‹ La symbolique (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

Conséquences ultérieures de la doctrine primitive de Luther sur les Sacremens.

Que 5 dans la doctrine protestante , on doive rejeter le baptême des enfans, cela ne souffre pas la moindre difficulté. Si les sacremens n'ont en eux-mêmes aucune vertu , s'ils ne portent de fruits que par la confiance , de quelle utilité peuvent-ils être à l'enfant privé de raison? Les anabaptistes ne firent que tirer les conséquences des principes posés par Luther; et vainement le Docteur s'emportoit-il contre eux au-delà de toute mesure : il ne pouvoit les combattre avec avantage qu'en abandonnant ses propres principes.

Il est également clair que dans cette même doctrine , le dogme de la présence réelle est destitué de tout fondement , dépourvu de toute signification. N'admettez-vous dans la cène que le sceau du pardon des péchés , il n'est plus besoin dès lors que le Christ réside sur nos autels ; dès lors le simple pain et le simple vin peuvent produire tout l'effet du sacrement. De même qu'aux

premiers âges du monde , il n'étoit pas nécessaire que Dieu fût personnellement dans l'arc-en-ciel , pour assurer les habitans de la terre qu'ils ne périroient plus par un déluge ; de même il est inutile que le Sauveur soit réellement présent dans Te icliaristie , pour assurer le fidèle du pardon de ses péchés. Cette connexité logique n'échappa point à André Carlostad , et bientôt il vint tourner contre la présence réelle les armes forgées par Luther. Mais comment Plank a-t-il pu mettre en doute cette filiation d'idées , puisque lui-même tire les mêmes conséquences de la doctrine du Réformateur * ?

Quoiqu'il en soit, nous avons maintenant la clef de ce passage de Luther : « H y a déjà cinq » ans que j'ai les mêmes pensées que Carlostad , » et je les aurois volontiers exposées au grand » jour pour donner un soufflet au papisme ; mais » j'en ai toujours été empêché par la claire parole » de l'Evangile. » Ainsi les principes de Luther le conduisoient directement à nier la présence réelle ; et ce dogme qu'il regardoit comme fondé sur l'Ecriture , ne trouvoit logiquement aucune place dans son système. D'un autre côté, ce docteur disoit que les colonnes de l'Eglise avoient

* V\a\\k y GescMchle der Enfstchung , elc. vol. ÎL p. 215 cl suiv.

été ébranlées , qu'elle étoit tombée dans des erreurs fondamentales. Or cette croyance devoit le porter puissamment encore à rejeter le point de doctrine dont il s'agit; car n'est-il pas absurde d'enseigner , d'une part , que Jésus-Clirist est présent dans son Eglise , d'autre part , qu'elle est abandonnée dans la voie du mensonge ?

On ne peut donc le révoquer en doute ; les erreurs des réformateurs suisses concernant l'eucharistie trouvèrent leur source dans la doctrine de Luther et de Mélanchthon sur les sacremens en général^. Les conséquences que le chef des sectaires étoit si disposé à tirer de ses principes , se présentoient à tout autre aussi bien qu'à lui. Aussi dès le commencement de la réforme, remarquons-nous une indifférence commune pour

* Dans l'ouvrage intitulé Bilibald Pîrkheimers Schweizerkrieg (Guerre des Suisses), E. IMunch rapporte une lettre de Pirkheimer à Mélanchlhon , qui confirme le sentiment de notre auteur. Il y est dit en substance, car on ne peut traduire ce fatras, que Luther auroit nié lui-même la présence réelle, s'il ne se fût acharné à réfuter Carlostad. On connoît la jalousie de Luther contre Zwingle. Il écrit à ceux de Strasbourg, dit Bossueî, qu'il osoit se glorifier d'avoir le premier prêché Jésus-Christ ; mais que Zwingle voulait lui ôter cette gloire. Le moyens poursuivoit-il , de se taire pendant que ces gens troublent nos églises et attaquent notre autorité? S'ils ne veulent pas laisser affoiblir la leur, il ne faut pas non plus affaiblir la nôtre. Pour conclusion il déclare qu'il n'y a point de milieu, et qu'eux ou lui sont des ministres de Satan. Hist. des Variations, liv. II. 29. (Note du trad.)

îes sacremens ; et plusieurs , tels que Cailostad et Schweiikfeld allèrent même jusqu'à les nier d'une manière formelle. Déjà plus d'une fois Luther et Mélanchtlion avoient dit que l'homme ferme dans la foi aux promesses divines n'a pas hesoin de ces moyens de salut'. Les sacremens, d'après cela, ne sont nécessaires qu'autant qu'ils sont le gage du pardon des péchés. Mais bientôt Carlostad fit cette observation : « Celui qui a la mémoire du » Sauveur , a la paix avec Dieu par le Sauveur ; » si le Christ est notre paix et notre assurance , )) comment des choses créées et sans âme pour- )) roient-elles nous donner la paix et l'assurance '? » Lorsque Luther entendit ses propres pensées dans la bouche des autres, alors, mais alors seulement il les trouva dangereuses et pleines de venin. Aussi , dans son grand catéchisme ne laisset-il échapper aucune parole tendant à infirmer la

i Melancht. Loc. theolog. p. 142 ; « Sine signo restitiii Ezechias potuit, si nudœ promissioni credere voluisset: vel sine signo Gedeon victurus erat, si credidisset. îta sine signo justificari potes, modo credas. » l^iheidecaptivil. Bahylon. loc. cit. fol. 280: « Neque enim Deus aliter cum hominibus egit aut agit, qiiam verbo promissionis. Rursus nec nos cum Deo unquam aliter agere possumus, quam fide in verbum promissionis ejus. Opéra ille nihil curât, nec eis indiget, quibus potius erga horaines et cum hominibus et nobis ipsis agimus. » Fol. 286. b : « Qui eis crédit, is impletea, etiamsi nihil operetur. »

2 Voy. plusieurs passages de Carlostad dans l'ouvrage souvent, iiié : Geschichte der Entstehung, etc., vol. lï. p. 2i6 et suiv. '

nécessité des sacremens; tout au contraire, il en exalte la vertu et Tefficacité ' .

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