‹ La symbolique (volume 2)Chapitre 30 sur 37 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Doctrine de Zwingle et de Calvin sur les Sacremens.

Poursuivant le chemin tracé par Luther et Mélanchthon, Zwingle se forma les idées les plus indigentes et les plus étroites. Il ne vit dans les sacremens que des cérémonies par lesquelles le fidèle se montre membre de l'Eglise et disciple de Jésus - Christ. En conséquence , il approuve les luthériens d'avoir enseigné qu'ils ne contribuent en rien à la justification ; mais quand ils les proclamèrent le gage de l'amitié céleste, ils tombèrent dans une erreur bien déplorable , dit-il ; car cette foi n'existe pas qui a besoin de semblables consolations. En recevant les sacremens, continuet-il , le fidèle prouve bien plutôt sa foi à l'Eglise qu'il n'en reçoit lui-même le sceau et la confirmation'.

* Catech. Maj. p. 510 et seq.

^De vera etfalsa relig. Comm. 0pp. tom. II. fol. 197 — 199. Zwingle conclut ainsi : « Sunt ergo sacramenta signa vel ceremonise, pace tamen omnium dicam, sive neotericorum sive veterum, quibus sehomo Ecclesiae probat aut candidatum, aut militem esse Christ!, redduntque Ecclesiam totam potius certiorem de tua fide,

Foulant aux pieds la doctrine de l'Ecriture , renversant le témoignage de tous les siècles chrétiens , déjà Luther et Méîanchthon n'a voient fait des sacremens que les signes de la nouvelle alliance ; mais le réformateur de Zurich ajouta qu'ils ne sont que des rites purement extérieurs , propres tout au plus à resserrer l'union parmi les hommes. Qui pourroit , dans cette doctrine , attacher un sens à ces paroles de Jésus-Christ : Celui qui croira et sera baptisé , celui-là sera sauvé ? Et que signifie le passage de saint Paul où il appelle le haptéme le bain de la régénération opérée par l'Esprit saint î

Mais rien de plus remarquable que les vacillations de notre auteur , que son incertitude dans la foi. Abordant la matière des sacremens, il demande pardon s'il se rapproche trop des sentimens

quamte.Si enim fidestua non aliter fueritabsoluta,quamutsigno ceremoniali ad confirmationem egeat, fides non est. « De peccato originali déclarât. 1. c. fol. 122 : « Signa igitur nihil quam externae res sunt, quibus nihil in conscientia efTicitur. Fides autem sola est qua beamur.... Symbola igitur sunt externa ista rerum spiritualium et ipsa minime sunt spiritualia , nec quidquam spirituale in nobis perficiunt : sed sunt eorum , qui spiritaales sunt , quasi tesserse. « Il s'exprime en termes moins violens dans l'ouvrage Fidei ecclesiasticœ expositio loc. cit. p. 651 : « Docemus ergo sacramenta coli debere , velut res sacras , ut quse res sacratissimas significent, tam eas, quae gestae s;r:nt, tam eas, quas nos agere et exprimere debemus. Ut Baptismus significaî et Christum nos sanguine suo abluisse, et quod nos illum, ut Paul us docet, induere debemus , hoc est , ad ejus formulam vivere , sic Eucharistia quoque significat rum omnîa , quge nobis divina iiberalitate

des autres; à l'exception d'Emser et d'Eck, il tolère, pour lui, toutes les doctrines et il compte aussi sur l'indulgence du lecteur'.

Quoi! s'agit-il d'opinions humaines et douteuses? L'Efflise est-elle une institution si défectueuse qu'elle ne sache point et ne puisse savoir ce qu'elle pratique tous les jours , ce qu'elle doit pratiquer par l'ordre de Jésus-Christ , jusqu'à la consommation des siècles î Mais dès qu'on eut abandonné l'arche de la vérité, le rocher inébranlable , dès lors tout fut ébranlé jusque dans les fondemens , tout fut livré aux caprices de la raison humaine.

Quant à la doctrine de Calvin , elle est de tout point opposée à celle de Zwingle, et ne s'éloigne des symboles luthériens que sur un seul article. D'abord Calvin élève bien haut la dignité des sacremens, il ne peut trop en recommander le fréquent usage'; mais bientôt il se met en opposition

per Christum donata sunt, tum quod grati debemus ea charitate fratres amplecti, qua Christus nos suscepit, curavit ac beatos reddidit. w D'après ces dernières paroles, les sacremens n'ont pas seulement été institués pour l'Eglise , mais ils ont encore quelque rapport au fidèle. Aussi l'ouvrage que nous citons est-il le chant du cygne, comme s'exprime BuUinger dans la préface de ce même écrit, p. 660 : « Nescio quid cygneum vicina morte cantavit. 1) Chant sublime , en vérité ! Cependant nous lisons un passage semblable déjà dans le livre de Vera et falsa relig. p. 108.

' De Fera et falsa relig. 1. L p. 197.

2 Calvin. Institut. 1. IV. § 3. fol. 471 î « Ut exigua est et im-

formelle et arec les catholiques et avec les luthériens . Il sépare la vertu sanctifiante du signe extérieur^ il ne veut pas que la grâce soit unie à la substance matérielle ; aussi , dit-il , ce n'est point la nourriture divine , mais l'aliment terrestre que chaque fidèle est obligé de recevoir'.

Qui ne voit , au reste , la nécessité de cette doctrine dans le système de Calvin ? Car si la grâce

becilla nostra fides, nisi undiqiie fulciatiir, ac modis omnibus sustentetur , statim concutitur , fluctuatur , vacillât , adeoque labascit. Atque lia quidem hic se captui nostro pro immensa sua indulgentia attemperat misericors Dominus , ut quando animales sumus , qui humi semper adrepentes , et in carne haerentes nihil spirituale cogitamus , ac ne concipimus quidem , démentis etiam istis terrenis nos ad se deducere non gravetur atque in carne propon<3re spiritualium bonorum spéculum, etc. » Helvet. I. cap. XIX. p. 65 : « Prsedicationi verbi sui adjunxit Deus mox ab initio , in Ecclesia sua , sacramenta vel signa sacramentalia. Sunt autem sa cramenta symbola mystica , vel ritus sancti aut sacrœ actiones , a Deo ipso institutœ, constantes verbo suo, signis, et rébus signiticatis , quibus in Ecclesia summa sua bénéficia , homini exhibita , retinet in memoria , et subinde rénovât , quibus item promissiones suas obsignat, et quae ipse nobis interius praestat, exterius représentât ac veluti oculis contemplanda subjicit, adeoque fidem nostram , spiritu Dei in cordibus nostris opérante , roborat et auget ; quibus denique nos ab omnibus aliis populis et religionibus séparât, sibique soli consecrat et obligat, et quid a nobis requirat, significat. »

* Loc. cit. § 9. fol. 474 : « Ceterum munere suo tune rite demum perfunguntur (sacramenta ) ubi interior ille magister Spiritus accesserit : cujus unius virtute et corda penetrantur, et affectus permoventur, et sacramentis in animas nostras aditus patet. Si desit ille, nihil sacramenta plus prgestare mentibus nostris possunt ^ quam si vel solis splendor caecis oculis affulgeat, vel surdis auribus

n'est donnée qu'aux élus , il est clair qu'elle ne peut être attachée à un signe sensible \ D'un autre côté, Dieu agit nécessairement, dit le Réformateur ; donc un réprouvé pourroit passer au nombre des élus , si sous un pain matériel on lui présentoit une nourriture divine. En conséquence le réprouvé , dans le baptême , n'est lavé que d'une manière purement extérieure , et il ne reçoit dans la Cène que du pain et du vin ; doctrine qui paroît avoir été aussi enseignée par Gottschalck , fameux prédestinacien du neuvième siècle.

Enfin le réformateur de Genève n'admet non plus que deux sacremens'.

vox insonet. ïtaque sic inter spiritum sacramentaque partior, ul penès illum agendi virtus resideat , his ministerium duntaxal relinquatiir ; idque sine spiritus actione manet frivolum, illo verô intus agente, vimque suam exercente , multœ energise refertum. ))

1 Loc. cit. § 17. fol. 477 : « Spiritus sanctus (quem non omnibus promiscue sacramenia advehunt, sed quem peculiariter suis confert) is est qui Dei gratias secum affert, qui dat sacramentis in nobis locum, qui efficit, ut fructificent. » Ces paroles renferment le vrai fondement de la contrariété entre la doctrine de Calvin et celle de l'Eglise. Ensuite il tourne la chose comme si les catholiques séparoient la grâce de sa source primitive, comme s'ils enseignoient que les sacremens la confèrent par eux-mêmes : « Tantum hic quaeritur, propriane et intrinseca ( ut loquuntur) virtute operelur Deus, an externis symbolis suas resignet vices. Nos verô contendimus, quaecumque adhibeat organa primariae ejus operationi nihil decedere. » Et ensuite : « Intérim illud tollitur figmentum , quo justificationis causa virtusque Spiritus sancti elementis ceu vasculis ac plaustris includitur ! «

'^ Loc. cit. § 19. fol. 478 : « Sacramenta duo instiluta, qiiibiis

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