formidare enim debent, scientes quod in spem gloricp, et nondiim in gloriam renati sunt, de pugiia, quie superest eum carne, eum mundo, cuni
supérieure , ils ne peuvent discerner à un signe certain , l'opération de là grâce d'avec les effets du principe divin conservé dans l'homme* ; et quand ils le pourroient , la sécurité assise sur ce fondement, seroit certes bien affoiblie par la doctrine de la coopération à la grâce. En effet, instruit par le passé , le catholique , bien que rempli de confiance , tremble pour l'avenir ; et de plus nous rejetons la prédestination absolue, qui seule pourroit bannir toute crainte de son esprit. Toutefois, répétons -le, pour ne pas être endormi dans une fausse sécurité, le chrétien catholique n'en attend pas moins, le cœur plein d'espérance , le grand jour du jugement.
diabolo : in qua victores esse non possunt , nisi cum Dei gratia apostolo obtempèrent, dicenti : Debitores sumus, non carni, ut secundum carnem vivamus , si enim secundum carnem vixeritis , moriemini : si autem spiritu facta carnis mortificaveritis, vivetis. » * Mélanchthon , Loc. theolog., p. 121 dit : « Les effets du Saint-Esprit témoignent qu'il habite dans nos cœurs ( Quod in pectore nostro versetur), car chacun peut savoir par expérience , s'il hait le péché véritablement. » Ce critérium est d'autant plus surprenant dans la bouche du Réformateur, qu'il enseigne que le péché reste dans le cœur de l'homme régénéré, c'est-à-dire qu'il n'y est point détesté véritablement. D'un autre côté, l'espérance repose uniquement, dans ces principes , sur la dignité de l'homme ; tandis que , si la doctrine protestante sur la foi compte encore un si grand nombre de partisans , c'est que les fidèles , appuyés sur leurs seuls mérites , tomberoient néces- ' sairement dans le désespoir.
Au reste , la règle assignée par Mélanchlhon , avoit déjà été donnée par. les théologiens du moyen âge , et tout le monde voit
Mais écoutons les aveux de Calvin ; voyons ses longs efforts pour introduire la nouvelle doctrine. « Aucune tentation de Satan, dit-il, n'est plus » dangereuse que celle qui porte le fidèle à dou- » ter de sa prédestination , et à la chercher dans » des voies mauvaises. Cette tentation est d'au- » tant plus funeste , que presque tous les hommes » sont plus portés à celle-là qu'à toute autre. En » effet , ce n'est que de loin en loin , continue » notre docteur, qu'il se rencontre un homme » dont l'esprit ne soit quelquefois assailli par cette » pensée : Nulle part tu ne peux trou{>er la » source de ton salut que dans la prédestinais) tion dwine : qui fa donc ré(^élê que tu es un » élu de Dieu ? » Calvin termine ainsi , parlant d'après sa propre expérience : « Sitôt qu'une sem- » blable incertitude a pris possession du chrétien , » ou elle fait souffrir à ce malheureux des
qu'elle ne peut trouver d'application que dans le système catholique. Thomas d'Aquin, loc. cit. Q. CXII. art. V , dit : « Hoc modo aliquis cognoscere potest , se habere gratiam , in quantum scilicet percipit se delectari in Deo , et contemnere res mundanas, et in quantum homo non est conscius peccati mortalis. Secundum quem modum potest intelligi, quod habetur Apocal. 1 : <( Vinccnli dabo manna absconditum, quod nemo novit, nisi qui accipit, quia se. iile, qui accipit, per quandam experientiam diilcedinis novit, quam non cxperitur ilie, qui non accipit. Ista tamen cognitio imperfecta est. Unde Apostolus dicit I. ad Cor. IV : Nihil mihi conscius sum , sed non in hoc justificatus sum etc. »
)) tourmens horribles , ou elle aliène sa raison \ » Vainement Calvin avoit-il assuré ses disciples de leur salut éternel : les superstitions les plus grossières, les perplexités et les alarmes, voilà ce qu'enfanta sa malheureuse doctrine : tant il est vrai qu*un mauvais arbre ne produit que de mauvais fruits. Le péché et la lutte contre le péché jetèrent le trouble et les angoisses dans les consciences; car jamais elles ne jouiront d'un repos parfait, tant que le mal habitera parmi les hommes ' . Selon l'oracle de saint Paul, il est vrai, l'Esprit témoigne à l'esprit que nous sommes les enfans de Dieu'; mais cette voix intérieure est si frêle, si
^Cdïw'm. Institut. LUI. c. 24. § 3. fol. 353... « Eoqiie exitialior est haec tentatio , quoci ad nullam aliam propensiores simus fere
omnes QucE si apiid quempiam semel invaluit , aut diris
tormentis miserum perpetuo excriiciat , aut leddit penitus attoïiitum. »
2 Calvin. , loc. cit. c. 2". § 17. fol. 198 : « Nos cerîe dum fidem docemus esse certain ac securam , non certitudinem aliquam imaginamur, quae nulla tangatur dubitatione, nec securitatem, quœ nulla sollicitudine impetatur; quin potius dicimus, perpetuum esse fidelibus certamen cum sua ipsorum diffidentia. w Ici Calvin renverse la certitude qu'il avoit établie à si grands frais. D'où viennent ces étonnantes contradictions? C'est que le Réformateur étoit obligé d'appeler le sophisme à son aide, pour imposer à la raison des choses qui répugnent à la raison.
^Sarpi, Hist. du concile de Trente, traduite par Amelotde \ïi Houssaic. Amst. ïG99. p. 198 : « Au commencement du IX^. chapitre où l'on disoit, que les péchés ne sont pas remis par la certitude qu'on a de la rémission, le Légat changea le mot de certitude en ceux de jactance et de confiance pré-
débile que , dans le sentiment de son indigailé , le fidèle ose à peine y prêter l'oreille. Se cacher à ses propres yeux, vouloir rester un mystère à elle-même , voilà le caractère de la vraie joie dans le Seigneur ; et plus l'homme est humble, plus il s'est élevé à un haut point de perfection , moins il ose se vanter d'une sécurité aussi incompatible avec l'instabilité des choses d'ici-bas. Ainsi, plus le terme que l'Eglise montre à ses enfans est placé dans une région élevée , mieux on doit comprendre pourquoi l'Eglise rejette la certitude du salut. Appuyés sur ce fondement , les catholiques enseignent que le fidèle peut et doit devenir digne du bonheur éternel ; mais que jamais il ne possède la certitude d'en être effectivement digne. Selon les réformateurs, au contraire, l'homme ne peut , en aucune façon , mériter le ciel, mais il nen doit pas être moins assuré de Tobtenir.
somptueuse en vertu de cette certitude de la grâce. Et à la fin du même chapitre, au lieu de dire, parce que personne ne peut savoir certainement qu'il ait reçu la grâce de Dieu, le mot certainement fut changé en ceux-ci, de certitude de foi. L'auteur explique ceci plus bas : La foi , dit-il , est éternellement vraie ; et lors même que le fidèle change , elle reste constamment immuable. Au contraire, celui qui croit être en état de grâce, ne peut avoir la certitude qu'il ne décherra point de cet état par le péché. Or c'est pour cela que le fidèle, bien qu'il soit rempli de confiance à cet égard , ne peut être certain , de certitude de foi, qu'il obtiendra le salut éternel.