XXIX
Doctrine luthérienne sur les Sacremens en général. Conséquence de cette doctrine.
Si , dès les premiers pas dans leur carrière , Luther et Mélanchthon combattirent la doctrine catholique , c'est qu'ils ne comprirent qu'à demi la justification de l'homme devant Dieu. D'abord ils placèrent bien loin en dernière ligne la communication de la grâce par les sacremens ; ils allèrent même jusqu'à la révoquer en doute. Jamais ils ne purent voir , dans ces rites divins , que le gage
des promesses évangéliques ; et c'est pour cela qu'ails n'y assignèrent d'autre fin que celle d'assurer le fidèle du pardon de ses péchés , de le consoler et l'affranchir de la terreur de la loi. Mais si vous enlevez aux sacremens la vertu de conférer la grâce sanctifiante , il faut , dès lors ^ en attribuer toute l'efficacité à celui qui les reçoit. Aussi les docteurs wittenhergeois dirent -ils nettement qu'ils ne portent de fruits, qu'autant qu'ils sont accompagnés de la foi au pardon des péchés. En conséquence ils rejetèrent le célèbre opus opératiim qui en constitue le caractère subjectif, sans lequel ils n'ont plus d'existence que dans leur sujet.
Une autre contrariété prend également sa source dans l'idée que les réformateurs se formèrent des sacremens en général. Comme aux yeux des catholiques , le pardon des péchés et la sanctification ne forment qu'un seul acte divin , ils attribuent aux sacremens qui opèrent la justification , la vertu de produire en même temps ces deux effets. Si donc les mystères de Dieu régénèrent , sanctifient riiomme , ils remettent les péchés par cela même; ou si d'avance le fidèle est exempt de souillure, la grâce sanctifiante s'augmente en lui. Le nouvel enseignement, au contraire, ne préconise que le pardon des péchés; aussi ne voit-il dans les sacremens que le moyen d'affermir la foi en la mise- I. 19
ricorde divine. Mélanchthon , dans la première édition de ses Lieux théologiques , ne semble pas même avoir pressenti qu'on pût s^en former une idée plus complète ', et telle est aussi la doctrine défendue par Luther dans son écrit de la Captivité de l'église à Babylone*.
Quelle est la différence entre les symboles de l'ancienne alliance et les sacremens établis par Jésus-Christ ? Cette question est facile à résoudre dans les principes catholiques : c'est que les premiers ne renfermoient point la grâce justifiante,
1 Loc. cit. pag. 46 : « Apparet, quam nihil sacramenta sint, nisifideiexercendae:/Avv;//.ocryva»p. 141 etseq. « Nostra imbecillitas signis erigitur, ne de misericordia Dei inter tôt insultus peccati desperet. Non aliter atque pro signo favoris divini haberes, si ipse tecum coram coUoqueretur, si peculiare aliquod pignus misericordiae , qualecunque miraculum tibi exhiberet : decet de his te signis sentire , ut tam certo credas , tui misertum esse Deum , cum benetîcium accipis , cum participas mensse Domini , quam crediturus tibi videris , si ipse tecum coUoqueretur Deus , aut aliud quidquam ederet miraculi, quod ad te peciiliariter pertineret. Fidei excitandae gratia signa sunt proposita. — Probabilis et illi voluntatis sunt, qui symbolis seu tesseris militaribus haec signa compara verunt , quod essent notae tantum, quibus cognosceretur, ad quos pertinerent promissiones divinœ. »
2 0pp. Jen. tom. IIÏ. fol. 266. b : « Omnia Sacranynta ad fîdem alendam sunt instituta. » 289. b : « Error enim est Sacramenta novae legis differri a sacramentis veteris legis pênes efficaciam significationis. » 287. «Ita nec verum esse potest, sacramentis inesse \im efficacem justificationis , seu esse signa efBcacia gratiae. Hœc enim omnia dicuntur, in jacturam fidei, ex ignorantia promissionis divinae. Nisi hoc modo efficacia dixeris , quod si adsit fides indubitata , certi^sime et efficacissime gratiara eonferunt. »
tandis que les seconds la communiquent par leur propre efficacité. 11 n'en est pas ainsi dans la doctrine proclamée par les réformateurs. Comme ils séparèrent la justification et la sanctification ; comme d'ailleurs ils enseignoient que la foi seule nous obtient Famitié de Dieu , ils rejetèrent la distinction établie tout à l'heure , puis ils dirent que ni les rites anciens, ni les sacremens évangéliques n'ont aucune valeur. Ecoutons Mélanclitbon : « La circoncision n'est rien , le baptême n'est rien , la participation à la table du Seigneur n'est rien. Tous ces rites ne sont que le sceau , que les (TcppetyiS'eç des volontés de Dieu sur l'homme : ils rassurent ta conscience , quand tu doutes de la grâce et de l'amitié de Dieu. » Ainsi le Réformateur met la circoncision sur la même ligne que le baptême et l'eucharistie ; et ces deux sacremens ne sont , à ses yeux , que des signes de la nouvelle alliance.
S'exprimant en termes plus clairs encore , Mélanchthon compare les sacremens de la loi nouvelle aux signes qui furent donnés à Gédéon pour l'assurer de la victoire. Ne nous trompons point toutefois sur le sens de ces paroles. Si le gage accordé à Gédéon l'assuroit de la victoire sur les ennemis du peuple de Dieu, les sacremens ne nous promettent point de triompher de nos ennemis. Non ; voici le seul terme de comparaison : Gédéon
étoit certain de sortir victorieux du combat, tandis que , pour nous , les sacremens nous consolent même alors que nous succombons. Avec des idées si étroites , si basses sur les sacremens , les architectes de la réforme dévoient enseigner qu'ils n'opèrent que par la foi aux promesses divines , que par la confiance au pardon des péchés.
Cependant les disputes avec les sacramentaires , ou, comme s'exprime Luther, avec les fanatiques libertins , contraignirent les hérésiarques de se rapprocher du dogme universel. Malgré toutes ses tergiversations , la confession d'Augsbourg corrigea sa doctrine ; et dans les dernières conférences , les catholiques purent l'approuver jusqu'à certain point. Le livre de l'Apologie est plus clair encore; il dit que les sacremens sont un rit, un ouvrage qui signifie la grâce attachée à la cérémonie'.
Quoique , dans tous les temps, les luthériens se
^ Confess. August. Art. XIII : « De usu sacramentoriim docent , quod sacramenta instituta sint , non modo ut sint notae professionis inter homines , sed magis ut sint signa et testimonia voluntatis Dei erga nos ad excitandam et confirmandam fidem in lîis , qui utuntur, proposita. Itaque utendum est sacramentis, ita ut fides accédât , quge credat promissionibus , quœ per sacramenta exhibentur et ostenduntur : » Jpolog. p. 178: « Sacramenta , vocamus ritus , qui habent mandatum Dei , et quibus addita est promissio gratiœ. » p. 206 : « Sacramentum est ceremonia vel opus in quo Deus nobis exhibet hoc , quod offert annexa ceremonise gratia. »
soient montrés contraires à Vopus operatum^ il n'est pas moins vrai qu'ils sont peu à peu revenus à l'idée renfermée dans cette expression ; ce qui prouve qu'à l'origine de la réforme, ils avoient donné au dogme catholique une signification purement arbitraire'. De ce moment, il ne pouvoit plus exister de controverse importante sur la matière qui nous occupe ; mais comme , d'une part , les protestans s'étoient soulevés contre FEglise , et que de Tautre ils ne vouloient point avouer leur erreur, ils se virent contraints d'inventer des différences entre les deux enseignemens. Déjà Chemnitz reproduit la doctrine de Luther avec un grand nombre de correctifs ; il s'efforce de pallier les idées étroites et mesquines de son maître ; et pour donner le change au lecteur , il maltraite horriblement les scolastiques , Gabriel Biel en particulier*.
Cependant, bien que la doctrine primitive de Luther ne soit due qu'à l'esprit de contradiction,
1 Marheineke avoue ce que nous venons d'avancer, et ajoute que la différence entre les deux églises consiste en ce que les catholiques disent : Les sacremens contiennent la grâce; et les protestans : Les sacremens confèrent la grâce. Les catholiques se servent également de ces deux expressions : mais que le mot contenir ne convienne pas à l'idée protestante^ c'est ce que montrera plus bas le in , snb et cum pane.
'^ Chemnit. Examen. Part. II. p. 39 et seq. Eellarmin,de Sàcramentis,\. II. c. l. 1. I. p. uo et seq. montre très bieu tous les palliatifs de Chemnitz.
elle ne laissa pas d'entraîner des suites de la plus haute importance. Dès qu'on eut refusé aux sacremens la vertu de produire la grâce; dès qu'ils ne furent plus que des moyens propres à faire naître la confiance, il fallut nécessairement en diminuer le nombre. Et d*abord le Mariage n'a point été institué pour assurer le chrétien du pardon de ses péchés ; il n'est donc point un sacrement. De même aussi , dans ce système, l'Ordre n'est qu'une pure cérémonie , qu'un rit destitué de toute signification : il ne certifie point la miséricorde divine'. La Confirmation fut regardée comme la réitération du baptême; et l'Eucharistie, qui n'est non plus que le sceau du pardon des péchés , fut substituée en la place de l'Extréme- Onction; car c'est à l'article de la mort que le péché inspire ses plus vives terreurs'. La Pénitence, dont nous parlerons en particulier, fut
* Mélancht. Loc. theoîog. p. 157: « Matrimonium non esse iîîstitutum ad significandam gratiam (le mot gratta est ici employé pour rémission des péchés), non est quod dubitemus. Quid autem in mentem venit ils, qui inter signa gratiae ordinem numerarunt ? Cum non aliud sit ordo , quam deligi ex ecclesia eos , qui docent , etc. »
2 Mélancht. loc. cit. p. 156 : « Signum gratiae certum est participatio mensa^, hoc est, manducare corpus Christi et bibei^e sanguinem. Sic enim ait..: quoties feceritis facite in memoriam mei. Id est : cum facitis , admoneamini Evangelii , seu remissionis peccatorum. . . : Est autem significatio hujus sacramenti , confirmare nos toties , quoties labascunt conscientiae , quoties de
également rejetée. Ainsi, foulant aux pieds la parole évangélique, reniant la tradition constante de toutes les églises, contredisant jusqu'au témoignage des nestoriens et des monophysites , qui déjà depuis douze siècles étoient séparés du centre d'unité , les luthériens réduisirent à deux le nombre des sacremens; et encore, s'ils conservèrent le baptême et la cène , ils se mirent par là en contradiction formelle arec leurs principes.
Il en est tout autrement dans la doctrine catholique. Qu'est-ce qu'un véritable fidèle aux yeux de l'Eglise ? c'est un chrétien délivré du mal , et tout à la fois sanctifié dans son esprit et dans son cœur ; c'est un homme qui ne pense , ne désire , ne vit plus qu'en Dieu. Il lui faut donc un certain nombre de sacremens qui , dans tout le cours de son existence , lui montrent sans cesse le but de son pèlerinage ; il faut des moyens qui lui communiquent la sainte vertu de Dieu , pour entretenir dans son âme la sainteté et la justice.
voliintate Dei erga nos dubitamus, (c'est-à-dire toutes les fois que nous doutons que Dieu veuille sincèrement remettre nos péchés, ) ïd cum alias saepe, tum maxime, cum moriendum est ,
accidit... Unctionem arbitror esse eam, de qua Marci VI »
( Comment ne se rappella-t-il pas le texte de saint Jacques, V. 14?) « Sed ea signa esse tradita , ut certô signifîcent gratiam , non video. » (Comme si saint Jacques ne disoit pas formellement :.
x'/v K/v.apTia? •/7 TrîTTOtvjxcôç, à.fs6-/^7£rv.i v.ùtc^*. )
* S'il a commis des péchés, ils lui seront remis.-
Si 3 par les sens, l'homme est inclîiié vers la terre , enseveli dans le monde inférieur, le commerce avec Jésus-Christ le rattache au monde des intelligences, par des liens qui ne sont ni moins puissans ni moins multipliés '. D'abord , par la naissance terrestre , nous sommes comme jetés
* Thomas d'Aquin. Summ. P. III. Q. LXV. art. I. p. 296., se propose cette objection : « Videtur quod non debeant esse septem sacramenta. Sacramenta enim efficaciam habent ex virtute divina et ex virtute passionis Christi. Sed una est virtus divîna et una Christi passio : una enim oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos. » A cela notre auteur répond entre autres choses : « Dicendum quod sacramenta ecclesiœ ordinantur ad duo , sciîicet ad perficiendum hominem in his, quae pertinent ad cultum Dei secundum religionem christianse vitœ, et etiam in remedium contra defectum peccati. Utroque autem modo convenienter ponunturseptem sacramenta. Vita enim spiritualis conformitatem ah'quam habet ad vitam corporalem , sicut et caetera corporalia conformitatem quandam spiritualium habent. In vita autem corporali dupliciter aliquis perficitur. Uno modo quantum ad personam propriam , alio modo per respectum ad totam communitatem societatis, in qua vivit; quia homo naturaliter est animal sociale. Respectu autem sui ipsius perficitur homo in vita corporali dupliciter. Uno modo per se , acquirendo scilicet ali- (juam vitse perfectionem : alio modo per accidens , scilicet removendo impedimenta vitœ, pu ta œgritudines vel aliquid hujusmodi. Per se autem perficitur corporalis vita tripliciter. Primo quidem per generationem, per quam homoincipit esse et vivere. Et loco hujus in spirituali vita est baptismus , qui est spiritualis regeneratio : secundum illud ad Titum III. Secundo , per augmentum , quo aliquis perducitur ad perfectam quantitatem et virtutem. Et loco hujus in spirituali vita est confirmatio, in qua datur sanctitas ad robur. Unde dicitur discipulis jam baptizatis, Luc , ult. : Sedete in civitate quoadiisque indiiamini virtute ex alto. Tertio per nutritionem, qua conservatur in homine
au milieu de la grande famille du genre humain ; puis avec les années nos rapports sociaux vont se précisant de plus en plus ; le germe que nous avons reçu avec le jour prend son accroissement , se développe, se fortifie. Cependant les lois de ce monde jettent autour de l'homme des chaînes toujours plus étroites , elles l'enlacent avec une puis-
vita et virtiis. Et loco hujus in spîrituali vita est eucharistia , unde dicitur Joannes VI : Nisi manducaveritis carnem filii hominis et Mberitis ejus sanguinem^ non JiabeMtis vitam in voMs. Et hoc quidem sufliceret homini, si haberet et corporaliter et spiritualiter impassibilem vitam. Sed quia liomo incurrit interdiim et corporalem infirmitatem et spiritualem , scilicet peccatiim , ideo necessaria est homini curatio ab infirmitafe.t Qua; quidem est duplex , una quidem est sanatio , quae sanitatem restituit. Et loco hujus in spirituali vita est pœnitentia , secundum illud Psalmi : Sema animammeam, quiapeccavi tibi. Alia autem est restitutio valetudinis pristinae per convenientem dia^tam et exercitium. Et loco hujus in spirituali vita est extrema unctio , quœ removet peccalorum reliquias et hominem paratuni reddit ad finaîem gloriam, mide dicitur Jac. V. Perficitur autem homo in ordine ad totam communitatem dupliciter. Uno modo per hoc : quod accipit potestatem regendi multitudinem seu exercendi actus publicos. Et loco hujus in spirituali vita est sacramentum ordinis , secundum illud HelDr, VIL , quod sacerdotes hostias ofTerunt non tantum pro se , sed etiam pro populo. Secundo quantum ad naluralem propagationem : quod lit per matrimonium tam in corporali quam in spirituali vita , ex eo quod non solum est sacramentum , sed naturée ofiicium. Ex his etiam patet sacramentorum numerus , secundum quod ordinantur conlra defectum peccati. Nam baptismus ordinatur contra carentiam vita:; spiritualis : confirmatio contra infirmitatem animi , quae in nuper naiis invenitur : eucharistia contra labilitatcm animi ad peccandum : pœnitentia contra actuale pcccatum , post baptisminn commissum, etc. »
sance qui s'augmente de jour en jour. S'alliant à un être de son espèce , il contracte le lien le plus intime, le plus solennel; lien d'amour et d'autant plus libre qu'il est nécessité d'une manière plus mystérieuse. Par cette alliance, il s'engage à pourvoir à la conservation du genre humain , et devient membre de cette grande famille qu'on appelle Etat.
Et non-seulement ce monde nous fait sentir son empire à telle période de notre existence; mais il est des lois qui nous enchaînent à la terre à travers tout notre pèlerinage : ainsi la conservation personnelle forme le centre de tous les efforts temporels. Mais en vain cherchez-vous à recueillir sans cesse de nouvelles forces; vainement voudriez-vous prolonger votre existence indéfiniment : hélas ! le germe de la mort jeté dans le sein de l'homme dès sa naissance , a flétri la fleur même de la vie ; il annonce sa présence au vigoureux adolescent ; il se développe , se fortifie avec notre être , il remporte bientôt la victoire. Ainsi s'écoule la vie terrestre sous mille formes différentes; et après quelques jours passés dans un peu de joie et bien des larmes , dans de courts plaisirs et de longues douleurs , la mort , l'inexorable mort , vient arrêter l'homme dans sa course : sorti de la poussière, il retourne en poussière.
Unissant le ciel et la terre , le temps et l'éter-
n'ité, l'Eglise rattache à cet ordre inférieur un ordre plus parfait, plus élevée le royaume des intelligences. Les sacremens, signes symboliques, rapprochent de nous le monde supérieur, en même temps qu'ils nous en communiquent les vertus.
L'homme a-t-il reçu une première naissance pour la terre , il doit en recevoir une seconde pour le ciel ; s'il a des semblables , des proches ici-bas , il doit avoir une victime , un consolateur, un père dans le séjour éternel.
Lorsqu'il est parvenu à ce moment de son existence où toutes sortes de périls l'environnent , où des ennemis acharnés le pressent de toutes parts , l'Esprit d'en haut fortifie son esprit pour l'aider à combattre avec courage.
L^alliance conjugale , si propre à retenir l'homme dans la vie terrestre , devient une société sacrée , un nœud indissoluble entre les intelligences ; et la sensualité qui , abandonnée à elle-même , repousse toute union durable, est assujétie à Tesprit en Jésus-Christ. Si , par le mariage, l'homme contracte des rapports plus intimes avec l'Etat temporel , il existe un acte symbolique qui sanctifie ce lien des fidèles, qui leur donne à tous le droit de se considérer comme les membres du royaume de Dieu sur la terre.
Comme le mariage est nécessaire , non-seule-
ment à la conservation de l'Etat, maïs encore à la propagation de toute la vie inférieure , l'Ordre est le fondement de la vie religieuse et la condition de la société céleste ici-bas.
A côté d'alimens mortels, le pain du ciel est constamment offert au chrétien ; en sorte que la table du Seigneur forme le centre du service divin et de la vie supérieure , de même que la table du père de famille forme le centre du service de la terre et de la vie civile.
Quand la vie corporelle vient à s'épuiser ; lorsque son ennemi a porté ses ravages dans les organes , Textrême-onction , alors , communique au fidèle force et vertu , lui rappelle que l'homme véritable est sauvé par l'Auteur de la vie.
Quant au rit céleste qui réconcilie le pécheur repentant, on ne peut le considérer comme un acte normal de la vie spirituelle; car autrement il faudroit dire que la chute étoit nécessaire ; qu'en conséquence elle ne constitue aucun péché. Néanmoins , dans son infinie miséricorde , Dieu a institué ce moyen extraordinaire de salut , en sorte que le nombre des sacremens s'élève à sept.
Ainsi le royaume universel pénètre les royaumes limités de ce monde; ainsi la vie religieuse féconde par son esprit la vie terrestre et civile.
Les protestans ne reconnoissent que deux sacremens , et disent que , pour tout effet , ils
reineltent les péchés dans un cœur attaché an péché.